Principal initiateur du concert d’évangélisation du trio de singing priests qui s’est tenu dimanche dernier, le père Jean-Claude Véder se dit « profondément heureux » du grand succès remporté par ce praise and worship concert.

Tout en se refusant de comparer la foule présente à ce rassemblement spirituel à celle d’un meeting public, le directeur de l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM) estime quand même dans l’interview qui suit que les gens ont envie de discours « qui donnent sens à leur vie. » Fondateur du groupe d’action civique Affirmative Action, il assure être demeuré l’homme-pont qu’il a toujours été. Ce qui, déclare le prêtre, ne l’empêche pas pour autant de militer contre les discriminations dont, assure-t-il, la communauté créole est victime.

Père Véder, dressez-nous pour commencer un bilan général de votre concert Les Zezi Bat Dan Leker ?

Eh bien, nous sommes profondément heureux de ce qui s’est passé dimanche dernier à Gros-Cailloux. Nous estimons la foule présente autour de 25 000 personnes pour ce concert d’évangélisation. Tout s’est passé comme sur des roulettes. C’est un bilan au-delà de nos espérances. Nous sommes fiers de cette foule participative et bon enfant. Aucun incident ou accident ni aucun autre souci n’est à déplorer. C’était un plaisir d’être sur place.

Mais il y a quand même eu un gros problème d’embouteillage sur la route principale à l’Ouest. Le lieu choisi pour le rassemblement était-il vraiment approprié ?

Qu’on aurait tenu le concert n’importe où ailleurs, le même souci d’embouteillage se serait posé compte tenu de la foule immense. Je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si nous étions, plutôt, disons à Rose-Hill, au collège St Mary’s. Ou à Maire-Reine-de-la-Paix, à Port-Louis. Par rapport au problème de trafic, nous avions averti la police. Les billets avaient été vendus à l’avance. On jouait à guichets fermés. La police était au courant qu’il y aurait au moins 20 000 personnes. Sans compter les enfants de moins de 7 ans. Nous avons eu quatre rencontres avec notamment la Western Division et la police de Petite Rivière. Nous avons eu la participation du Village Council et du District Council. Tout a été fait dans les normes. Avec des bus convergeant vers le petit village de Gros-Cailloux qui ne compte que deux sorties vers l’Ouest et en direction de la capitale, il fallait automatiquement s’attendre à des bouchons. Le problème à Maurice aujourd’hui est que dès qu’on mobilise des personnes, des soucis de parkings et d’embouteillages se posent. C’est un problème infrastructurel qui ne dépendait pas de notre bonne volonté.

À la moindre déviation, la moindre intempérie, c’est forcément des bouchons. C’est dire que nos infrastructures ne satisfont pas les demandes. Le gouvernement devrait réfléchir à un lieu susceptible d’accueillir de tels événements. J’espère qu’on a tout prévu dans le cadre de l’aménagement du complexe omnisports de Côte d’Or. En tout cas, ce que nous retenons pour notre part, c’est qu’en dépit de ce problème de trafic monstre, il n’y a pas eu d’actes malveillants ni de paroles déplacées ni même de canettes de bière traînant les rues. Chapeau bas au public !

Comment expliquer une foule aussi conséquente pour un concert d’évangélisation alors que pour les messes du dimanche, les églises se vident ?

Ce concert répondait à une attente chez les gens. Au-delà des petites assemblées dominicales, les gens ont aujourd’hui besoin de telles manifestations où la foi se manifeste tout aussi que lors des messes dominicales. Il y a comme un besoin des personnes de se réunir en famille aux côtés d’autres familles chrétiennes dans une ambiance festive lors de tels concerts de louange et d’adoration. Il s’agit de pouvoir chanter, danser et célébrer sa foi. C’est l’esprit même des concerts praise and worship. Quand on a envisagé ce concert il y a un an, on ne voulait pas que d’un moment de louange, soit venir simplement chanter, met enn lagam. Il y avait aussi de cela, mais nous voulions inviter les gens à intérioriser, à entrer au plus profond de leur foi. C’est ce que l’on a réussi. On a loué, on a adoré. Il y a eu un moment de silence, un temps d’adoration du saint sacrément et une procession de la croix. C’était aussi une occasion de se retrouver en famille. Il y avait beaucoup de jeunes, de moins jeunes et d’enfants.

