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Les pêcheurs qui ne possèdent pas de “carte de pêcheurs”, donc pas enregistrés auprès des autorités, vivent une période de détresse. Plusieurs n’ont aucune entrée d’argent depuis plus le début du confinement. Pas éligibles aux aides offertes à ceux qui sont enregistrés, ils peinent à nourrir leur famille.

“Mo lakwizinn vid, nepli ena komision. Il n’y a rien à manger”. C’est le cri de détresse de Dorrena Tanoo, 44 ans. Depuis le début du confinement, le stress habite cette pêcheuse aux casiers de Bain des Dames. “Le premier jour, je n’avais plus que Rs 600 que j’ai dépensées pour acheter de la nourriture pour ma famille. Je ne sais pas comment je vais faire si je ne retourne pas au travail.”

A Résidences Vallijee, Jean-Roy Defoix, 55 ans et pêcheur aux casiers également, subit la même situation. Ses économies lui ont permis de se procurer des provisions à l’ouverture des supermarchés. “Quelques boîtes de conserve, un peu de riz, des oignons, trois poissons, des morceaux de viande et Rs 300… C’est tout ce que j’ai. Une fois tout cela épuisé, je ne sais pas comment je vais nourrir ma femme et mon enfant de 9 ans.”

Injustice.

Dorrena Tanoo et Jean-Roy Defoix n’ont qu’une note du département des pêches des Fisheries les reconnaissant comme pêcheurs. Sans le permis officiel, la carte de pêcheurs, ils ne sont pas éligibles aux aides allouées par le gouvernement. Ceux enregistrés ont reçu Rs 3 900 chacun le 27 mars sous la Bad Weather Allowance pour le mois de février.

Une “injustice” que déplorent les pêcheurs non enregistrés. “Je pêche depuis 2005”, lance Jean-Roy Defoix. “J’avais soumis une application pour obtenir une carte de pêcheur en 1998, une autre en 2005 et encore une autre en 2015. Jusqu’à l’heure, je n’en ai reçue aucune”. Dorrena Tanoo affirme également attendre sa carte depuis belle lurette. “Je n’arrive pas à comprendre. Pourtant, les autorités savent que je pêche quotidiennement et elles ont même fait des contrôles.”

Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs, a à plusieurs reprises décrié cette carence dans l’obtention d’une carte de pêcheurs. “Nous ne comprenons pas comment des gens qui pêchent depuis 15 années n’ont toujours pas obtenu de cartes de pêcheurs”, s’offusque-t-il. “Paradoxalement, certains obtiennent leurs cartes alors qu’ils ne pêchent même pas régulièrement.”

La colère de ces pêcheurs lésés est d’autant plus grande qu’ils ont des casiers en mer, mais n’ont pas eu l’autorisation d’aller les récupérer. “Les poissons pourrissent dans nos casiers”, regrettent-ils. À ce sujet, Judex Rampaul fait ressortir que, même si les poissons pris dans les mailles avant le confinement ont fini par pourrir, il y a de grandes chances que d’autres ont pris leur place dans les casiers. “La chaire des cordonniers, mulets ou autres poissons pris dans les casiers a certainement pu attirer des poissons carnassiers comme les carangues ou les capitaines. Je veux dire par là que ça peut s’avérer utile de les retirer si on nous en donne l’occasion.”