L’économie mauricienne devrait, cette année, enregistrer un rebond avec un taux de croissance estimé à 3,5%, qui pourrait atteindre 4,1% en 2015. C’est ce qu’indique l’édition 2014 des Perspectives Économiques de l’Afrique que la Banque africaine de Développement (BAD) a rendu publique à l’occasion des assemblées annuelles du groupe. Ce rapport soutient par ailleurs que les économies africaines doivent exploiter plus efficacement les marchés mondiaux pour monter en puissance.
Rédigé conjointement  par la BAD, le Centre de développement de l’OCDE et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le rapport 2014, dressant le bilan de l’économie mauricienne, observe d’emblée que la croissance a ralenti en 2013 (3,3%, contre 3,4% en 2012) en raison de la faiblesse de la demande extérieure et des investissements domestiques, mais relève que l’économie nationale a plutôt bien résisté à la récession mondiale, malgré son exposition à la zone euro, qui compte pour près de 60% de ses exportations et de ses touristes. « Ancrée à une solide politique anticyclique, l’économie mauricienne a pu préserver des taux de croissance supérieurs à 3 % par an, même si elle a perdu un peu d’élan avec la crise. En 2013, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel a ralenti à 3,3 %, contre 3,4 % en 2012, sous l’effet des mauvais chiffres des exportations de sucre et de textile et d’un repli du bâtiment et des travaux publics (BTP). Les projections font apparaître un rebond à 3,5 % en 2014 et à 4,1 % en 2015 grâce aux performances toujours soutenues de l’intermédiation financière et des Technologies de l’information et des communications (TIC), ainsi qu’à une modeste reprise du tourisme », soulignent Martha Phiri et Asha Kannan dans leur survol de la performance économique mauricienne.
Les officiels de la BAD sont d’avis que « Maurice a recueilli les fruits de réformes structurelles soutenues et d’une gestion budgétaire prudente pendant la phase de récession mondiale ». Ils font ressortir que le pays est désormais doté du meilleur environnement des affaires et de l’économie la plus compétitive de la région. De plus, grâce à des institutions solides qui ont aidé l’économie à résister à la phase de ralentissement prolongée, la dette souveraine de Maurice jouit d’une notation améliorée de Baa1, ce qui, estime la BAD, ne fait que renforcer la compétitivité du pays. « Pour faire entrer Maurice dans la catégorie des pays à revenus élevés, les autorités doivent remédier à un certain nombre de problèmes encore existants, de manière à renforcer encore la compétitivité et la confiance des investisseurs. Elles doivent faire passer à la vitesse supérieure les projets visant à étoffer la capacité d’intervention du secteur public et à améliorer le cadre réglementaire des partenariats public-privé (PPP) afin d’accélérer l’application des programmes d’investissements dans le secteur public », soutient la BAD. Le rapport appelle également les autorités mauriciennes à accélérer l’assainissement budgétaire, conformément au cadre macroéconomique à moyen terme, de manière à dégager des gains d’efficacité dans l’exécution du budget et à parvenir à un solde des opérations courantes plus viable.
Efforts accrus
Les auteurs du rapport considèrent que les autorités mauriciennes ont des efforts accrus à déployer pour améliorer la qualité de l’éducation ainsi que la capacité d’innovation avec, pour objectif, de faire reculer le chômage structurel et réduire le décalage entre formations et besoins des entreprises. La BAD exhorte en outre les autorités mauriciennes à prendre des mesures pour encourager l’épargne et à intensifier les efforts de lutte contre la corruption. Elle pense que les mesures visant à transformer Maurice en une plateforme régionale pour les activités manufacturières, les services financiers, le commerce et le savoir permettront de développer les chaînes de valeur mondiales dans l’industrie et les services dans la région.
Dans sa revue des performances sectorielles et de l’évolution de différents indicateurs macroéconomiques, la BAD observe que la forte dépendance de Maurice de la zone euro (qui absorbe environ 60% des exportations locales et représente le gros des arrivées touristiques) a eu un gros impact sur la croissance du PIB. La BAD note que le secteur tertiaire comptait, en 2013, pour 72,4% du PIB et a affiché un taux de croissance de 4,9% grâce aux « solides performances des services financiers, des TIC, du commerce de gros et de détail, et par un rebond du tourisme ». Et d’ajouter : « Les services financiers ont bénéficié des bons chiffres des services bancaires. En 2013, les services d’hôtellerie et de restauration se sont redressés et ont dégagé une croissance de 3,5 %, après avoir stagné en 2012. »
Pour ce qui est du secteur secondaire, l’industrie plus précisément, il est fait mention de ralentissement, avec un taux de croissance de 1,3% l’année dernière, contre 1,4% en 2012. Les filières du sucre et du textile, tournées vers la zone euro, ont continué d’enregistrer des résultats décevants. « Le secteur manufacturier a progressé au rythme de 3 % en 2013, contre 2,2 % en 2012, grâce aux bons résultats des denrées alimentaires. En recul de 9,4 %, le BTP a connu sa troisième année consécutive de repli, les grands projets, tels que la construction de l’aéroport et de centres commerciaux, étant désormais achevés et de grands chantiers publics de construction routière ayant été retardés », indique le rapport. Quant au secteur primaire, l’agriculture et la pêche en particulier, sa croissance a été quasiment nulle du fait d’un tassement de la production de cannes à sucre.
La BAD constate par ailleurs que la consommation des ménages a continué à tirer la croissance l’année dernière, en dépit du fait que sa contribution se soit modérée à 2,4%, contre 2,8% en 2012. L’investissement intérieur s’est replié, le rapport faisant remarquer que le taux d’investissement ne cesse de décroître : il est passé de 24% du PIB en 2010 à 21% en 2013. « Les goulots d’étranglement au niveau des capacités comme de la réglementation dans le secteur public entravent le démarrage des chantiers, et le moral en berne des entreprises pèse sur les nouveaux projets d’investissement. » Autre indicateur en repli : le taux d’épargne, qui est passé de 15,5% à 14% du PIB.  
Selon les prévisions de la BAD, l’économie mauricienne devrait progresser à un rythme plus soutenu à partir de 2014, à mesure que la demande extérieure se redressera. La reprise du tourisme et la résilience persistante du secteur financier, selon elle, alimenteront une croissance qui s’appuiera sur les TIC ainsi que sur le commerce de gros et de détail.