Parallèlement, vous avez bien mieux mobilisé les gens que les grands partis politiques avec leur briani et leur transport gratuits.
Je me refuse à comparer cette assemblée à un meeting politique. J’ai vu des commentaires, je ne suis pas d’accord. Jésus ne se vend pas. Il se donne gratuitement. Il me semble que les gens ont compris cela. Loin de moi l’idée de dresser un parallèle avec les réunions politiques. Les gens sont venus à notre concert pour leur foi, pour le Christ. Le prix de notre ticket d’entrée n’allait servir que pour, surtout, couvrir nos frais. Nous avions quelques sponsors, mais on avait besoin d’argent. Nous l’avons mis en vente au prix le plus bas pour encourager les familles à venir. Le but n’était pas de se faire de l’argent pour un fund raising. Ce qui va rester servira au financement des œuvres précises du diocèse. Puisque vous me le demandez, je pense que les gens en ont marre des discours qui ne répondent pas à leurs besoins. Et ce concert a été la grande claque qui est venue démontrer que le public est désormais plus exigeant quant aux discours qu’il a envie d’entendre. C’est là que, sociologiquement, on constate que les gens ne veulent plus courir derrière n’importe quoi et n’importe qui. Même la société de consommation qui sacralise le paraître au détriment de l’être ne saurait combler sa soif d’authenticité. Les uns et les autres devraient faire très attention à cela. Les gens ont envie d’un discours qui donne sens à leur vie et, pour nous les chrétiens, cette parole qui a du sens c’est l’Évangile de Jésus Christ.

Changeons de registre. Auteur de Dire Dieu Jusqu’à le Célébrer ensemble, on vous connaissait comme un homme-pont, partisan du dialogue interreligieux et interculturel. Comment vous êtes-vous soudainement transformé en porte-parole exclusif d’une communauté en particulier ?

Je récuse ce qualificatif de porte-parole exclusif de la communauté créole, si c’est ce que vous voulez dire. Je demeure, comme vous dites, un homme-pont. Écrite il y a 16 ans, ma thèse de doctorat en théologie, je la relis aujourd’hui avec les mêmes convictions. Si vous la lisez, vous verrez que je postule que pour dialoguer avec les autres, faut-il que l’on soit d’abord à l’aise avec sa propre identité. Je n’ai pas à mettre mon identité entre parenthèses. Tout en étant un chaud partisan de l’unité, je pense quand même que travailler pour plus d’unité ne signifie pas ne pas accepter nos différences. Il faut d’abord que je sois à l’aise avec ma propre identité pour que je sois capable de dialoguer avec l’autre, qui est différent de moi. C’est en ce sens que je créée des ponts.
Ce qui se passe aujourd’hui, le Conseil des Religions l’a dit : notre pays souffre de discriminations et la communauté créole est sans doute celle qui est la plus discriminée. Si j’élève la voix, c’est parce que je considère qu’il y a beaucoup de personnes qui sont discriminées, et cela dans toutes les communautés. Il ne faut pas jouer à la politique de l’autruche. Certains diront « sannla-la, li pe defann so bann. » Mais quand je dis cela, je ne le fais pas contre les autres. Ce n’est pas parce que je suis en train de défendre cette cause que je suis forcément contre les autres. Si je le dis, c’est à la lumière des faits et des chiffres qui parlent. Et je ne peux être complice de cela.
En tant que prêtre catholique, je ne saurais travailler pour une communauté exclusivement. Quand j’ai été ordonné il y a 24 ans, ma devise c’était « Prêtre pou tou dimounn ». Aujourd’hui encore, je suis prêtre pou tou dimounn. D’ailleurs, dans mon ministère, je rencontre des gens de toutes les religions et de toutes les cultures. C’est me faire un mauvais procès que de m’accuser d’être un communaliste. Mais cela étant dit, je maintiens que la communauté créole est aujourd’hui encore la communauté la plus discriminée. Prenez le cas des offres d’emploi. Qui peut venir prétendre aujourd’hui que les créoles sont bien moins qualifiés que tous les autres ? Cette question de discrimination touche aussi d’autres communautés mais, ensemble, nous pouvons faire changer les choses. C’est pour moi une cause inclusive. Aussi, j’invite les autres —hindous, musulmans, sino-mauriciens — qui voient en la lutte contre les discriminations une cause juste, noble et valable de nous retrouver ensemble en vue de lutter.

