Toute relation sexuelle avec un mineur constitue une infraction punie d’une peine d’emprisonnement en Grande Bretagne. Neil Wilson a fait exception. Cet homme de 41 ans, qui a avoué avoir abusé d’une fille de 13 ans, a été épargné par le juge cette semaine. Ce dernier ainsi que le représentant du Service britannique des poursuites judiciaires ont qualifié l’attitude de la victime de « predatory », qui aurait « provoqué » le violeur.
Cette affaire a soulevé un tollé en Grande-Bretagne au point où même le Premier ministre s’est prononcé contre le langage jugé inacceptable des hommes de loi. Pour David Cameron, le système judiciaire doit être du côté des victimes.
La pédocriminalité est comme une gangrène qui frappe le pays de Sa Majesté depuis l’affaire Saville l’année dernière : cet ancien présentateur de télévision aujourd’hui décédé violait de jeunes enfants de 1955 à 2009. On notera également le cas de l’autre présentateur de télévision Stuart Hall qui a écopé de 15 mois de prison ferme pour viol sur des fillettes.
Le gouvernement de Cameron se trouve dans une sale posture en ce qu’il s’agit de la protection des enfants. Le réseau de prostitution démantelé à Oxford récemment a choqué plus d’un. Un autre gang, qui ciblait des jeunes filles, avait été épinglé l’année dernière à Rochdale tandis que d’autres cas de prostitution furent aussi démantelés à Rotherham et Derby.
Une enquête sur l’exploitation sexuelle rendue publique en juin dernier par le Common Home Affairs Select Committee a dénoncé le « woeful lack of professional curiosity » de la part des instances concernées. Les députés britanniques ont eu le courage de dénoncer ceux qui échouent dans leur tâche de protéger les enfants. Au banc des accusés : les autorités locales, la police et le système judiciaire. Le ministre de l’Education a aussi été critiqué pour avoir rejeté une recommandation du comité : former les enseignants afin qu’ils puissent identifier et aider les enfants à risque.
A la fin de l’année dernière, l’Office of the Children’s Commissioner avait rendu publics les résultats d’une enquête sur les abus sexuels en Grande Bretagne. La réalité est crue : plus de 2 400 enfants victimes d’abus sexuels sur une période de 14 mois.
Tout cela donne à réfléchir sur ce qui se passe à Maurice avec l’avalanche de cas d’abus sexuels contre les enfants ces dernières semaines. Qui n’a pas eu les larmes aux yeux en lisant le drame qu’a vécu la petite fille de 4 ans violée et jetée dans une fosse d’aisance à Rodrigues ? Qui n’a pas eu des frissons en prenant connaissance du réseau de prostitution dans le nord du pays ? Qui n’a pas éprouvé un sentiment de dégoût en lisant l’histoire du jeune garçon de 14 ans agressé sexuellement par ses amis ? La presse évoque un mal profond’ et se demande comment protéger nos enfants. Il y a de quoi s’inquiéter pour nos enfants.
A Maurice un des défis consiste peut-être en un changement de mentalité, un changement d’attitude. Comme ce juge et cet avocat britannique, ils sont nombreux ceux qui croient encore qu’une fille de 13, 14, 15 ans est coupable d’avoir été agressée. Un enfant est un enfant. Qu’elle porte un churidar, un sari ou une mini-jupe. Les enfants ne peuvent consentir à leurs propres abus.
Une société qui ne s’occupe pas de ses enfants n’est pas une vraie nation ; c’est Mandela qui l’a dit. Accomplissons notre devoir, protégeons nos enfants !