Paula Lew-Fai 

« C’est pourquoi voici, je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son coeur. Là, je lui donnerai ses vignes et la vallée d’Acor, comme une porte d’espérance, et là, elle chantera comme au temps de sa jeunesse » – Prophète Osée 2, 14-15

C’était l’époque des soutanes blanches. Amidonnées et immaculées comme pour refléter la pureté et la lumière qui, toujours, baignent l’Eglise de L’Immaculée Conception, à Port-Louis. Nous, adolescentes et guides, voyons arriver le jeune Père Goupille au lendemain de son ordination. C’est sa joie, une joie intérieure, profonde et rayonnante qui nous frappe. Nous les connaissons presque tous, ces jeunes prêtres qui viennent passer deux ou trois années, dans notre paroisse, guidés par des aînés dont le Père Henri Souchon. Chacun a ses particularités, un charisme spécial. Répétitions de chants de la chorale, visites aux familles démunies de Pailles et de Tranquebar, repas de pauvres, bibliothèque pour enfants et jeunes, fancy fairs, réunions de « Blue Birds », de guides, scouts et Légion de Marie…. Une disponibilité à toute épreuve, le profond respect de la liberté des personnes, la délicatesse dans le travail de l’Esprit qui souffle là où il veut, et seul, sait conduire à la vraie spiritualité. Je me demande parfois par quels déserts eux et leurs familles ont-ils marché avant de venir jusqu’à nous, l’amour de Dieu au cœur, ce puissant mystère qui nous dépasse, pour nous révéler à nous-mêmes. Fidèles à leur vocation sacerdotale selon « Presbyterorum Ordinis  » du Concile Vatican II: « Les prêtres ont à veiller, par eux-mêmes ou par d’autres, à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l’épanouissement de sa vocation personnelle selon l’Evangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés ». Jeunes, assoiffés de liberté et d’absolu, garçons et filles, nous sommes des chrysalides ne demandant qu’à être aspirés vers le haut, dont l’image parfaite est celle de ces jeunes prêtres au grand cœur.

Il a écouté, avant de devenir Père Goupille, tel Samuel. Il a reconnu une voix sans pareille qui sait parler au cœur humain pour l’éternité. De cette écoute silencieuse a surgi une réponse libre et joyeuse. Le voici dans l’accompagnement bienveillant et éclairé des hommes et femmes de toutes les communautés et de toutes les religions. Je me plais à me souvenir des paroles d’Osée. Désert et Porte d’Espérance. « Et là, elle chantera ». Toujours, Philippe Goupille incarnera pendant toutes les années, la joie sans faille, quelles que soient les saisons, de celui qui, un jour, a été transfiguré par « Celui qui Est », « plein de grâce et de vérité ».  Il incarnera aussi ce désir passionné de communiquer par sa seule présence, l’amour invisible qui est donné en toute gratuité à toute l’humanité. La joie liée à différentes épiphanies : sur le fleuve au baptême du Christ

« Remontant de l’eau, il vit le ciel se déchirer. Le Souffle, comme une colombe, descendit sur lui. Et une voix, du ciel : Tu es mon fils, mon aimé, en toi est ma joie ». (Marc 1, 9-11)

Epiphanie sur la montagne à la Transfiguration et Epiphanie au jardin à la Résurrection.

De ses mots bien à lui, longtemps bercés d’épiphanies, le Père Goupille parle à la communauté des fidèles. Langage en prise avec le quotidien, en résonance avec un monde qui change et jette le désarroi dans les cœurs, langage auréolé cependant d’espérance et de vraie bonté. Toujours.

Sur la pointe des pieds, comme la mer qui se retire, Philippe laisse, comme par mégarde, une trace de l’ineffable :

« Telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu’Il grandisse et que moi, je diminue ». (Jean 3,29)

Merci.

 

Extrait de «  Père Goupille. La Joie d’être Prêtre » à l’occasion des 50 ans de son sacerdoce. Publié par la revue Prions, août 2018.