« Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. » Extrait des Actes des Apôtres qui relate le don de l’Esprit Saint aux apôtres de Jésus, le jour de la Pentecôte. Célébrée ce dimanche, soit cinquante jours après Pâques, cette fête commémore également la naissance de l’Église. Selon le révérend Eddy Cheong See, le mouvement charismatique, qui met l’accent sur les dons du Saint-Esprit, « réveille la foi et attire beaucoup de fidèles vers l’Église ». Le pasteur anglican estime toutefois que la prudence est de mise sur le plan des élans émotionnels.
Esprit de Vérité. Souffle de Dieu. Troisième personne de la Trinité. Paraclet. Ce sont les diverses appellations de l’Esprit Saint, que le chrétien reçoit le jour de son baptême et le jour de la confirmation. Mais, qui est l’Esprit Saint ? Le mot est très répandu parmi les fidèles mais force est de constater que nombre d’entre eux n’en ont pas une notion précise, comme le fait ressortir le révérend Eddy Cheong See. D’ailleurs, soutient-il, plusieurs théologiens sont d’avis que « trop souvent, l’on ne parle pas suffisamment de l’Esprit Saint. On parle beaucoup de la Passion du Christ, de la Création mais plus rarement de l’Esprit Saint. Le chrétien du XXIe siècle ne devrait pas minimiser le pouvoir du Saint-Esprit », estime-t-il. Et, si cette conception n’est pas très claire dans l’esprit des fidèles, il y a bien une explication. Souvent représenté sous forme d’une colombe, l’Esprit Saint n’a pas un visage humain comme Jésus. Quand Jésus reçoit le baptême, l’Esprit se manifeste comme une colombe qui descend sur lui depuis les cieux ouverts. Jésus, lui-même, dit, dans l’Évangile, que le Paraclet n’est pas humain. Dans l’évangile de Jean, au chapitre 14, Jésus le décrit comme « l’Esprit de Vérité ». Ce qui relève davantage du domaine spirituel que physique. De l’intangible donc. Jésus dit encore : « Le monde ne le voit point et ne le connaît point. » Et, pourtant, « il sera en vous ». Et, il aura une mission spécifique : celle de le manifester. « Mais le consolateur, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » ; « Il me (Jésus) glorifiera. »
Consolateur
Eddy Cheong See rappelle que la Pentecôte puise sa source du judaïsme tout comme Pâques. « Les juifs commémoraient la fin de la moisson et comme beaucoup de cultures à l’époque, ils donnaient les premiers fruits de leur moisson en offrande pour dire merci à l’Éternel. C’est aussi le jour où ils commémoraient le don de la Loi par Moïse. » Notre interlocuteur souligne le fait qu’à l’origine, ce n’est pas le terme « Esprit » qu’on retrouvait. On retrouvait plutôt le mot « Paraclet », qui vient du grec parakletos, voulant dire consolateur. Jésus avait promis la venue d’un Paraclet après son départ : « Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre paraclet qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. »
Selon le révérend Cheong See, « en grec, on utilisait le mot “Pneuma”, signifiant souffle pour désigner l’Esprit de Dieu. Ce qui a d’ailleurs donné lieu au mot “pneumatologie”, soit l’étude et la célébration de l’Esprit Saint. Dans l’Ancien Testament, on parle de l’Esprit de Dieu mouvant sur les eaux. L’hébreu parle de “ruah” : souffle ». De même, ajoute le pasteur, parle-t-on du « souffle de Dieu qui renouvelle la surface de la terre ».
Ce qui est par ailleurs intéressant avec la fête de la Pentecôte, selon Eddy Cheong See, c’est la réunion de plusieurs races louant Dieu dans diverses langues. « Même à l’époque de l’Église primitive, il y avait cette présence d’unité parmi des gens de races diverses. C’est là la naissance de l’Église. » L’Esprit Saint est descendu sur les apôtres sous forme de langue de feu et ils reçoivent ainsi le don de parler en plusieurs langues. Ce qu’on appelle la glossolalie. Cet épisode du Nouveau Testament où les apôtres vont évangéliser dans diverses langues dans divers pays est à mettre en contraste avec celui de l’Ancien Testament où, Dieu punit les hommes qui veulent construire la Tour de Babel pour l’atteindre. « Dieu les confond en multipliant les langues, les divisant ainsi et mettant fin à leur désir de puissance », dit Eddy Cheong See.
Symboles de l’Esprit Saint
C’est à partir des années 1960 que les mouvements pentecôtistes et charismatiques commencèrent à prendre de l’essor. « Ces mouvements ont ramené les gens vers l’Église. Ils apportent une certaine exubérance et une force spirituelle et les églises se remplissent. Ils ont fait beaucoup de bien à l’Église. Toutefois, le révérend Eddy Cheong See précise que la prudence est de mise, notamment au niveau des élans émotionnels qui peuvent être vécus de manière excessive aux dépens d’un manque de rationalité dans la pratique de sa foi. Mais, force est de reconnaître, dit-il, que « le mouvement charismatique réveille la foi des fidèles ».
Selon Mgr Joseph Doré, théologien et archevêque émérite de Strasbourg, les grands symboles de l’Esprit Saint sont l’eau vive et pure (ndlr : living water en anglais d’où le mouvement qui porte le nom) qui lave, rafraîchit, vivifie et désaltère ; le feu ardent qui réchauffe et qui purifie aussi tout comme il enflamme et consume. Par ailleurs, le vent qui remue tout, et peut tout emporter dans sa puissance de renversement. Et, enfin, le souffle léger qui apporte l’apaisement…