L’exposition d’Alix Le Juge s’est achevée vendredi à la galerie Imaaya en laissant le souvenir des lumières intimes que l’on peut certes voir dans la nature à l’aube comme au crépuscule, dans la nuit qui n’est que rarement totalement noire. Mais avec ce travail de la couleur où les contours des formes s’estompent dans la fluidité pour mieux goûter l’effet de la matière et la sensation de l’espace, la lumière devient le véhicule d’un sentiment intérieur dont chaque tableau peut apporter une variante.
Le discours que tient Alix Le Juge sur sa peinture est toujours d’une grande simplicité, mais l’économie des mots dont elle fait preuve semble cacher une quête spirituelle, une expérience mystique certainement plus vaste que ces simples pensées et réflexions sur les variations de la lumière dans la nuit et la quête d’une lueur réconfortante. La substance de cette démarche s’épanouit sur la toile sans que les mots et le discours, ne serait-ce que les titres, y apportent véritablement une qualification à la mesure de ce que l’on peut ressentir dans ces dédales de couleur et de formes.
Si ces titres ouvrent une entrée, donnent une indication, on gagnera à se laisser porter par ce qu’inspire directement ce chant des couleurs, ces coups de pinceaux parfois hachurés et visibles, parfois cotonneux ou subtilement lissés. Ces toiles se pensent et se ressentent, offrant de rares instants de méditation à celui qui voudra bien leur confier son regard et sa sensibilité.
Alix Le Juge semble situer son champ de création dans un vaste entre-deux où l’on pourrait déceler des représentations familières, des évocations de paysages et rivages, où l’abstraction et le travail de la couleur montrent que le propos se situe peut-être moins dans la représentation de l’espace que dans celle de l’instant qui le transforme, de la lumière qui le sculpte, et de l’expérience du regard que l’on portera sur eux. Les formes n’importent ici que par les sentiments qu’elles créent.
Cette expérience du regard, l’artiste l’a concentrée ici sur des moments du jour et de la nuit, où la lumière est plus ou moins présente. En résultent des espaces d’où émergent parfois des formes simples, où les couleurs apportent tantôt de délicates turbulences, tantôt des sensations de douceur ténue et vaporeuse. Parfois le tableau s’en tient à une ligne horizontale où le jour et la nuit se rencontrent, le jaune pâle se mêle au bleu pâle, et tout se joue dans cette jonction et l’étrange luminescence verte et continue qui s’en dégage.