Le Père Laval a véritablement conquis le coeur de la population ; en témoignent les efforts des Mauriciens de toutes les confessions religieuses ces derniers mois ainsi que la réponse positive du gouvernement pour le financement de la construction d’un nouveau caveau pour le Bienheureux. L’inauguration du nouvel édifice prévue ce matin à 11 h 30 sera un des temps forts du calendrier d’activités organisées par le diocèse de Port-Louis pour marquer le 150e anniversaire de la mort du Père Laval. D’ailleurs, le public est invité à assister à cette cérémonie à laquelle seront présents le Premier ministre, le leader de l’opposition et d’autres dignitaires du pays.
Il y a eu en effet un bel élan de solidarité des Mauriciens après l’appel lancé l’an dernier par le diocèse de Port-Louis pour une contribution financière afin de concrétiser le projet d’un nouveau caveau, estimé à Rs 25 M au départ. Mais finalement la construction a coûté Rs 22 M. « Pour la première fois dans un chantier de construction je vois une révision des coûts à la baisse et en plus nous n’avons pas de dettes », dit sur un ton heureux le Père Bernard Hym, le coordonnateur du projet. Le financement est comme suit : Rs 10 M données par le gouvernement, Rs 6 M collectées parmi les Mauriciens, Rs 3 M venant du diocèse. « Avec les contributions promises, mais qui ne sont pas encore rentrées, nous allons pouvoir combler le reste », explique le Père Hym.
Les membres de la congrégation du St-Esprit, à laquelle appartenait aussi le Père Laval, expriment leur reconnaissance envers la générosité des Mauriciens et apprécient aussi le soutien des autorités gouvernementales et municipales. « Ce nouveau caveau a été construit grâce aux donations des Mauriciens en général et la participation du gouvernement provient de l’argent des contribuables. La cérémonie pour l’inauguration reflétera toutes les composantes de la nation mauricienne », annonce le Père Henri Arthé, supérieur des Spiritains.
L’ouverture officielle du nouveau caveau a lieu ce matin, mais le nouvel espace est accessible au public depuis le mois de juin dernier. Le flux de visiteurs ces deux derniers mois a permis à l’équipe de Bernard Hym d’observer le comportement et d’entendre les réactions du public en découvrant le nouvel espace. « Ce qui impressionne d’abord les gens est la grandeur de la salle et ils sont contents de ce changement », disent les habitués du caveau.
En effet, le nouveau caveau est beaucoup plus spacieux — pouvant accueillir jusqu’à 250 personnes, contre une centaine pour l’ancienne sépulture – plus clair et plus aéré grâce aux larges ouvertures. Dès l’entrée dans la salle le regard du visiteur est attiré par une grande croix surplombant le gisant. Il s’agit d’une reproduction de la croix auprès de laquelle le Père Laval a accepté l’unique fois d’être photographié. On relève aussi des murs utilitaires. En effet, des étagères ont été installées tout autour de la salle pour permettre aux pèlerins d’y déposer les bougies et les bouquets de fleurs.
Désormais, l’ancien caveau sert de passage d’entrée au nouveau afin de permettre aux pèlerins qui le souhaitent de se recueillir pendant quelques minutes pour mieux prier ensuite auprès du Père Laval. Une fontaine a été installée à la place où se trouvait le sarcophage du Bienheureux jusqu’en juin dernier.
L’agrandissement du caveau était une nécessité et plaît aux visiteurs. En revanche, des habitués au caveau du Père Laval regrettent que la nouvelle infrastructure ne tienne pas compte suffisamment de certains éléments de l’architecture d’autrefois.
Ceux qui ont été étroitement associés à ce projet de construction — le Père Bernard Hym, l’architecte Sylvie de Leusse, le constructeur Berty Gérard et son équipe d’ouvriers, Daniel Alexis (conseiller technique de la Congrégation du St-Esprit pour ce projet) — sont habités par un sentiment de grande satisfaction. Ils soulignent qu’il n’y a pas eu de grosses contrariétés depuis l’ouverture du chantier en septembre dernier et sont heureux d’avoir pu compléter les travaux dans les délais. Mais il y a d’autres motifs de satisfaction : les plans d’architecture respectés, des ouvriers bien motivés, une conscience professionnelle à tous les niveaux du chantier et les travaux exécutés avec goût. « J’avoue qu’au début j’étais très stressée, car j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Mais tout s’est bien passé et en plus dans la bonne humeur. Il n’y a pas eu de difficultés majeures et les petits pépins ici et là ont été vite aplanis. On sentait que tout le monde sur le chantier voulait bien faire tout en restant dans le calendrier. L’architecte a ses idées, mais parfois quand on arrive sur un chantier on voit que cela se passe autrement. Mais sur ce chantier cela a fonctionné correctement parce qu’il y a eu beaucoup de concertations depuis le premier jour des travaux. Je suis contente du résultat », confie Sylvie de Leusse.
Il y a une bonne dose d’émotion dans la voix du directeur de Berger Construction en partageant ses impressions à la veille de l’inauguration du nouveau caveau. « Ma plus grande satisfaction est que mon équipe a respecté la date butoir, nous avons achevé les travaux en huit mois », s’exclame Berty Gérard. « Je dirige une petite entreprise de construction et nous avons montré aux autres ce que nous pouvons faire. J’ai remarqué que tous ceux qui ont travaillé sur ce chantier l’ont fait avec enthousiasme. Il n’y a pas eu de gros ennui et j’ai l’impression que le Père Laval a veillé sur nous. Il y a l’empreinte de mon entreprise dans la réalisation de ce projet et nous sommes rentrés dans l’histoire ! » ajoute non sans fierté le constructeur.
Parallèlement aux travaux de construction, le comité organisateur de ce 150e anniversaire préparait avec minutie la cérémonie d’inauguration de ce matin. Pour le Père Henri Arthé, cet événement d’aujourd’hui qui est un moment fort et phare dans la vie du diocèse de Port-Louis représente « le poids d’une longue histoire ». « Il y a une longue histoire d’amitié entre le Père Laval et les Mauriciens et c’est précisément cette relation d’amitié que nous célébrerons au cours de cette cérémonie », dit le Supérieur des Spiritains.