La dernière édition de MCB Focus, publiée hier après-midi par la Mauritius Commercial Bank, représente une véritable douche froide pour les partisans du feel good factor. En effet, le taux de croissance économique a été révisé à la baisse pour cette année, soit 3,2 % contre des prévisions initiales en début d’année de 3,5 %. Les dernières projections de la MCB sont les plus pessimistes si l’on les compare avec toute la série, dont les 4 % du ministère des Finances, les 3,7 % du Fonds monétaire international (FMI) ou les 3,4/3,9 % de la Banque de Maurice. Elles sont également en déclin par rapport aux 3,3 % enregistrés l’année dernière. Au niveau des secteurs, le Seafood Hub et les TIC devront se retrouver en position favorable alors que le textile et le tourisme continueront à subir les aléas de la demande sur les marchés extérieurs, en particulier la vulnérabilité de la zone euro. Le taux de chômage devra poursuivre sa remontée pour la cinquième année consécutive pour atteindre 8,4 % cette année.
En marge de son analyse et de ses projections, qui devront automatiquement susciter de la controverse, la MCB met en garde contre toute complaisance économique dans la conjoncture. « It is important that we do not pull ourselves into a false sense of security that impediments to the country’s growth trajectory have waned since our key export markets, notably in Europe, continue to be marked by elevated vulnerability and uncertainty, with no clear-cut indications about when solid activity levels would resume. Thus, apprehensions over the short to medium term performance of the Mauritian economy remain on the cards », souligne d’emblée Gilbert Gnany, Group Chief Strategy Officer et Advisor auprès du conseil d’administration de la MCB.
Justifiant la révision à la baisse des prévisions de croissance, la MCB met avant les délais accumulés dans le démarrage d’importants chantiers même si des dépenses additionnelles ont dû être engagées en raison des dégâts suite aux inondations meurtrières du 30 mars dernier. D’ailleurs, l’un des facteurs constituant un obstacle à la croissance demeure la morosité au niveau des investissements tant publics que privés. De graves appréhensions sont exprimées à ce sujet car les prévisions ne sont guère encourageantes en 2013.
« As a major hindrance to the evolution of national output, private investment contracted by some 2.5 % in 2012 on the back of soft economic conditions, heightened uncertainty levels and the restrained revenue generation capacity of enterprises amongst others. Coupled with the completion of some large-scale ventures, particularly in the commercial development field, these influences will continue to hold back investment by private economic agents during this year », concède la MCB.
Répercussions
Le taux d’investissements du secteur privé par rapport au PIB maintiendra la courbe descendante de ces dernières années, avec 17 % en 2013. Cette performance est considérée comme étant nettement en deçà du seuil psychologique de 24 % pour relancer « the coutry’s in-built productive potential and foreign competitiveness ».
La mise à exécution des projets retenus sous le Public Sector Investment Programme 2013/2017 ne progresse pas de manière satisfaisante. « Of note, significantly delays are anticipated in the implementation of earmarked road decongestion ventures, on the back, essentially, of project implementation bottlenecks emanating mainly from instances of administrative impediments as well as the prevalence of legal issues at the tendering/procurement stages of specific projects », ajoute la 54e édition de MCB Focus, qui rappelle que le national investment ratio sera de 21,9 % du PIB cette année. Ce taux est nettement inférieur aux 30 %, niveau critique pour générer des taux de croissance durables et soutenus.
L’une des principales répercussions de ce niveau bas de croissance se fait sentir au niveau du chômage. Pour l’année en cours, la MCB anticipe une nouvelle détérioration de 30 points du taux de chômage pour atteindre 8,4 %, tout en faisant état de préoccupations majeures sur le plan des gender imbalances. Les dernières données indiquent que l’année dernière, 41 % des demandeurs d’emploi étaient âgés de moins de 25 ans avec un joblessness rate de 22,7 % pour les jeunes. Le chômage au sein de la main-d’oeuvre féminine atteint déjà 44 %.
Un autre volet des analyses de MCB Focus porte sur les secteurs économiques avec le Seafood Hub et les TIC en position de réaliser des « notable expansion rates » même si des pressions seront exercées sur leur valeur ajoutée. Le secteur des services financiers devrait être en mesure de bénéficier d’un ballottage favorable mais des craintes sont exprimées au sujet de l’avenir du Double Taxation Avoidance Treaty avec l’Inde et également la réputation de Maurice en tant que « safe and transparent financial jurisdiction ».
Vigilance
De l’autre côté du tableau, l’industrie sucrière se trouve en position défavorable avec une baisse dans la valeur ajoutée en sus des « testing conditions » sur les marchés d’exportation. Le textile devra faire face à des contraintes au niveau des dépenses des ménages sur les principaux marchés à l’étranger avec des baisses de recettes d’exportation.
L’industrie touristique, qui caresse encore l’ambition de passer le cap d’un million de visiteurs en une année, devra faire preuve de vigilance par rapport à l’évolution des dépenses par touriste, donc sur le plan des recettes touristiques brutes. « For the short to medium term however, the performance of the tourism industry can be uplifted if already commendable efforts to tap into airline connectivity capabilities are materially geared up and initiatives to capture emerging markets are more decisive », soutient la MCB comme pour conjurer tout pessimisme prolongé.
Par contre, pour l’industrie du bâtiment, qui devra affronter un double whammy, soit une baisse dans les investissements privés et la fin des plus importants chantiers publics, l’équation n’est guère à l’optimisme. « The construction sector is projected to falter for the third consecutive year, with a sizeable contraction being predicted for 2013 », dit la MCB.
Néanmoins, le principal message transmis par la MCB dans cette conjoncture relativement difficile est que le salut se trouve dans la poursuite du programme de réforme économique. « Bearing in mind that the resilience of the Mauritian economy has come under ever greater strain over time, it appears today essential that the national reform agenda be comprehensively revitalised so as to comfortably “future-proof” the economy, by notably paving the way for the country to upgrade its long-term potential growth rate back to an outcome that is closer to the 6 % mark », maintient Gilbert Gnany en préconisant tout une série de réformes allant d’un calendrier d’exécution de projets d’infrastructure costaud en passant part l’amélioration de l’efficience des services publics et la sustainabilty du social welfare ou encore une amélioration dans la vitesse et la fiabilité de la connectivité dans le secteur des TIC.