Louis Goupille explore la richesse visuelle de quelques trésors naturels comme les plantes ou les coquillages dans une approche qui semble particulièrement méthodique en exploitant le potentiel du dessin associé à différentes techniques de gravure ou de la peinture. Si son sujet d’inspiration reste souvent lisible, l’interprétation qu’il nous en propose relève de l’imaginaire, voire de cette possible construction identitaire, rassembleuse et humaniste qu’il indique.
Louis Goupille avait réalisé sa première exposition mauricienne au Ruisseau Créole en investissant le vaste thème des végétaux des Mascareignes. Il est revenu cette fois à Imaaya, Pointe aux Canonniers, avec des estampes et des peintures sur les coquillages. À travers le temps, ces trésors naturels ont été plus souvent représentés sous la forme de planches, d’aquarelles ou de dessins naturalistes hérités de l’époque des expéditions scientifiques entreprises par quelque puissance coloniale.
Ici, un peu à la manière d’un Senghor qui s’est approprié la langue du colon pour la féconder et lui faire porter un sens nouveau, Louis Goupille oriente son sujet dans une direction autre que celle du naturalisme. Il interpelle l’imagination, les souvenirs enfouis et certains savoirs, pour emmener son thème vers les rives de l’identité ou du “connais-toi toi-même”. Plutôt qu’une métaphore, le coquillage vient inspirer des codes visuels, des motifs ou des teintes et des effets de matière, que l’on s’appropriera d’autant plus facilement qu’on en connaît intérieurement la source.
Beaucoup de Mauriciens, du moins les plus âgés, et ceux qui vivaient sur les côtes ont connu cette époque faste où la mer charriait des coquillages aux formes et motifs variés. Pour les générations actuelles, il est plus facile de les observer dans les livres, les musées ou quelques boutiques autorisées à en faire commerce.