“Mes origines sont chinoises, mes racines sont mauriciennes et ma culture est créole.” C’est ainsi que se définit Percy Yip Tong. Celui qui a beaucoup oeuvré pour l’avancement de la culture créole (dans le sens le plus large du terme) déplore le fait qu’à cause des politiques, la créolité soit mal interprétée à Maurice.
Comme pour toutes les cultures présentes à Maurice, “la communauté sino-mauricienne est très créolisée”, selon Percy Yip Tong. “C’est en nous, qu’on le veuille ou non. Malheureusement, cette réalité est dominée par le sectarisme ou le communautarisme, qui existe ou qui est entretenu par les politiques sur des bases religieuses ou ethniques.”
Il soutient que créole et créolité ne devraient pas être rattachés à une couleur de peau ou à une ethnie. Pour lui, Maurice rate le coche à chaque fois que nous célébrons le Festival International Kreol. “Tous les Mauriciens devraient être concernés par cette fête. Mais dans notre vocabulaire, on considère que cette fête est destinée à une communauté. Le mot kreol a perdu son sens.”
Barrières.
Il est encore difficile pour certains d’adhérer au concept de créolité, même si la communauté chinoise s’est fortement créolisée. “Inconsciemment, les Sino-Mauriciens vivent cette créolité, mais à cause du communautarisme qui règne à Maurice, certains deviennent sectaires.” Contrairement aux Chinois d’autres pays, la communauté a gardé ses pratiques ancestrales, souligne notre interlocuteur. “Mais cela n’est pas complètement négatif. À La Réunion par exemple, à cause du métissage, les pratiques ancestrales se perdent.”
Percy Yip Tong estime que la communauté chinoise s’est fortement intégrée à plusieurs niveaux. Il cite le minn fri ou le bol renversé, qu’on ne trouvera pas ailleurs, car spécifique à notre île. Il précise qu’il en est de même pour le briani, qui s’est fortement créolisé. En somme, la cuisine a transcendé les barrières, et c’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir l’engouement des Mauriciens pour les dol pouri, faratas, minn bwi ou minn fri, le briani, le kalia, etc.
Interculturel.
Mais c’est le sectarisme entretenu pour des raisons obscures qui fait que beaucoup de Sino-Mauriciens se sentent plus à l’aise en tant que chinois que créoles. “Cela vient de cette structure mauricienne qui vise à diviser pour mieux régner.” Il constate cependant que l’évolution est en marche. Il se réfère au dernier CD du Dr Ng Kwet Long, qui chante le séga en mandarin.
“En tant que sino-mauricien, j’ai accepté naturellement ma créolité. Mais cela n’est pas généralisé. Il n’y a pas de véritable mélange”, souligne Percy Yip Tong.
La créolité, c’est aussi le métissage des cultures, comme on peut le trouver en cuisine, en architecture, dans la sphère musicale et dans le domaine linguistique. Il se réjouit que des mots d’origine chinoise trouvent leur place dans la langue kreol, comme “soy” pour désigner la malchance d’une personne.
Pour Percy Yip Tong, il n’y a donc pas de doute que la culture chinoise demeure une composante de la créolité. Mais “nous vivons trop le multiculturel, et pas assez l’interculturel”, déplore-t-il.