Le crépitement des pétards et la détonation des feux d’artifice. À Maurice, c’est une tradition indéracinable au soir du réveillon. Symbole de fête pour beaucoup, les pétards feraient fuir les mauvais esprits, selon les plus superstitieux. Les commerçants, eux, prennent leurs dispositions pour le rush d’aujourd’hui et demain. Et, cette année, les ventes seront aussi lucratives que les années.

De janvier à novembre 2018, plus de 490 000 kg de pétards et feux d’artifice ont été importés de Chine, La Réunion et d’Angleterre pour un montant de Rs 38 M contre Rs 35 M durant la même période en 2017. Si les ventes ont débuté timidement entre mercredi et jeudi dernier, « elles explosent depuis vendredi », nous confie un chargé de rayon de Wing Tai Chong Ltd, à Port-Louis. « Les petits pétards, comme le traditionnel Cerf, qui sont toujours les préférés des petits autant que les grands, ont actuellement la cote, même s’il est évident que les gros pétards de référence sortiront du lot au fur et à mesure que le 31 décembre approche. »

De Rs 500 à Rs 1000. C’est le montant que la majorité des foyers mauriciens consacrent à l’achat de la gamme variée de pétards et de feux d’artifice. « À partir de Rs 2 000, les achats sont plus importants », souligne un vendeur du magasin Ah-Nee. L’on retrouve ici des pétards qui se vendent dans une fourchette de Rs 20 allant jusqu’à Rs 20 000! Il en est de même des feux d’artifice qui, d’année en année, font de nouveaux adeptes. S’il concède qu’il y a eu une « légère augmentation des prix » cette année et la concurrence déloyale des marchands ambulants, il s’attend à une hausse des ventes dès aujourd’hui. Pour ce qui est des supermarchés, à Winner’s de Camp- Levieux, par exemple, la boîte de pétards de la marque Cerf se vend à Rs 25 une chaîne (fi loir) de 1 000 pétards à Rs 75 et celle de 2 000 à Rs 90. Pour la chaîne de 4 000 pétards, il faut compter Rs 150 et celle de 5 000 pétards Rs 250. Si vous voyez grand, et que vous pouvez vous offrir 30 000 pétards, il faut débourser Rs 900. Le prix varie non seulement à cause du nombre de pétards, mais également de la quantité de poudre à canon que contient la chaîne.

Nuisance sonore inacceptable : l’effet d’une bombe artisanale !

Des détonations de pétards comparables à celles de bombes artisanales ont été entendues dans certaines régions de l’île au cours de ces trois dernières semaines. Selon certains témoignages et selon nos propres observations, ce genre de pétards atteindrait des niveaux d’intensité sonore de plus de 140 dB, soit 20 dB au-dessus du seuil de tolérance pour l’oreille humaine.

Raj Appadu, président du Front commun des commerçants de Maurice et son homologue de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC) égratignent les autorités pour leur laxisme. « J’étais assis tranquillement devant ma télé. Puis, soudain, l’onde de choc », caractérisée par un bruit d’explosion. Rita, une habitante de Trèfles, raconte sa mésaventure de jeudi dernier. « J’ai entendu une explosion qui a fait vibrer les murs et les vitres de ma maison. » Traumatisée et les oreilles encore bourdonnantes des détonations des pétards explosés devant sa porte, la sexagénaire a quand même pu entrevoir des jeunes prenant la poudre d’escampette après avoir fait éclater leur « bombe ». Week-End est en mesure de confirmer que ce type de pétards qui se vend principalement dans certains commerces des faubourgs de Port-Louis et de Rose-Hill a une intensité en bruit nettement supérieure au fameux pétards dits « pétard l’Inde » et « pétard canon », lesquels ont été interdits dans les années 1990. Certains entrepôts de ces commerces ne seraient, par ailleurs, pas aux normes préconisées par les pompiers.

Avant que les feux d’artifice et les pétards ne soient commercialisés pour égayer nos fêtes, plusieurs étapes doivent être respectées. Ce commerce est réglementé à chaque étape par le ministère du Commerce, la Consumers Protection Unit (CPU) et le Mauritius Standard Bureau (MSB). Or, comment se fait-il que des pétards ne correspondant pas aux normes arrivent au pays ? Raj Appadu met en doute la crédibilité des instances régulatrices. Selon lui, « leur laxisme dans la vérification de ces produits entassés l’un sur l’autre dans des conteneurs est scandaleux ». Le pire peut arriver. Le président du Front commun des commerçants va plus loin et affirme qu’« une mafia commerciale opère à Maurice ». Pour Suttyhudeo Tengur, il est clair qu’ « énormément de ces produits sont en totale contradiction avec la Consumer Protection Act ». Il appelle le MSB à se ressaisir et être « plus proactif ».