Beaucoup ne comprennent pas cette demande de votre mouvement Affirmative Action pour un nouveau recensement communal. En quoi cela réglerait-il les problèmes de la communauté créole ?

Je crois qu’il y a une vraie hypocrisie par rapport à cette question de nouveau recensement communal. Je suis Mauricien et heureux de l’être. Mais j’appartiens à une culture qui est la culture créole. Cela ne veut pas dire que je sois irrespectueux des autres cultures. Je n’ai aucun souci de me retrouver en Europe et cela ne me déplaît pas d’aller en Inde. Partout, je m’y adapte. Il ne faudrait pas que quand je réclame le respect des droits des créoles que l’on se dise que je sois forcément contre tous les autres. À bien y voir, il n’y aurait même pas besoin de nouveau recensement si les droits de tous, indistinctement, étaient respectés. Mais il y a certains qui profitent malheureusement plus que d’autres. Ceux-là ne veulent pas d’un nouveau recensement parce qu’ils savent déjà ce qu’il en sera. On parle de la fameuse boîte de Pandore. J’aimerais bien, moi, qu’on l’ouvre cette boîte de Pandore. Eux savent très bien ce qu’il y a dedans. C’est cette hypocrisie politicienne que je veux combattre.

Et ceux de la population dite “générale” qui ne sont pas créoles ? On crée aussi une autre “communauté” pour eux ? Et ceux qui se définiraient, disons, comme sino-créoles, ou créoles rasta ? Une autre communauté pour chacun d’eux ?
Je pense que la personne devrait être libre de dire où elle veut être classifiée. Il faut que chacun puisse s’autodéfinir. On est Mauriciens, c’est clair. C’est écrit Mauricien sur notre passeport. Mais chacun a le droit de s’identifier à sa culture. Et dans le débat actuel, on se braque sur l’ethnie. Or, il y a l’ethnie, la religion et la culture. Bien souvent, ces trois-là, on n’arrive pas trop à les définir. Il y a un mélange. Cela découle d’ailleurs des quatre définitions dans la Constitution : hindu, muslims, sino-mauriciens et population générale. Pour moi, les deux premiers sont des religions, le troisième une culture et le quatrième on ne sait pas trop. Tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les trois premiers vont finalement se retrouver dans le quatrième groupe fourre-tout.

En ce faisant, n’y-a-t-il pas un risque réel de balkanisation de la société mauricienne avec une multitude de demandes de reconnaissance de communautés “nouvelles” ?

La balkanisation est déjà là. Elle existe. C’est là qu’il y a une vraie éducation à faire pour qu’on puisse travailler ensemble et se dire Mauriciens. Et nous ne sommes pas prêts pour cela. On se dit Mauriciens, mais finalement, quand il s’agit de ses intérêts, on n’est plus Mauriciens. Il faut dire les choses et ne pas se voiler la face. Si nous en sommes arrivés là aujourd’hui avec Affirmative Action, c’est en raison de toutes ces dérives depuis Soodhun et les logements NHDC de Palma, et les réfugiés post-Berguitta. Il y a eu ces réflexions racistes sur « une certaine frange de la population », une « certaine communauté » – pour dire pudiquement « les créoles ». Il y a chez beaucoup, même si ce n’est pas pour une majorité, un dénigrement honteux de la communauté créole. Et cela se poursuit toujours. Nous le savons bien, quand on parle des membres de la communauté créole, nous les considérons comme les derniers des derniers. Moi, je me bats contre cet esprit-là. Le jour où on arrivera à se dire que nous sommes tous, véritablement, Mauriciens, nous n’aurons plus besoin à ce moment d’être catégorisés pour des élections. C’est une cause nationale.

Mais des membres d’autres communautés sont tout aussi victimes de préjugés communalistes venant notamment des créoles…

Effectivement. Je suis le premier à reconnaître que la communauté créole n’est pas exempte de préjugés qu’elle entretient envers des frères d’autres communautés. Souvent, presque inconsciemment, l’autre se présente comme une menace pour soi. Chez nous aussi, les créoles, nous avons notre examen de conscience à faire.

