C’est à Paris qu’elle a fait des études d’art qui lui ont permis d’acquérir les bases des médiums traditionnels : dessin, peinture. Cependant, au fil des ans, son projet artistique s’est affiné et la Nature en est devenue l’objet de réflexion central, en accord avec son parcours personnel. Audacieuse, et des idées plein la tête, Joanna La Gesse ouvre son univers peuplé de plantes sauvages et de fleurs à qui veut y entrer. Elle décline (acrylique sur canevas et papier) sur la nature l’espace de liberté qu’elle a conquis. A chaque fois, elle pousse un nouveau pas, un peu plus loin et recommence le jeu des déclinaisons, d’une série à l’autre.
Gesse : herbe aux couleurs vives. C’est le nom qu’elle se donne. Nous voilà dans l’oeuvre de Joanna La Gesse avec cette étonnante clarté, cet hymne à la liberté. Un magnifique déroulement des scènes de la nature : couleurs vives à fleur de chair, femme-fleur, poissons, chats, autant de visions énigmatiques et fantasmatiques. Des scènes qui relèvent de son monde personnel. Au début, la surprise puis le questionnement. Qui est cette Déesse à l’oiseau ? Ce chat bleu avec une oreille verte ? Et l’on devine des références dont elle s’est émancipée. Nous sommes convoqués dans cette odyssée de la couleur et la forme. Et Joanna La Gesse poursuit son dialogue avec la nature.
Cette nature qui lui a ouvert les portes de l’expression picturale et de la reconstruction. La question des rapports entre les règnes animal, humain, végétal et minéral et le rapport à la matière constituent l’oeuvre de La Gesse. On pourrait la qualifier de “fantaisiste” et “coloriste” lorsqu’elle peint ses sujets favoris, généralement des fleurs, des femmes, mais aussi des maisons et des chats. Parfois, elle nous plonge au coeur des organes de reproduction (Maman Chat, Monsieur Chat) se concentrant sur les lignes, les dégradés de teintes. Transformées, agrandies, découpées (Flower Palette, Mademoiselle Fleur, triptyque) les fleurs peintes par La Gesse deviennent mystérieuses et marquantes. Elles sont aussi chargées (comme les chats qu’elle peint) d’une puissante sensualité, amenant parfois le regardeur à voir dans ses toiles des représentations déguisées du sexe masculin ou féminin. Il suffit de regarder Fruit défendu, Fortes tresses pour voir à quel point l’abstraction peut être ambiguë.
Que dire de cette peinture ? Ce sont des univers pour se projeter dedans. La Gesse décline ses sujets comme un jeu. A la femme se superpose l’oiseau ou le poisson. La réalité est déformée dans ce travail : le mélange des formes, les renversements, les allongements qui montrent une perspective autre, le monde ré-imaginé sous l’influence de celle qui rêve. Joanna La Gesse traverse des mondes émouvants (sublimés par la mise en scène de l’artiste) avec des traces de beauté, de sublime et de grotesque, le dedans défendu.  Une peinture onirique qui illustre le changement de point de vue de l’artiste sur la nature. Mis bout à bout, ces représentations poétiques, ces impertinences, ces codes et décodages, ce jeu du sens et du non-sens, révèlent une réflexion sensible sur notre temps. www.joannalagesse.com.