Il a endossé son costume de Père Noël depuis janvier 2017. Il n’était pas attendu, mais il avait fini par arriver. Non pas par la cheminée, mais par un autre point d’accés, ce que ses détracteurs avaient affublé du vocable Linpos. Et, des cadeaux, il en a distribué tout plein depuis. Le but étant de faire la démonstration qu’il était apte à occuper la fonction suprême. Comme sa venue n’avait pas été annoncée, il s’est beaucoup appuyé sur la stratégie du tout gratuit pour se construire une légende, pour donner de l’épaisseur à son pedigree. S’étoffer, surprendre, distribuer pour s’imposer. Ce qu’il a finalement réussi parce qu’il n’a travaillé qu’à ça depuis deux ans et aussi parce que ceux qui voulaient lui barrer la route ont été chacun de sa petite stratégie isolée.

Ce Père Noël-là s’appelle Pravind Jugnauth. Et comme il a commencé fort, qu’il a continué à coups d’annonces de prébendes les unes plus surprenantes et spectaculaires que les autres, il semble ne plus savoir où et comment s’arrêter. Avec lui, on a l’impression que la hotte déborde. Il distribue tellement, à tous et même à ceux qui n’ont rien demandé, qu’il lui arrive de provoquer de flagrantes injustices. Son joujou préféré, le tramway, nommé délire par certains du côté de Beau-Bassin et de Rose-Hill pour le lot de désagréments causés à des familles entières avant, pendant et après les travaux, qu’il a lancé en grande pompe le 3 octobre et, les élections approchant, Pravind Jugnauth l’a annoncé gratuit pour tout le monde pendant un mois, entre novembre et décembre. Il a inauguré son tramway le jeudi 3 octobre parce qu’il savait qu’il allait dissoudre l’Assemble nationale trois jours plus tard, le dimanche 6 octobre.

Mais malgré son «bain de foule» à Rose-Hill et son annonce de la gratuité temporaire du trajet en tramway, les électeurs des Nos 19 et 20 ont envoyé balader sur les rails lui et ses acolytes, son adjoint ne se hissant qu’à la troisième et sa vice-Première ministre, battue et repêchée par le Best Loser System. C’est peut-être pour les punir que l’organisation du trafic a été chamboulée autour du tramway et que la multiplication des voies à sens unique aux rues Malartic, Révérend Lebrun et Sir Virgil Naz a été décidée pour les provoquer, allez savoir !

Quelle est la raison d’être de la gratuité du tramway alors qu’il a déjà été annoncé que le régime dont bénéficient actuellement les étudiants et les personnes âgées s’appliquera aussi au tramway ? Faire profiter quelques personnes avant sa mise en route officielle et payante. Or, cette générosité a un coût, pas pour Pravind Jugnauth mais pour le contribuable. Pour les deux semaines de trip gratos, c’est quand même Rs 18 millions, soit Rs 1,2 million par jour. Encore heureux que la promesse d’un mois entier de balade en tramway est devenue un effet d’annonce, sinon cela aurait coûté Rs 36 millions.

En sus des travaux infrastructurels urgents que nécessitent les villes aux routes défoncées, les Rs 18 millions qui seront dépensées pour l’escapade de la quinzaine auraient pu servir à un geste autrement plus utile en cette fin d’année. Une aide aux plus démunis, à ces mères abandonnées, en ces temps de partage et de réjouissance aurait été bien plus appropriée. Mais le Père Noël Pravind a décidé. Ainsi soit-il. Dans la hotte du Père Noël toutefois, un jouet surprise, avec le changement inexpliqué de certificat de fitness, les Singapouriens ayant à la dernière minute supplanté les Italiens. Ce qui donne lieu à de sérieuses interrogations sur la fiabilité du système et de sa garantie de sécurité. Mais attendons ce matin pour voir comment ce tramway opère, les Mauriciens, connus pour être tous croyants au Père Noël et à ses cadeaux permanents, s’étaient apparemment bousculés pour profiter de la gratuité.

Il n’y a pas qu’avec le tramway que le Premier ministre s’est montré généreux cette année. Dans son obsession à tout donner en cadeau, il a même failli octroyer une compensation de Rs 300 au président de la République, qui reçoit déjà une rémunération mensuelle de Rs 350000 qu’il met en totalité dans sa poche parce que ce pactole n’est pas imposable. Zérou sou au fisc, oui. C’est le Père Noël en délire. Comment après avoir annoncé que ceux qui touchent plus de Rs 50 000 n’auraient pas droit à la compensation, ce qui est tout à fait logique, il y a eu une circulaire officielle indiquant que les heureux nominés politiques que sont le vice-président, le Speaker, le Deputy Speaker de même que les ministres, les députés mais aussi le chef juge et les juges seraient aussi les bénéficiaires du cadeau de fin janvier de Rs 300 qui, apparemment, les mettrait définitivement à l’abri du besoin.

Le Père Noël qui, décidément, ne chôme jamais, va se transformer en père janvier pour un nouveau cadeau que personne n’avait demandé étant donné que c’est déjà gratuit pour les familles vulnérables, celui des manuels scolaires. Une décision qui mécontente les libraires et qui restreint les possibilités pédagogiques de ceux qui veulent étoffer leur cursus, la gratuité s’arrêtant aux seuls chefs d’œuvre du Mauritius Institute of Education. C’est à la fin de janvier, lorsque les promotions se seront évaporées, que les bénéficiaires des cadeaux du Père Noël vont pouvoir faire leurs comptes et réaliser que ce qu’ils ont obtenu d’une main a déjà été repris par l’autre. Les prix de certains produits de consommation courante flambent déjà et, avec la gestion de la roupie qui tend à favoriser les industries à l’export en grandes difficultés, il est à se demander si les Mauriciens ne vont pas finalement se retrouver dans le film de Jean-Marie Poiré « Le père Noël est une ordure »