Ne trouvez-vous pas suspect que celui-là même qui a défendu avec Me Rex Stephen Rezistans Ek Alternativ dans le procès contre le Best Loser System soit l’avocat d’Affirmative Action, qui défend aujourd’hui l’idée d’un nouveau recensement communal ?

Je ne peux répondre pour Me José Moirt. Mais je peux dire qu’il a fait son chemin et aujourd’hui il a décidé de se positionner auprès d’Affirmative Action. C’est moi qui suis allé le voir le 21 janvier 2018 après avoir vu tous ces posts racistes sur les réseaux sociaux. Il a compris combien c’était sérieux, a ouvert son bureau et nous avons commencé à travailler. Affirmative Action se positionne comme un groupe d’action civique. Ni le père Gérard Mongelard ni le père Patrick Fabien, ou moi, qui sommes les prêtres de ce groupe, ne pouvons, ni ne voulons faire de la politique active.

Nous nous sommes néanmoins dit que nous allons faire de la politique dans le sens noble du terme. Pas la politique politicienne. Nous avons besoin de politiciens et de leaders politiques intègres et honnêtes qui ont le sens de l’éthique. En tant que prêtres, nous ne sommes pas engagés à ce niveau. Mais nous ambitionnons d’encourager les jeunes et autres à s’engager en politique. Nous comptons les former — chrétiens et non-chrétiens — pour devenir des politiciens susceptibles de diriger notre pays. Notre rôle en tant que groupe d’action civique serait de réveiller la société civile, faire prendre conscience aux gens qu’ils ont une voix à faire entendre. Conscientiser le citoyen quant à sa responsabilité politique. Nous œuvrons vers cela. C’est là où se situe l’action d’Affirmative Action.

Justement, nous savons qu’au moment des élections, certains groupes religieux vont jusqu’à donner des consignes de vote. L’Église a-t-elle changé à ce niveau ou entend-elle maintenir son choix de laisser ses fidèles libres de voter, selon leur conscience ?

L’Église n’a pas changé et ne changera pas. Compte tenu de sa pluralité politique, elle se refuse le droit d’influencer le choix de vote de ses fidèles. En fonction de ce que lui dicte sa conscience, chez nous, les catholiques, chacun a le droit à la couleur politique de son choix. Je n’ai pas le droit de dire aux gens que c’est en faveur de cette couleur ou de celle-là qu’il faut qu’ils votent. En tout cas, il ne faudrait surtout pas compter sur moi pour quelque consigne de vote

Autre sujet : la violence. Des enfants qui agressent leurs parents, des gamins qui se battent jusqu’à se rendre infirmes, des conjoints prêts de se tuer “par amour”, la violence routière…
C’est un problème complexe. Des frustrations. Il y a ceux confrontés à la misère. Puis encore, il y a aujourd’hui cet accès facile à la violence sur nos écrans de portable, de télévision et d’ordinateur à laquelle des enfants sont aussi exposés. Je pense que la violence exacerbée vient d’un profond sentiment de malaise au sein de notre société. C’est comme un cercle vicieux. Prenons la question du divorce. Sans culpabiliser le couple, le fait reste que des enfants se retrouvent ballottés et en perte de stabilité, ne sachant où se situer au sein de la famille, la base de la société. Il devient difficile de leur inculquer des repères, des valeurs. Il y a aussi cette société de consommation qui nous encourage sans cesse à tout avoir tout de suite. Et pour avoir, certains sont prêts à tout. Quand on voit des enfants dealers de drogue, la motivation dernière c’est l’argent. On croit que l’argent peut tout acheter. L’on inculque très tôt aux enfants le culte de la grosse voiture, de la grande maison En soi, il n’y a rien de mal d’aspirer à acquérir des biens. Mais pas à n’importe quel prix. Nous faisons tout aujourd’hui pour que l’enfant réussisse matériellement, alors que le principe de l’éducation intégrale comprend non seulement le développement de l’esprit de l’élève, mais encore plus le développement de son corps et celui de son cœur. C’est ce que le système d’éducation devrait favoriser. Il convient aussi de réapprendre aux jeunes des choses élémentaires comme dire bonjour, merci, pardon, s’il te plaît. Des mots magiques qu’on a, semble-t-il, oubliés.

