“Un geste fort du pape qui entend rejoindre les victimes et leurs proches dans leur demande”, c’est ainsi que le père Georgy Kenny, vicaire judiciaire du diocèse de Port-Louis et spécialiste du droit canon qualifie la décision prise, mardi, par le pape François de lever le secret pontifical dans les cas d’abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé. “Ce geste signifie que l’église veut poursuivre ce bien qu’est la vérité”, estime le vicaire judiciaire.

Le père Kenny explique que la levée du secret pontifical dans les cas d’abus sexuels sur mineurs commis par des membres du clergé implique, concrètement, que des plaintes, des témoignages et tout autre document se trouvant aux archives du Vatican ou celles d’un diocèse pourront être consignés aux autorités civiles qui en font la demande. “Cela ne veut pas dire pour autant que ces documents doivent être du domaine public ou qu’ils sont destinés à la divulgation, car la confidentialité pour les victimes et les témoins doit toujours être protégée”, souligne le spécialiste du Droit canon.

Outre la levée du secret pontifical dans les cas d’abus sexuels sur mineurs commis par le clergé, le père Kenny explique que le pape a aussi décidé que l’acquisition, la détention ou la divulgation à des fins sexuelles d’images pornographiques de mineurs de moins de 18 ans par un membre du clergé relèveraient désormais “de la catégorie des délits les plus graves”. En termes clairs, cette levée du secret pontifical signifie, selon le spécialiste du diocèse, que des éléments qui figurent dans le dossier d’un clerc — diacre, prêtre, évêque, cardinal — qui étaient protégés par le secret peuvent, maintenant, être dévoilés.

Le vicaire judiciaire du diocèse catholique rappelle que la levée du secret pontifical dans les cas de pédophilie était demandée par les victimes et leurs familles. “C’est un geste fort du pape qui entend rejoindre les victimes et leurs proches dans leur demande”, souligne le père Kenny. Plus généralement, le spécialiste du Droit canon trouve que par la décision papale, l’église réaffirme sa volonté de faire la vérité et garantir le déroulement d’un procès équitable. “Ce geste s’adresse évidemment aux victimes et veut leur signifier que l’église veut poursuivre ce bien qu’est la vérité”, précise le vicaire judiciaire.

Adopté en 1974, le secret pontifical concerne des informations jugées sensibles par l’autorité ecclésiastique. A l’époque, ce secret concernait surtout les communications diplomatiques entre les nonciatures et le Saint-Siège, mais aussi les dossiers privés et les recommandations sur les prêtres et les évêques. Le père Kenny précise, néanmoins, qu’il ne faut pas confondre entre le secret pontifical et le secret de la confession.