Après une quinzaine d’adaptation à la fin de décembre dans le sillage des élections générales du 10 décembre, le nouveau gouvernement de l’Alliance Lepep, dirigé par sir Anerood Jugnauth, fera sa grande rentrée à partir de demain matin. D’abord et avant-tout, avec le départ de Suresh Seeballuck, qui a passé les neuf dernières années en tant que secrétaire au Cabinet et chef du service Civil, les fonctionnaires auront un nouveau patron en la personne de Satyaved Seeballuck, jusqu’ici Senior Chief Executive Officer au ministère de la Fonction publique et des Réformes administratives. L’exercice de Changing of Guards se poursuit avec l’installation de nouveaux maîtres des lieux comme il a été le cas à la Banque de Maurice, à la Maison de la Radio et de la Télévision (MBC) et à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). Toujours dans le cadre de l’opération « netoyaz », d’autres changements sont à venir comme à la tête de la force policière et d’autres institutions publiques.
Néanmoins, dans l’immédiat, le Government Business Agenda dépassera le simple cadre de la mise à exécution des promesses électorales et de la Musical Chair politique pour constituer les équipes de collaborateurs et de nominés politiques. Mais il y a les dossiers, qui sont en suspens, comme les préparatifs pour la présentation du budget 2015 à l’Assemblée nationale annoncée pour la mi-mars, des premières indications au sujet de l’intention du gouvernement en matière de réforme électorale tenant en ligne de compte l’engagement pris formellement auprès du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies sans oublier l’épineuse question de la Biometric ID Card, notamment la banque de données des empreintes digitales déjà constituées. Week-End passe en revue des sujets susceptibles d’alimenter la chronique au moins au cours de ce premier trimestre de l’année si ce n’est pas plus.
Finances : Mission du FMI
Un premier rendez-vous majeur attend le nouveau ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, en ce début d’année en marge des consultations pré budgétaires. Techniquement, à cette période de l’année une mission du Fonds monétaire international (FMI) fait le déplacement dans le cadre des Article IV Consultations sur l’économie en vue d’être avalisées par le conseil d’administrations. Ces séances de travail du FMI avec le ministère des Finances aussi bien qu’avec tous les Stakeholders,  que ce soit du secteur privé et du monde syndical, visent à confirmer les enjeux ou encore à signaler les corrections des grands paramètres économiques.
Le Timing de l’arrivée de cette mission attend confirmation officielle alors que pour son comeback aux affaires, le Grand Argentier se gardera de donner l’impression de se laisser dicter ses orientations budgétaires ou encore ses choix économiques par le FMI. D’habitude, le déplacement de la mission pour les Article IV Consultations se fait après l’adoption du budget par l’Assemblée nationale. Mais pour la présente édition, les circonstances sont différentes des précédentes vu que le budget n’a pas encore été présenté.
Entre-temps, le projet initié par la Banque Mondiale, connu comme le premier Mauritius Systematic Country Diagnostic, en vue de l’élaboration d’un nouveau Country Partnership Framework entre cette institution internationale et Maurice prenant effet à partir de 2016, n’a pas encore démarré. Le calendrier de travail pour le Systematic Country Diagnostic, qui a fait l’objet de discussions préalables l’année dernière, a été complètement chamboulé avec la campagne menant aux élections générales du 10 décembre de l’année dernière.
L’ébauche du Mauritius Systematic Country Diagnostic aurait dû être élaborée depuis décembre dernier en vue de discussions avec le gouvernement en ce mois de janvier. Cet exercice devrait être complété officiellement au mois de mars prochain. Mais à ce jour, aucune des étapes prévues n’a été enclenchée. A la prise de fonctions du nouveau ministre des Finances, l’interlocuteur de la Banque mondiale, le chef de mission de cette institution pour Maurice, Rafael Munoz, Senior Economist, a établi des contacts pour présenter le projet et le relancer sur la base d’un nouveau programme de travail. Des précisions devront être disponibles en ce début d’année.
Le document de travail adopté par la Banque Mondiale en date du 17 août 2014 situe l’importance du Mauritius Systematic Country Diagnostic par rapport à la stratégie de développement pour les prochaines six années, en l’occurrence le projet visant à faire Maurice intégrer le  High Income Group. «We intend to link the Systematic Country Diagnostic analysis with the work being undertaken by the Ministry of Finance and Economic Development (MoFED) in the preparation of the Blue Print Strategy that will form the basis of the government’s reform program over the next six years in order to achieve high income status», note ce document.