Et le trafic de drogue qui, paraît-il, n’épargne même plus les élèves des meilleurs établissements secondaires…

La direction du Collège du Saint-Esprit (CSE) a eu le courage de dire qu’il a un gros problème au sein de son établissement. Je salue cette démarche de dénonciation d’un problème qui, de toute évidence, concerne beaucoup d’établissements secondaires. Encore une fois, c’est une hypocrisie. Au moins dans le cas du CSE, on a choisi de regarder le problème en face. Aujourd’hui, il faut que la direction du collège voit comment elle va le résoudre. Il y a là un réel problème, car il y a la question de rajeunissement des consommateurs de drogue. Pas une semaine ne passe sans que des parents, toutes communautés confondues, ne viennent me voir avec un enfant ayant un problème de drogue. C’est devenu alarmant.

D’une ancienne génération de pères fouettards, on est vite passé en quelques décennies à une nouvelle génération de pères gâteux bien plus conciliants. Serait-ce l’explication à une certaine perte d’autorité, à l’instar de celle autrefois exercée par des policiers ou des enseignants ?

Il y a sûrement une certaine vérité dans cela. Des parents qui, enfants, ont vécu la misère veulent comme rattraper le temps perdu en donnant tout, tout de suite, à leurs enfants. Les parents travaillent dur pour satisfaire tous ces caprices d’enfants. Mais on ne peut tout avoir. Apprendre à manquer des choses participe à la construction du bon caractère d’un enfant. Aujourd’hui, c’est la génération de l’enfant roi, voire de l’enfant dictateur, celui qui crie et pleure au supermarché pour exiger ce qu’il veut. Les parents cèdent finalement et se disent donn-li. Oui, on est dans la culture du less-li. Il faut apprendre à manquer. On arrive aujourd’hui à confondre entre autorité et pouvoir. L’autorité c’est très bon, le pouvoir est très mauvais. D’autre part, pour faire grandir, un parent se doit d’avoir une autorité sur les enfants. Mais quand on a un pouvoir sur les enfants, on bride sa liberté. La liberté, dans le bon sens du terme, est importante pour l’épanouissement de l’enfant. Mais on confond les deux. Certains autres pensent que quand on tape plus fort, ça c’est le pouvoir, c’est là que l’on va être respectés. Mais on peut ne pas taper fort et se faire respecter car on a une autorité. Nous passons par une crise. Cela ne concerne pas que la famille. C’est aussi à l’école, avec les enseignants qui n’ont plus d’autorité sur les élèves. Ou dans la rue, avec des policiers. Il y a 20 ans, on n’aurait jamais témoigné de l’agression d’un policier. On disait autrefois aux enfants : To pe fer move, mo pou apel lapolis. Aujourd’hui, si on le dit, l’enfant répondra :  Apel-li, pena problem !

À l’image du pape François qui se refuse de juger le choix de vie des homosexuels, l’Église catholique semble avoir mis de l’eau dans son vin sur des questions de mœurs telles que l’union libre hors mariage ou les divorcés remariés…

C’est faire une mauvaise lecture que de penser que le pape François renie tout ce que disait l’Église avant lui. Comme Jean Paul II, comme Benoît XVI, le pape François a son charisme. Lui c’est le pape de la Miséricorde. L’Église a toujours annoncé un Jésus Christ Miséricordieux. Et quand il est venu, le pape François a insisté sur la nature miséricordieuse du Dieu de Jésus Christ. Cela a été sa ligne de conduite depuis 2014. C’est ce qu’il fait quand il dit « je ne condamne pas les homosexuels, mais je condamne l’homosexualité ». S’agissant des divorcés remariés, il continue à dire que le mariage est sacré, mais il convient que l’Église se montre miséricordieuse envers les personnes divorcées ou remariées. Il y a plein d’autres exemples. Tout ce qu’il veut montrer, c’est le visage éminemment miséricordieux du Christ.

Le mot de la fin…

Je suis rempli d’espérance. J’aime ce pays. J’aime l’Église, j’aime les gens, c’est pour cela que j’ai choisi d’être prêtre. Par moment, je suis assez découragé, car je vois tellement de choses qui ne me plaisent pas. Mais en même temps, je suis empreint d’une grande espérance, parce que je suis sûr qu’il y a des hommes et des femmes de bonne volonté qui veulent que ce pays soit un pays où chacun puisse se sentir heureux. Un pays où chacun est reconnu pour ce qu’il est, pour sa valeur.