Dimanche dernier, des milliers de Mauriciens, de confession catholique principalement, ont renouvelé la tradition, vieille de 76 ans, de se rendre à Chamarel, lieu de pèlerinage dédié à Sainte Anne. En effet, depuis 1937, la petite église de ce village niché dans les creux des montagnes de la Savanne accueille les pèlerins qui se vouent au culte de Sainte Anne qui, selon la tradition, est la Mère de la Vierge Marie, elle-même mère de Jésus.
« Rien que pour la messe, le déplacement valait la peine ! » s’est enthousiasmée Dominique à la fin de la traditionnelle messe de la Sainte Anne qui a débuté à 9 h 30 et qui a été célébrée par le Père Joseph Moctee. C’est la première fois que cette mère de famille et son époux, tous les deux des basses Plaines-Wilhems, faisaient le pèlerinage. « Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un telle ferveur », lance-t-elle les yeux écarquillés de bonheur.
En effet, ils étaient très nombreux ceux qui, venant des quatre coins du pays, et même plus loin, se sont laissés gagner par la ferveur et l’enthousiasme qui se dégageait de cette célébration. « J’étais si émue durant toute la messe que j’en avais des larmes », confie pour sa part Josette Taylor, en vacances à Maurice de sa Blonde Albion. Mauricienne d’origine, elle n’était pas à son premier pèlerinage à Chamarel. « C’est la deuxième fois en trois ans que j’y participe, mais cette année il s’en est dégagé quelque chose de très émouvant que l’on peut difficilement cerner », poursuit-elle.
« Moi, c’est en famille que je viens ici. Et cela ne vaut pas la peine si l’on rate la messe », confie pour sa part Luc Olivier, qui est venu de Baie-du-Tombeau.
Ainsi, les pèlerins n’ont pas été insensible à l’enthousiasme et à la ferveur du célébrant et des animateurs qui, venant des régions avoisinantes, préparaient depuis deux mois cette fête paroissiale. En effet, la paroisse de Sainte Anne comprend quatre lieux de culte : les églises Sainte Anne (du village de Chamarel), Stella Maris (Le Morne), Seigneur de la Pêche Miraculeuse (La Gaulette) et Mater Dolorosa (Case Noyale).
Cette année, la messe de la Sainte Anne avait pour thème « La Fwa, kado Bondie pou nou lavi zordi… Mama Sainte Anne aid nou ouver-li ! »
« Le plus important dans un cadeau, ce n’est pas l’objet qu’on offre, c’est l’échange qu’il y a entre deux personnes. C’est ce don de nous-même que nous faisons à l’autre », a expliqué le Père Moctee dans son homélie. Il a exhorté les croyants à s’appuyer sur leur foi, « cadeau de Dieu », dans leur vie de tous les jours. « La foi nous ouvre vers les autres. C’est le contraire de la peur de l’autre ! Demandons à Mama Sainte Anne, elle qui a fait don de sa vie de parent à son enfant Marie, à nous apprendre à ouvrir le cadeau de notre foi pour nous ouvrir à l’autre », a-t-il insisté.
La messe a été dite sous une salle verte dressée devant la petite église. Certains pèlerins ont regretté que la statue de Sainte Anne ait été caché par la salle verte, car les gens y viennent prier. Par contre, le Père Moctee a invité les gens à venir adorer le Saint Sacrement exposé dans un oratoire qu’il a aménagé.
A l’issue de la messe, les pèlerins ont pu visiter la fête paroissiale qui s’est tenue dans la cour de l’école, jouxtant la petite église. Au programme, animation par les jeunes de la paroisse et par des artistes confirmés comme Clarel Armel, Solda Kaz Bad, Blakkayo, restaurant (cochon marron, cerf et “ti-vitess”), jeux, marché aux puces et discothèque. D’autres ont investi les restaurants de la localité pour le déjeuner.
« Kouma dir fancy-fair lor lari », a toutefois regretté un pèlerin, au vu du nombre de marchands ambulants qui se sont installés le long des routes de Chamarel. « C’est un manque à gagner pour la paroisse, qui en a pourtant tant besoin », a-t-il fait observer.