Avec Statistics Mauritius s’alignant sur les prévisions d’un taux de 3,6% de croissance économique formulées par la Mauritius Commercial Bank (MCB) dans sa dernière édition de MCB Focus, la Banque Mondiale est venue jeter un véritable pavé dans la mare. En effet, le Programme Document rédigé en début d’année, approuvant le décaissement du Public Sector Performance Development Loan Policy de 20 millions de dollars, se penche sur un worst-case scenario au niveau de la croissance pour 2012 dans le sillage d’un net ralentissement économique sur le plan international. Dans cette perspective, l’Alternative Growth Scenario prévu mise sur une réduction du taux de croissance d’au moins deux points, pour se retrouver à 1,7%, soit le plus bas de ces dernières dix années. La Banque Mondiale procède également à une analyse des répercussions de cette performance de cauchemar économique sur les divers secteurs, vu que Maurice se trouve toujours sous la menace de « substantial external uncertainty ».
À la page 5 du document, et sous le libellé « Yet the Mauritian economy faces substantial risks, particularly with regard to a slowdown in international economic growth », la Banque Mondiale s’appesantit sur les risques potentiels pour l’économie. « The main channels of transmission of economic shocks from the global economy to Mauritius – especially fom the European economies to which Mauritius remains highly exposed – are tourism (which represents 26 percent of the country’s total exports of goods and services), Foreign Direct Investments (FDI), and commodity imports », souligne le rapport.
Dans l’éventualité d’un net ralentissement économique chez des partenaires des échanges commerciaux de Maurice, une nouvelle révision à la baisse de deux points du taux de croissance devrait intervenir subséquemment, soit 1,7% en 2012, contre les dernières estimations de 3,6%, et 2,7% en 2013, avec la reprise ne se faisant sentir qu’à partir de 2015.
Pour la Banque Mondiale, l’industrie touristique continuera à être affectée davantage avec une baisse de recettes de l’ordre de 16% alors qu’actuellement, les prévisions misent sur une augmentation de 9% pour cette année. Les dernières analyses de Statistics Mauritius, publiées en début de mois, indiquent que cette année le tourisme devra connaître une croissance de 1,6% pour atteindre les 980 000 touristes, avec des recettes brutes prévues de Rs 43,2 milliards, soit une hausse de Rs 400 millions seulement par rapport à l’année dernière.
L’autre paramètre économique, qui sera suivi avec une attention particulière en 2012, reste l’évolution du Foreign Direct Investment et ses effets sur déficit de la balance des paiements. « FDI is assumed to decline as a share of GDP in 2011 and 2012, reaching a low of 2 percent of GDP with net outflows amounting to 2 percent of GDP by 2012, while other financial flows are expected to remain broadly stable », avancent les analystes de la Banque Mondiale.
De ce fait, le déficit de la balance des paiements en 2012 devrait se situer à hauteur de 9,7% du PIB. « The substantial amount of foreign exchange will yield enough resources to finance this deficit, while the flexible exchange rate regime will help narrow the balance of payments deficit over time », reconnaît la Banque Mondiale.
« The balance of payments remains comfortably financed, but it is vulnerable to a slowdown in exports and potential reversals in financial flows », avance la Banque Mondiale. Le déficit des comptes courants, qui était de 10% du PIB en 2011, devra descendre à 7,5% en 2013, mais cette réduction pourrait ne pas se concrétiser avec le worst-case scenario. « Although this deficit is projected to be comfortably financed by significant financial inflows, especially by FDI, the current account remains exposed to increasing prices for food and oil, which account for 24 percent of total imports, as well as developments, in the European markets, which wtill account for 65 percent of Mauritian exports ».
Toutefois, des préoccupations majeures sont exprimées par rapport au déficit budgétaire, avec des risques de réduction de recettes publiques et la mise en opération des « automatic stabilizers » avec des déboursements conséquents sous le National Resilience Fund de Rs 7,3 milliards annoncé dans le Budget de novembre 2011.
Le déficit budgétaire, qui est actuellement estimé à 3,8% du PIB, pourrait atteindre les 6% « if there is a substantial international economic slowdown as a result of reduced revenues and with the impact of the automatic stabilizers ». En 2012, les recettes fiscales devraient enregistrer une progression de 9% pour représenter 18% du PIB avec les grants, dont un montant de Rs 2,6 milliards de l’Union Européenne, complétant le montant global à 21,7% du PIB.
Avec une éventuelle détérioration au niveau des recettes fiscales, la Banque Mondiale est catégorique : « Should revenues drop further, the government would need to accelerate efficiency increases in public expenditure and/or delay the implementation of some aspects of the public infrastructure programme. »
Même si jusqu’à présent, la résilience du secteur financier n’a pas été remise en question avec la crise économique en Europe, la Banque Mondiale ne manque pas d’attirer l’attention sur les risques que représentent l’industrie de la construction et le tourisme, les plus vulnérables à la crise économique internationale.
« The gradual concentration of lending in construction and tourism (almost 40 percent of total loans) makes local banks vulnerable to a deterioration of prospects on those sectors », fait ressortir la Banque Mondiale, qui rappelle que « the good health of the financial sector is critical because it has accounted for a significant share of GDP growth over the past few years and is expected to play an even more prominent role through increasing offshore activities and more effective financial intermediation in the domestic market ».
Les dernières statistiques officielles de la Banque de Maurice à la fin de février dernier confirment les appréhensions de la Banque Mondiale. Sur des crédits bancaires au secteur privé de l’ordre de Rs 249 milliards, le tourisme et l’industrie du bâtiment s’approprient un peu moins de Rs 100 milliards. Les principales composantes de l’ardoise du secteur touristique auprès des banques commerciales s’établissaient comme suit à la fin de février :
Découverts bancaires : Rs 3,5 milliards
Prêts : Rs 26,3 milliards
Financement étranger : Rs 12,2 milliards