Un portail internet, le Child Sexual Abuse Reporting Portal (CSARP), a été lancé pour permettre aux Mauriciens souhaitant dénoncer tout site web hébergeant de la pédopornographie. Dans le sillage de la présentation de cet outil de prévention, élaboré par les services du ministère des TIC, de l’ICTA, avec le concours de l’IWF, une organisation britannique, un chiffre a été révélé : à septembre 2013, 24 133 tentatives d’internautes Mauriciens, qui essayaient de se connecter à des sites de pédopornographie, ont été recensées. « Un détail accablant ! Même si cela ne me surprend cependant pas », dit Rita Venkatasawmy, pédagogue et directrice du CEDEM.
La pédagogue et directrice du Centre d’Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens (CEDEM) va droit au but : « Qu’il y ait eu plus de 24 000 tentatives d’internautes mauriciens de se connecter à des sites de pédopornographie, c’est un fait très grave pour un pays qui a une petite population, comme Maurice. Bien entendu, parmi ces 24 000 tentatives, tous ne sont pas nécessairement des pervers et des pédophiles ! Les malades et les pervers sont ceux qui s’y prennent à plusieurs reprises, répétitivement. C’est là, un autre débat. Cependant, il faut savoir que dans ce nombre, il y a de plus en plus de jeunes qui, par curiosité malsaine, et par manque de bonnes informations relatives au sexe, alors qu’ils sont en plein éveil, ont recours au net pour assouvir leurs besoins… »
Et, continue notre interlocutrice, « ce que je déplore, c’est que les parents ne prennent pas leurs responsabilités. Car ce sont eux qui mettent l’outil entre les mains de leurs enfants. Donc, ils devraient faire preuve de plus de responsabilité et assumer leur rôle de parents, écouter et discuter du sexe comme de tout autre sujet avec leurs enfants. On aurait alors moins de jeunes qui ont recours à internet pour découvrir le sexe ! »
La curiosité, estime Mme Venkatasawmy, soutenue par la psychologue Véronique Wan Hok Chee, est l’élément clé qui « pousse les personnes, qu’il s’agisse des jeunes et des mineurs, autant que les adultes, des gens biens, comme vous et moi, à vouloir voir ce qu’il y a sur ces sites. » Le bémol, relève Mme Wan Hok Chee, « s’agissant des jeunes qui vont sur ces sites, ils sont, de prime abord, très mal encadrés et ont des idées faussées de la sexualité ! »
Ce qui amène Rita Venkatasawmy à réclamer « que le ministre de l’Éducation vienne enfin avec son projet d’éducation sexuelle et que l’on parle avec franchise et honnêteté aux jeunes du sexe. Non pas en tournant autour du pot ou utilisant un langage qui n’est pas approprié par peur d’appeler un chat, un chat ! C’est l’unique moyen d’éviter que nos jeunes, en quête de sensations fortes et d’expériences inédites, ne deviennent, par exemple, entre autres, des pédophiles ».
Car, relève-t-elle, « l’accès à l’internet par les jeunes est devenu tellement facile — puisque ce sont les parents eux-mêmes qui offrent un ordinateur à leurs gosses ou des téléphones sophistiquées avec connexion au ne — que l’on peut difficilement contrôler ce que visionnent ces jeunes ».
Le sexe attise la curiosité
Et Véronique Wan Hok Chee de rappeler que « tout ce qui se rapporte au sexe attise la curiosité et le désir d’en savoir plus. Auprès de nos jeunes, la tentation est encore plus forte ». Nos deux interlocutrices notent que « nous vivons, il faut le reconnaître, dans une société hautement érotisée, sexuée. Tout pratiquement connote le sexe et le désir autour de nous. Que ce soient les jeunes comme les adultes, tout le monde est en quasi permanence “agressé” par des images alimentant les fantasmes et les désirs sexuels… C’est un fait ».
« Un enfant qui découvre sa sexualité très tôt et par les mauvais moyens, soit la pornographie et autres médias où le sexe est banalisé, rendu tordu ou vulgaire, grandit avec une fausse conception de la sexualité. Si ce n’est que sa sexualité est carrément perturbée », soutient la psy Wan Hok Chee. La pédagogue Venkatasawmy, relate, à cet effet, des cas qui lui ont été présentés par le biais des parents des enfants concernés : « Il y a quelque temps, j’ai eu quelques jeunes garçons qui sont devenus “addict” au sexe via le net. » Après entretiens et sessions de travail, « j’ai découvert que plusieurs jeunes garçons, comme celui qui était venu me voir, étaient affectés par le même problème. C’est navrant que des jeunes en soient arrivés là », soutient-elle.
La psy Wan Hok Chee évoque, pour sa part, « une foule de cas de jeunes, surtout des femmes, de 25 à 30 ans, qui viennent demander de l’aide parce qu’elles ont eu une sexualité perturbée, très jeune… Leur première relation sexuelle ayant eu lieu quand elles avaient 15 ou 16 ans et avec un homme de 35 ou 40 ans. N’ayant peut-être pas compris que ces hommes sont des pédophiles ou par peur, parce que ce sont toujours des proches de la famille, ces jeunes femmes sont restées tranquilles. Mais une fois mariées, elles ne peuvent avoir une vie sexuelle normale avec leur mari… »
« Avec la banalisation du sexe et le fait que le sexe n’est plus permissible qu’après le mariage, relève encore Mme Venkatasawmy, les barrières sont tombées. Il n’y a plus de respect et c’est cela qui pousse les gens à vouloir tout tenter pour se stimuler sexuellement. La pédopornographie est un problème grave. On ne doit pas rester les bras croisés. » Une partie de la solution, pense notre interlocutrice, « commence par une éducation sexuelle appropriée et un dialogue ouvert et franc. »