Ce diagnostic en guise de préambule au nouveau partenariat Banque Mondiale/Maurice est axé sur trois questions fondamentales,  « (a) Why has income growth among the bottom 40 percent been low relative to that of average income and per capita GDP over the last few years?  (b) How can aggregate growth rates and its structure be improved to accelerate income growth among the bottom 40 percent? (Thereby ensuring that growth acceleration does not leave the bottom 40 percent behind); and, (c) What are the risks to the sustainability of growth and inclusion? (Posited to be mainly fiscal and resource/environmental). »
Sur le fond, les bases de cette étude de la Banque Mondiale ne devraient pas susciter de difficultés pour le nouveau gouvernement de l’Alliance Lepep. Toutefois, l’un des points de discorde pourrait surgir au chapitre du Social Protection System, comprenant tout le volet des pensions, de l’assistance sociale et des Labour Market Programmes. La position de la Banque Mondiale pourrait se retrouver en conflit direct avec le Pro-Social Agenda prôné par le nouveau gouvernement.
« The government allocates around 20 percent of total government expenditures to social protection. However, coordination remains weak and substantial fragmentation exists limiting the impact of large fiscal spending on social protection. There are a large number of programs and multiple ministries, foundations, and special funds involved in the design and delivery of social protection», soutient la Banque Mondiale, qui ajoute qu’avec le coût de la pension des fonctionnaires atteignant les 3,2% du PIB en 2050, « overall, the total spending on the pension system in Mauritius would more than triple from 3.1percent of GDP currently to 10.7 percent of GDP in 2050. » Ce chapitre remet en perspective tout le débat sur l’avenir de l’État Providence à Maurice.
Les autres orientations de réforme envisagées par la Banque mondiale portent sur le poids du budget de la santé dans les dépenses publiques et les risques financiers générés par les canards boîteux des corps para-publics. Cette agence internationale est catégorique à l’effet que « the current accelerating public health spending will be difficult to maintain, with potential impact on fiscal sustainability and inclusion.Mauritius has a public health system that operates at a relatively high level of performance. However, the free health system has contributed to a huge rise in healthcare spending, particularly since 2007.»
Par contre, en ce qui concerne les State Owned Enterprises (SOEs), le discours tenu par le ministre des Finances depuis son retour à l’hôtel du gouvernement, appelant à une plus grande part de responsabilité dans la gestion de ces organismes, semble être conforme à l’analyse de Washington. « The legal framework (a) does not specify the collective and individual roles and responsibilities of the Board members; (b) specify Board composition which blunder the selection of members with the adequate skills; and (c) allows the supervising minister to appoint the chair and other directors, which results often in political appointees with inadequate skills, and creates conflicting roles (both monitoring and decision making rôles», souligne la Concept Note du 17 août 2014.
Que ce soit lors des Article IV Consultations avec le FMI, des discussions sur le Mauritius Systematic Country Diagostic avec la Banque Mondiale et les débats sur le budget 2015,  le dossier de l’économie devra reprendre le dessus sur la politique, qui a dominé 2014 de la tête et des épaules.
MBC: Enquêtes tous azimuts
Le litige de la clause de confiance au coût de Rs 5 millions dans le contrat de l’ancien directeur général de la Mauritius Broadcasting Corporation, Dan Callikan, fait actuellement l’objet d’une enquête. Le paiement en accéléré de cette compensation, soit à peine quelques heures après la démission du principal concerne le jeudi 11 décembre, intrigue plus d’un. Les nouveaux locataires du Treasury Building sont déjà en présence des directives « emanating from the highest quarters» pour que le paiement de cette somme soit effectué sur le champ même en l’absence de tout Clearance des conseils légaux du gouvernement. Ce départ en quatrième vitesse a permis à Dan Callikan d’éviter le couperet de la clause 113 de la Constitution, qui a été appliquée pour le limogeage de Rundheersing Bheenick en tant que gouverneur de la Banque de Maurice et d’Anil Kumar Ujodah de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC).
Sur la base des conclusions de cette enquête administrative, le gouvernement décidera s’il y a matière à engager des procédures pour des réclamations et sous quelle forme vu le montant de la compensation jugé déraisonnable dans certains milieux. En parallèle, le nouveau directeur général de la MBC, Vijay Kumar Pritam Parmessur, nommé par le Premier ministre depuis le 30 décembre dernier au terme de la section 13 (a) du MBC Act, a du pain sur la planche.
Une de ses tâches prioritaires est de compléter un audit du personnel à la station de Moka et de mettre au point un Retrenchment Plan pour ces employés surnuméraires. Au cours de ces dernières années, l’ancienne direction de la MBC s’était lancée dans une politique de recrutement à critères variables avec des salaires des plus rémunérateurs comparativement à ceux pratiqués par les employés de l’Establishment.
Au dernier décompte, quelque 400 employés seraient de trop avec dans un premier temps, les contractuels sommés de plier bagage. En contrepartie, le nouveau directeur général, qui n’est pas un nouveau venu à la Maison de la Radio et de la Télévision, devra se pencher sur les finances au rouge avec une ardoise de l’ordre de Rs. 1 milliard de dettes et de découverts bancaires accumulés au cours de ces dernières années.
