De la vidéo à la performance, en passant par l’installation in situ, le projet présenté par l’association pARTage à l’Institut français de Maurice le 12 juillet dernier consiste à manipuler symboliquement corps, couleurs, particules visuels à travers différents formats et contextes afin d’explorer diverses interprétations subjectives : la représentation de soi, de l’autre. La soirée organisée à l’initiative d’Amanda Mouellic de l’IFM et Krishna Luchoomun de pARTage est une première à Maurice. Du point de vue de la structure formelle et médiatique, cette soirée de performance poursuit la démarche d’exploration de la plasticité. Krishna Luchoomun, Diana Heise et Sultana Haukim ont eu l’occasion de spatialiser et de visualiser leurs concepts.
Le projet de Krishna (création d’un système de composition audio et visuel diffusé à l’intérieur d’un dispositif clos) est une expérience qui traite du pays de l’artiste et de tout ce qui compose cet espace, y compris les divinités qu’on voit un peu partout. L’artiste a doté son visage et ses mains d’une gestuelle qui symbolise le Dieu Krishna. Le bleu est associé à cette divinité de l’amour. Le rouge symbolise le mal. Il y a dans la performance de Krishna une sorte de confrontation entre le bien et le mal. Durant sa recherche sur le mouvement, le personnage finit par s’immerger dans une baignoire remplie d’eau (symbole de purification et de bénédiction). Le projet de Krishna traite du mal, de la fureur et de la renaissance. Conçue comme une forme singulière d’éclairage, la vidéo permet d’expérimenter, sous divers angles, la représentation de soi par le format de l’écran de projection. L’artiste fait défiler dans un flash-back son enfance, l’âge adulte, ses enfants – les temps forts de sa vie. Une expérience qui vise à évoquer la naissance, le vécu, la séparation.
Dir mwa, dir nou, Kalibann, une performance de l’américaine Diana Heise tisse trois récits autour de Caliban, personnage des oeuvres de Shakespeare, d’Aimé Cesaire et de Dev Virahsawmy (la version de « The Tempest »). Sur un écran de grande taille installé dans l’amphithéâtre de l’IFM sont projetées les images de trois personnages parlant dans trois langues différentes (en référence aux pièces anciennes et le rôle de la langue dans l’expérience coloniale et post coloniale. Cette vidéo et performance live utilise le personnage de Caliban comme symbole de la quête d’une sociéte plus humaine et plus juste. « Sa karacter-la koz pou dimounn ki soufer ek koz lor enn rev d’enn sosyete plis imen ek zis. Mo servi trwa actor ek osi servi zimaz flou parski mo anvi piblik imazine bann dimounn ek enn rev collectif… », déclare Diana Heise. De fait, la performance de cette artiste semble dire que la présence de l’humain est un combat contre l’entropie régnante de l’univers.
Enfin, Sultana Haukim a présenté un projet qui vise à créer une sensation de vertige provoquée par la souffrance des femmes en général, les difficultés de la femme artiste. Sultana s’est lancée dans des simulations visuelles en utilisant le personnage de Camille Claudel, célèbre sculpteur. L’humanité, fragile et instable, se maintient dans un monde de chaos permanent.
Les éléments du projet de pARTage sont presque interchangeables de manière à créer de multiples variations sur un même thème. A partir de plusieurs vidéos et autres dispositifs, les performers sont sur scène et participent à la scène avec le public autour.