La problématique des violences sexuelles sur les enfants est douloureuse et souvent taboue. Pourtant, selon les chiffres effarants de l’OMS en 2010, une femme sur cinq et près d’un homme sur dix disent avoir subi des violences sexuelles dans leur enfance. Pour combien qui se taisent? Aucun enfant n’est épargné : ces agressions sexuelles se passent dans tous les milieux sociaux, n’en déplaise aux préjugés communément admis.
Comment dénoncer, lorsqu’on est un enfant, face à des adultes qui ne savent ou qui ne veulent pas voir, face à un agresseur qui menace ou qui cajole? L’enfant est une proie dans le milieu censé le protéger : dans plus de 90 % des cas, l’agresseur, homme ou femme, est un proche. C’est un père,  un frère,  un grand-père, une directrice de crèche,  un prêtre…  
Comment dénoncer lorsque les démarches policières ou juridiques paraissent insurmontables, lentes, sans souci affiché du bien-être de l’enfant? Lorsque le poids du qu’en-dira-t-on, de la peur du scandale, de la crainte de faire éclater la cellule familiale ou sociale prend le pas sur la sauvegarde de l’enfant, c’est signe que notre société manque au premier de ses devoirs: protéger les plus vulnérables.  
Il n’y a pas de petits délits dans la pédophilie, il y a des crimes contre un enfant.
L’agression sexuelle est toujours traumatisante pour l’enfant. Avec ou sans contact corporel, elle est toujours pernicieuse, sournoise et affreusement culpabilisante pour un enfant qui sent confusément que « ce n’est pas bien », mais à qui on n’a pas toujours donné les armes pour se défendre.
Alors, l’enfant se terre dans le silence, la peur, la honte, la haine et la violence parfois, le dégoût, toujours. Ce silence va durer, des années parfois. De « je n’en parle pas », on arrive chez certaines victimes à « je ne m’en souviens pas, ce n’est jamais arrivé ». Dérisoire processus d’autodéfense qui rend les anciennes victimes si vulnérables à leur insu.
Et puis parfois, l’enfant parle aux adultes. Il y en a pour minimiser les conséquences: « Allez, c’est pas grave, n’en parle pas, oublie ça vite… » Et pourtant… Que d’enfances brisées sur le miroir de notre complaisance, de notre lâcheté !
Un petit tour sur les conséquences de l’enfant en phase de construction? Elles sont morales, psychologiques, physiques, sociales et sexuelles. Elles conditionnent son rapport aux autres; en fait, toute son identité.  Elles mettent en péril son avenir.
À tous ceux qui protègent ou ont protégé des pédocriminels en ne les dénonçant pas ou en ne croyant pas leur enfant, je le dis sans ambages: le pédocriminel n’a aucune empathie pour sa victime, son seul but, parfaitement conscient, est la satisfaction de son plaisir sexuel. A vous de mettre ça dans la balance.
Protéger ses enfants, c’est pourtant possible. Il convient dès le plus jeune âge de les sensibiliser à leur corps, à ce qui leur appartient, ce à quoi personne ne devrait avoir accès. Ne pas faire spontanément confiance, même aux proches. Il est capital d’écouter, d’observer le comportement de l’enfant, surtout s’il change drastiquement, de croire l’enfant s’il dénonce un fait. L’entourer, l’assurer de notre confiance, de notre amour, de notre soutien. Être prêt à tout entendre. Et dénoncer. Se taire, c’est laisser faire.
Tout abus sexuel sur un enfant est un crime, puni par la loi. Un crime imprescriptible à Maurice, ce qui permet à d’anciennes victimes de porter plainte des années après.
Tout abus sexuel sur un mineur peut et doit être signalé :
– à la Child Development Unit : 113
– à la Police (999) ou à la police de la localité
– au bureau de l’Ombudsperson for Children  454 30 10