L’Association des Travailleurs sociaux de Maurice (ATSM) s’est souvenue des qualités du regretté Henri Souchon, ancien curé de l’Immaculée Conception, décédé vendredi dernier à l’âge de 89 ans. C’était jeudi, au Centre social Marie Reine de la Paix, où tout à tour, des membres ont partagé ce qui les a fascinés chez l’homme qu’a été l’ancien prêtre. Ils ont par la même occasion émis le souhait de voir le centre social être rebaptisé Centre social Henri Souchon.
« Si tous les religieux avaient sa sagesse, nombre de problèmes seraient résolus. » Tel est l’avis d’Ally Lazer, président de l’Association des Travailleurs sociaux de Maurice (ATSM). D’autant qu’en ce moment, dit-il, « il y a beaucoup de soi-disant religieux qui sont des roder bout. Ena rod enn bout laplaz, lot rod inport seafood, lot rod gagn patant bis ». Selon Ally Lazer, le Père Souchon « a donné sa vie pour les toxicomanes, pour ceux qui se sentaient marginalisés ». C’est l’ancien curé de l’Immaculée Conception qui devait, avec le Père Robert Jauffret et l’Imam Mustafa Beeharry, faire de lui un travailleur social. Cela, au lendemain du décès de son oncle, d’une overdose d’héroïne. « Le lendemain, je reçois un appel du Père Souchon qui m’invite à la Cure. Avec les deux autres religieux, il me dit, “Ally, lavi pa trouv dan trafik ladrog”. C’est ce qui a fait le déclic. En mémoire de ces trois grands Mauriciens, je m’engage à poursuivre ce combat jusqu’à mon dernier soupir. » Sans l’influence de ces trois religieux, poursuit-il, « je serais peut-être resté comme la majorité de la population, indifférente ».
Ally Lazer s’est dit encore marqué par la présence du Père Souchon, aux côtés de ceux qui luttaient contre la drogue. « Dan Plaine-Verte, li debarke lor so vespa. » Par ailleurs, à une époque où il n’était pas courant de manifester devant l’hôtel du gouvernement, « bann zournalis finn asize divan lotel gouvernma, enn kou, nou gagn sok, Père Souchon vini lor so vespa ek so portvwa ».
Eddy Sadien estime quant à lui que les municipalités et le gouvernement devraient « suivre l’exemple du Père Souchon qui avait gratuitement mis à la disposition du public le centre social pour des conférences. Vous n’avez qu’à regarder les toilettes publiques au Jardin de la Compagnie par exemple et l’administration du centre social ici ».
Pour Ibrahim Sheik-Yousouf, qui militait dans le passé à la prévention du suicide, l’ancien curé « inspirait la discipline ». Il s’est dit admiratif devant l’ouverture d’esprit du prêtre, notamment lorsqu’après lui avoir confié un jour qu’il voulait initier des cours de préparation au mariage pour les couples musulmans calqués sur ceux dispensés aux couples catholiques, le Père Souchon l’invita sur le champ : « Vini to asiste. »
Reza, autre travailleur social, garde, lui, de bons souvenirs des messes oecuméniques célébrées par le regretté prêtre. « Après sa retraite, nous avions un pincement un coeur. » Selon l’imam Joomun, qui l’a rencontré lors des inondations de mars dernier et plus récemment, à l’occasion de la fête Eid, « nous devons suivre son exemple. Li pa ti get figir, li travay ».
Danny Philippe, engagé dans la lutte contre la toxicomanie, se souvient d’avoir connu ce soldat du Christ à la paroisse de Notre Dame de Lourdes, à Rose-Hill, alors qu’il y était curé. Ensuite, à Port-Louis. « Un dimanche après-midi, au dîner des clochards, une de ses nièces étant présente, il dit à cette dernière : “In, pa met dan zar isi, asiz kouma sa bann tonton-la, pena sez la. » Par ailleurs, Danny Philippe se souvient que le Père Souchon lorgnait le bâtiment abritant les élèves Oasis de Paix, pour ses clochards. « Li ti pe rod enn plas pou so bann tonton zwe domino. Mais Monique Leung a su le convaincre qu’il était tout aussi important que les enfants disposent de ce lieu pour leur école. »
Témoignant à son tour, Salim Muthy, autre travailleur social s’est souvenu de la fois où en 2009, la police avait chassé des grévistes de la faim, dont il faisait partie au Jardin de la Compagnie. « Le Père Souchon dir mwa “pran to latant ek to bann dimoun vinn kot legliz mo gete ki sa mari ki pou vinn tir twa-la.” » Et, quelques années de cela, manifestant avec d’autres contre le casino Senator, près de la Cure, « li ti kriye : “ferm sa bwat haram-la” ». De même, deux ans de cela, à l’occasion de Goon, « li desann dan Plaine-Verte avek enn shal avek lekritir arab lor-la. C’était incroyable. Il m’a toujours dit : “Pa vinn enn roder bout. To finn koumans to konba, kontinie. Pa rod later, me rod lesiel.” »
De son côté, Dhiren Moher, autre travailleur social, se souvient de sa première rencontre avec l’ancien curé alors même qu’il venait d’être testé séropositif à l’hôpital. « Kan li trouv mwa avek perfizion, li dir mwa “ki tonn ganie mo garson”. Je lui ai dis que j’avais le sida et il m’a attrapé la main me disant : “Mo avek twa, fer to lapriyer, demin to pou sorti.” » Ally Lazer devait commenter à ce propos qu’à l’époque, le sida était une maladie qui suscitait la peur et en dépit de tout, le prêtre n’avait pas hésité à tenir la main d’un séropositif.
L’historien Georges Easton voit pour sa part dans l’homme qu’a été le Père Souchon, « une figure socratique. Il ne vous donnait pas la réponse mais il se mettait à votre écoute ». Selon lui, « il ne portait pas de gants de velours avec la hiérarchie. Souchon, c’était un homme attentif aux signes du temps qui changent ».