Jonathan Chicot

Il était une fois un homme qui était décidé à tout risquer… Son prénom était Jacques-Désiré. Né à Croth, en Normandie, il aimait la vie mondaine, l’équitation, avait une situation financière plus ou moins stable et était même amoureux d’une certaine Peggy. De plus, son rêve d’enfant était d’être un jour prêtre ou médecin. Il était loin de se douter qu’un jour il se verrait être les deux ! Les pauvres l’aimaient beaucoup car, dès l’enfance, sa maman lui avait appris à prendre soin d’eux.

C’est donc ce qu’il a continué à faire tout en étant médecin (après cinq ans d’études à la Sorbonne) à Évreux, ses consultations étaient souvent gratuites pour eux. Voilà qu’un jour une chute de cheval va lui permettre de se décider pour Dieu; s’ensuivra une décision drastique. Il se convertit, distribue tous ses biens (ce qui va sans dire choquer les nobles de son temps !) et il entra au Séminaire à 32 ans. Les études théologiques étaient dures mais il s’accrocha tant bien que mal. Le désir d’être missionnaire le travaillait sans arrêt.

En 1838, il est ordonné prêtre et devint curé de Paroisse à Pinterville. Il travaillait dur, priait intensément et se mortifiait mais les paroissiens étaient quand même indifférents. En 1840, une occasion se présente à lui; à la demande de deux visiteurs, Tisserant et Levavasseur, recherchant des missionnaires pour l’œuvre des noirs dans les colonies, il répond oui sans hésiter même si cela va prendre quelques mois avant sa concrétisation. En 1841, on lui proposa d’escorter Mgr Collier dans le nouveau vicariat apostolique de Maurice, avec trois autres prêtres. En route vers son pays d’adoption, il écrit à son Supérieur, François Libermann, Spiritain, en lui disant qu’il ne savait pas grandchose de ce pays, simplement qu’il y avait des esclaves affranchis. « Je serai nègre parmi les nègres », avait-il dit. Arrivé sur l’île, il sera le seul parmi ses confrères prêtres à s’occuper des noirs et sera un infatigable ouvrier. Il refuse de parler français et se mit à apprendre avec intérêt le kreol. Il passait de nombreuses heures au confessionnal, ne se reposait que quelques heures et était déjà à la prison à 5h du matin pour évangéliser les prisonniers. Il était persécuté, car il dérangeait certains par sa franchise, son intransigeance. Le père Laval ne faisait aucun compromis, réveillait les consciences et redonnait une dignité à ceux et celles qui l’avaient perdue. Sa douceur, sa patience, la sainteté qu’il dégageait ramenaient beaucoup d’âmes à Dieu. Celles-ci se rassemblaient souvent le soir autour de lui pour ses catéchèses.

La messe de midi le dimanche “réservée” aux esclaves affranchis était un succès. Le nombre de croyants grandissait considérablement mais le père Laval était toujours seul à administrer les Sacrements. Ce sont ces mêmes nouveaux laïcs qui vont petit à petit construire des églises et continuer la mission commencée par le père Laval.

Après 23 ans de dur labeur et de fatigue extrême, le père Laval décède le 9 septembre 1864 en la fête de St-Pierre Clavier ; un autre Apôtre des esclaves et au lendemain de la Nativité de Marie, en qui il avait une grande dévotion. Quand il est arrivé à Maurice, il n’y avait personne pour l’accueillir mais le jour de ses funérailles, il n’y avait pas moins de 40 000 personnes. Le Père Laval est mort mais son œuvre ne meurt pas. Ce ne sont pas uniquement les catholiques qui le vénèrent mais la population mauricienne, et même ceux venus d’ailleurs. Le père Laval fut béatifié le 29 avril 1979 à Rome par le pape Jean-Paul II, qui a lui aussi prié à son caveau, à Sainte-Croix, lors de sa visite à Maurice en 1989. Ce fut la première béatification de Jean-Paul II qui plaça son pontificat sous la protection de cet humble missionnaire. Le pape invita les chrétiens du monde entier à le prendre pour modèle : « Que l’exemple du père Laval encourage tous ceux qui, sur le continent africain et ailleurs, s’efforcent de bâtir un monde fraternel, exempt de préjugés raciaux ! »

Cette année, l’Apôtre de l’île Maurice aura la visite du Saint Père; le Pape François, à l’occasion du 155e anniversaire de sa mort, commémoré le 9 septembre. Un Apôtre, c’est celui qui suit le Maître, le Christ, et l’annonce à tous : c’est ce que le père Laval a toujours fait et le rappelle avec beaucoup de pertinence sur la seule photo où on le voit, désignant le Crucifix. Père Laval, tu es vraiment un modèle pour chacun de nous; qu’à ton exemple nous puissions nous aussi nous mettre au service de tous !