Un plan de redressement financier est considéré plus qu’une urgence dans la conjoncture au même titre que l’opération de dégraissage.
ICAC : la guerre des nerfs !
L’arrivée de l’ancien Assistant Parliamentary Counsel, Lutchmyparsad Aujayeb, à la tête de l’Independent Commision Against Corruption (ICAC), s’est opérée dans des conditions particulières. D’abord, très tôt lundi matin, une escouade de limiers du Central CID et de la Cyber Crime Unit avait été dépêchée au QG de la Commission de la lutte contre la Corruption en vue de filtrer l’arrivée des membres du personnel et éviter que l’ancien directeur général, Anil Kumar Ujodah et ses deux collaboratrices, Indira Manrakhan et Rosida Domah, ne puissent y avoir accès. Ils avaient reçu leurs Marching Orders depuis le vendredi 26 alors que l’ancien directeur général avait émis des réserves sur la façon de faire des autorités.
La nomination du successeur d’Anil Kumar Ujodah est intervenue dans les 24 heures suivantes alors que certains annonçaient que les autorités allaient avoir recours à un exercice d’appels de candidatures même à l’étranger. Depuis le 31 décembre, Lutchmyparsad Aujayeb a été investi de la mission de remettre de l’ordre dans les affaires de l’ICAC.
La rentrée de demain à l’ICAC s’annonce encore sous stress pour le personnel de l’ICAC car un Screening est de mise en vue d’éliminer ceux des employés, qui pourraient être soupçonnés de proximité avec le précédent gouvernement de Navin Ramgoolam. Il faudra attendre la véritable prise de fonctions du nouveau patron de la lutte contre la fraude et la corruption, et de la nomination des deux autres membres de la direction générale pour évaluer et jauger les changements potentiels à venir.
Deux tests d’envergure attendent le nouveau directeur général de l’ICAC dans les prochaines semaines, d’abord dans l’affaire impliquant l’ancien ministre MMM, Ajay Gunness, qui a vu son procès en Cour intermédiaire être rayé avec l’ICAC soumettant au Directeur des Poursuites publiques, Satyajit Boolell, Senior Counsel, un rapport en vue d’interjeter appel contre cette décision de la Cour.
Ensuite, le procès instruit au pénal contre le ministre de la Technologie, des Communications et de l’Innovation et leader du MSM, Pravind Jugnauth, suite à l’enquête de l’ICAC dans le rachat de la clinique MedPoint à la fin de 2010 pour  la somme de Rs 143,7 millions.
Affaire à suivre
Banque de Maurice : Nominations In-House
Le nouveau gouvernement n’a pas voulu prendre de risques avec la nomination d’Outsiders en tant que gouverneur de la Banque de Maurice et gouverneurs adjoints. Tous les prétendants hors du giron de la Banque Centrale, y compris l’ancien député MMM, Kee Cheong Li Kwong Wing, dont le nom avait été cité avec persistance, ont été tout bonnement écartés. Ainsi, Ramesh Basant Roi, le prédécesseur de Manou Bheenick à la Bank of Mauritius Tower, a été nommé gouverneur par le Président de la république, Kailash Purryag, sur les recommandations du Premier ministre en début de semaine.
Puis à la veille du Nouvel An, deux anciens de la Banque de Maurice ont été faits Deputy Governors. Yandranath Googoolye, dont le précédent contrat en tant que First Deputy Governor était renouvelé mensuellement par le gouvernement Ramgoolam, a été reconduit dans les mêmes fonctions par le nouveau régime.
De son côté, Mahendra Vikramdass Punchoo, qui a déjà assumé d’importantes fonctions au Top Management de la Banque de Maurice, dont au sein du département de recherches, est devenu le second gouverneur adjoint.
Ces nominations ne devraient pas provoquer de gros chambardements à la tête de la Banque de Maurice vu que le gouverneur et ses deux adjoints ont déjà travaillé ensemble au sein de cette même institution. Dans un premier temps, Ramesh Basant Roi compte établir un bilan des finances de la Banque Centrale alors que la prochaine réunion du Monetary Policy Committee (MPC) en vue de décider des grandes orientations de la politique monétaire et de fixer le Repo Rate est prévue pour le lundi 2 février, soit à un mois et demi du Budget Day….
En parallèle, la pression se fait sentir au sujet de la Biometric ID Card. Lalit et Rezistans ek Alternativ ne sont nullement satisfaits de la décision du gouvernement à repousser de trois mois toute décision sur ce dossier controversable. Ces deux groupes politiques  maintiennent que l’électorat a donné au gouvernement le mandat pour éliminer la Fingerprint Database constituée sans avoir à se fier au verdict de la Cour suprême sur les demandes d’injonction déjà débattues devant le Full Bench présidé par le Senior Puisne Judge, Eddy Balancy.