L’Association coopérative des pêcheurs de bancs attire l’attention des autorités sur les conditions difficiles auxquelles doivent faire face les pêcheurs de bancs et leurs familles. Ils sont une centaine à occuper le kiosque du Jardin de la Compagnie depuis le 18 février. Jack Bizlall, qui leur apporte son soutien, a rencontré des cadres du ministère de la Pêche cette semaine. Une réunion est aussi attendue avec le ministère du Travail. Par ailleurs, Mohamad Mustafa, porte-parole des pêcheurs, a signifié son intention de porter plainte à l’Independant Commission against Corruption au sujet de la vente des bateaux saisis pour pêche illégale.
« C’est la quatrième fois que les pêcheurs de bancs se mobilisent concernant leurs conditions d’emploi. Nous espérons que cette fois, une solution sera trouvée », dit Jack Bizlall, qui assistait hier au rassemblement de l’Association coopérative des pêcheurs de bancs (ACPB), en présence des épouses des pêcheurs. Celui-ci dit reconnaître que le type de pêche pratiqué par les pêcheurs de bancs disparaîtra dans une dizaine d’années. « Il faut donc se préoccuper du sort de ceux qui sont toujours actifs et, dans le même temps, former des jeunes aux nouvelles méthodes afin qu’ils puissent devenir des pêcheurs qualifiés. Particulièrement dans un contexte où le gouvernement veut développer le seafood hub. »
Beaucoup de pêcheurs de bancs se retrouvent aujourd’hui au chômage car les armateurs locaux leur préfèrent la main-d’oeuvre malgache. Cette situation perdure depuis plusieurs années déjà. Un comité avait d’ailleurs été mis sur pied au ministère du Travail pour régler la question à la suite de la dernière grève de la faim de Mohamad Mustafa, alias Gandhi, entreprise en février 2012. Des pêcheurs sans emploi avaient même reçu une aide sociale de l’État. Cependant, deux ans après, la situation n’a guère évolué. Le comité ne s’est pas réuni depuis car les propriétaires de bateau auraient refusé d’y participer.
Lundi prochain, une nouvelle rencontre aura lieu au ministère de la Pêche pour clarifier la situation. Les pêcheurs ont choisi hier leurs délégués qui accompagneront Jack Bizlall à cette occasion. Ce dernier a confié qu’une réunion avec le ministère du Travail est aussi recherchée.
Entre-temps, Mohamad Mustafa, qui a entamé une nouvelle grève de la faim depuis plusieurs jours, invite les autorités à s’intéresser au sort des pêcheurs en détresse. « C’est le rôle du gouvernement de créer de l’emploi et de s’assurer que les pauvres aient du travail. La zone économique exclusive appartient aux Mauriciens, mais, pour l’heure, ce sont les étrangers qui en profitent le plus », déplore-t-il.
Il affirme ainsi son intention de porter plainte à l’ICAC concernant la vente des bateaux saisis pour pêche illégale. « L’État aurait dû donner ces bateaux aux pêcheurs pour leur permettre de gagner leur vie. Mais on préfère les vendre aux barons. J’invite l’ICAC à enquêter sur les conditions entourant ces ventes. Nous réclamons de la transparence », dit encore Mohamad Mustafa.
En l’absence d’un consensus avec les autorités, les pêcheurs seront encouragés à rendre leurs livrets de marin pêcheur. « L’État devra alors leur donner une compensation, au même titre que les extracteurs de sable. Mais nous réclamons en priorité le droit de travailler et de meilleures conditions d’emploi. »
L’ACPB présentera une liste de propositions aux autorités lors d’une réunion prévue au ministère de la Pêche lundi. Parmi celles-ci : la finalisation des pêcheurs actifs ainsi que la clarification concernant le recrutement des Malgaches; la publication du nouveau “Remuneration Order” pour le secteur; un rapport sur les conditions de vie sur les bateaux; la mise sur pied d’un comité de surveillance sur les navires avec l’aide du Shipping Department; et l’élaboration d’une aide sociale pour les pêcheurs de bancs.
Mohamad Mustafa tient aussi à préciser que ce mouvement oeuvre indépendamment du Syndicat des pêcheurs, dirigé par Judex Rampaul.