L’escalade de violences et d’incidents impliquant régulièrement des jeunes, surtout des étudiants, ne manque pas d’interpeller les pédagogues de carrière que sont Mariam Gopaul, chargée de cours au Charles Telfair Institute (CTI), et Rita Venkatasawmy, directrice du CEDEM. Toutes deux font ressortir que « certes, les parents ont une grande part de responsabilité dans le dysfonctionnement qui frappe actuellement nos jeunes et la société, en général. Cependant, il faut aussi reconnaître que l’école a perdu l’autorité qu’elle exerçait jusque-là… »
« Quand les adultes eux-mêmes ne savent plus où ils vont, comment ne pas comprendre que les jeunes également sont désorientés ! » Ces mots de Mariam Gopaul, chargée de cours au CTI et ancienne représentante de l’Unesco à Maurice, traduisent « l’inquiétude grandissante qui se ressent dans toutes les couches sociales du pays. » Elle renchérit : « si nous, adultes, ne savons pas comment nous comporter, comment espérer de nos jeunes une attitude respectable ? » Prenant des exemples divers, s’agissant entre autres d’instances publics, « où jurons, insultes, menaces et autres comportements qui laissent à désirer sont légion, peut-on s’attendre à ce que des jeunes agissent mieux ? » La pédagogue continue : « bien sûr que oui, ils le peuvent. Mais moyennant de bons guides et une sérieuse orientation ! »
La directrice du CEDEM, Rita Venkatasawmy la rejoint sur ce point : « il est clair que nous n’allons pas réinventer la roue ! Toutes les données, les « guide lines », les « strategic plans » et autres « policy », tels que préconisés et prônés par les Nations Unies et l’Unesco, dont Maurice est fait partie, ont été disséminés, vulgarisés, présentés. Mais la grande question est : où en est l’application ? »
Les deux pédagogues sont d’avis qu’il ne faut « absolument pas banaliser ce qui se passe, en ce moment. Ces manifestations de violences ; cette spirale ascendante de brutalités entre les jeunes témoigne d’un profond mal être ; d’un dysfonctionnement très grave de notre cellule familiale et donc, de notre société. » Rita Venkatasawmy ajoute : « Nul ne peut ni ne doit se taire face à cette montée de violences dans le milieu scolaire ! Car ces incidents sont révélateurs d’un mal encore plus grand. »
Mariam Gopaul s’insurge contre ce qu’elle dénonce être « le mauvais exemple de certains parents ! La dernière fois, dans une piscine, une enfant crache dans l’eau. Quelques adultes présents se sont permis de la rabrouer gentiment, lui expliquant que son geste témoigne de mauvaises manières. Rien de mal… Sauf que quelques minutes, plus tard, voilà que se ramène la mère de la fillette ; qui entre dans la piscine et qui crache à son tour, en se faisant bien remarquer, et qui déclare à la volée : « Mo gete ki sanela ki kapav empess mwa craser, la !  » Eh bien, si les parents eux-mêmes défient les autorités et les règles, que doit-on attendre de leurs enfants ? »
Elle va plus loin : « dans le cadre de mes travaux comme consultante, j’ai été amené à rencontrer des très jeunes et des adolescents qui, soit, frappent leur mère, lui tirent les cheveux, et un autre encore, vole de son porte-feuille. Quand on a demandé à ces jeunes pourquoi ils agissent ainsi, une réponse qui est souvent revenu, c’est : « Mo fer parey kuma papa…  » » Lançant un cri du coeur, M. Gopaul réclame des adultes « qu’ils se ressaisissent rapidement ! On a, d’un côté certains parents qui sont ultra-permissifs, d’autres qui sont démissionnaires ou d’autres encore, ultra-conservateurs. Or, il faut un juste équilibre ; une entente entre enfants et parents pour qu’il y ait une réelle communication entre tous. »