La famille et le pays étaient au centre des préoccupations de l’évêque de Port-Louis dans l’homélie qu’il a prononcée hier soir lors de la messe pour le pèlerinage annuel au tombeau du Père Laval. Paix durable, solidarité, amitié, générosité, entraide sont les mots qui ont eu une grande résonance dans ce message adressé aux milliers de Mauriciens qui ont convergé vers Ste Croix. Selon Mgr Maurice Piat, la solidité d’un pays et celle d’une Église ne se mesurent pas à l’aspect financier ni au statut social de ceux qui en font partie. « C’est la solidarité qui fait la force d’un pays et d’une Église. Se pa kantite ka ki gaygne », a affirmé l’évêque de Port-Louis. Et d’insister sur la contribution de chaque Mauricien pour oeuvrer quotidiennement en faveur de la paix.
Le thème choisi par le comité organisateur de ce pèlerinage 2015 est « Per Laval beni nou fami » mais à la suite des récents événements dans le sud du pays ces derniers jours, on y a ajouté « Per Laval beni nou pei ». Pour la messe de 20h30 qu’il a présidée, l’évêque de Port-Louis était entouré de Mgr Denis Wiehe, évêque du diocèse des Seychelles et d’un grand nombre de prêtres. Au début de la messe, Mgr Piat a fait allusion brièvement à ces incidents en disant que « la grande famille mauricienne finn inpe sekwe par bann tansion ki finn ena dan le sud ». Il a demandé à la foule, dans sa prière, de confier le pays au Père Laval, en soulignant le caractère unificateur de ce pèlerinage : « Le Père Laval est l’apôtre de l’unité mauricienne et confions-lui notre pays ».
À partir du texte de l’Evangile lu par le père Robert Dalais et qui avait pour thème « La maison bâtie sur le roc », Mgr Piat a livré une réflexion bien dense et parfois imagée sur ce qui, selon lui, rend une famille et un pays solide – et qui leur permet de demeurer stable lorsqu’ils se retrouvent confrontés à des situations de crise.
Pour l’évêque de Port-Louis, une maison, au-delà d’être un lieu d’habitation pour une famille, est aussi « un refuge, un lieu d’accueil, de vie, d’affection et de tendresse ». Ainsi, dit-il, la construction d’une maison ne se résume pas qu’à un assemblage de matériaux de construction avec un savoir technique. « Se pa zis bat beton, poz blok, koul dal. Konstrir enn lakaz se enn lantrepriz imin ». De la même manière, a poursuivi Mgr Piat, fonder et construire une famille est une « entreprise humaine » et de longue haleine ; cette démarche requiert des matériaux spécifiques. Mgr Piat a alors évoqué « le don de soi », « la patience », « l’esprit de service et d’attention aux autres », « le pardon et la réconciliation », « la tendresse », « la fidélité » et la « persévérance ». « Sa kalite konstriksion-la nou kone kan nou koumanse me zame li pa fini. Nou bizin toutletan lor santie de lafamil » croit Mgr Piat. De telle exigences, selon lui, sont aussi valables pour un pays qu’il a comparé à une « grande famille ».
L’évêque de Port-Louis a beaucoup insisté dans son homélie sur le caractère familial de la vie d’un pays. « Enn pei se enn pep, se enn famille », a martelé Mgr Piat. « Construire la famille mauricienne ne se limite pas qu’au développement économique. Cela veut dire aussi construire la paix sociale jour après jour. Construire la famille signifie aussi la solidarité et l’attachement à la justice. Comme pour la famille là aussi la construction ne s’arrête jamais. Chacun doit apporter sa contribution. Sak dimounn bizin amenn so blok pou ki lakaz-la pa grene ».
En se référant à l’Évangile, Mgr Piat explique que Jesus invite chaque personne « à construire la vie familiale sur des bases solides ». Selon l’évêque de Port-Louis, le type de fondation cité dans ce passage d’Évangile peut s’appliquer aussi à « la construction de la grande famille mauricienne ». Il poursuit : « Construire sur le roc est une entreprise très simple et qui soit à la portée de tout le monde. Chacun doit s’y mettre et il faut tout simplement avoir confiance en Dieu et croire qu’il aime profondément chaque famille comme elle est et qu’il aime notre pays tel qu’il est. Quand on prend appui sur l’amour de Dieu la construction progressera. »
Mgr Piat a ajouté qu’en posant des fondations solides, une famille et un pays peuvent résister à n’importe quelle situation de crise. « Kan nou konstrir lor ros, siklon, koud’van, tou sort kalamite kapav vini me nou lakaz rest solid ». Et Mgr Piat de préciser que les cyclones auxquels il fait référence sont des tentations tels « l’individualisme et l’égoisme », « le communalisme », « la corruption », « la violence «, «l’orgueil », « le pouvoir, » et « rod grander ».
On a relevé aussi hier cette insistance de l’évêque de Port-Louis sur la notion de solidarité qui doit primer au sein de la population. Mgr Piat a utilisé un langage imagé pour décrire ce type de solidarité qu’il souhaite voir parmi les Mauriciens. « Kan nou fini poz premier ranze bloc nou poz bann lezot bloc ki monte ziska lao. Nou kone ki tou bloc pa poz lor enn sel bloc me lor de bloc kouma bann bloc das enn miray ki ankrastre enn dan lot, li bisin parey dan nou lavi. Nou osi pou nou konstrir nou lakaz nou fami nou bisin pren lapwi lor enn lot dimounn e nou osi a nou tour nou soutenir lezot dimounn ki bizin enn koudme ». Cette solidarité dans l’interdependance est tout aussi valable, selon Mgr Piat, dans la construction d’un pays.