Les derniers jours de 2019 et les premiers de 2020 auront été marqués par beaucoup de bruits. Tout d’abord les vents et les abondantes pluies de Calvinia, cette forte tempête tropicale qui, selon la météo, ne devait pas concerner Maurice, mais qui a tout de même paralysé le pays pendant deux jours. Face à la réalité dépassant les protocoles, les services météorologiques ont dû faire précipitamment marche arrière pour passer de la classe 2 à la classe 3, en provoquant une situation chaotique et ruinant tous les plans de « last minute shopping » que les Mauriciens avaient programmé pour les deux derniers jours de l’année. Pour expliquer, sans s’excuser, leur première grossière erreur en date, les techniciens des services métaorologiques affirment que la météorologie n’est pas une science exacte. Mais tout de même : être incapable de prévoir qu’une tempête va descendre au large de Maurice et stationner plusieurs heures en se renforçant, alors que cette trajectoire était annoncée en avance sur au moins deux sites internet !
En dehors des petites rafales de la tempête tropicale, il y a eu les tirs des pétards et feux d’artifice du Nouvel An, leurs éclairs, leurs fumées et surtout le bruit de leurs explosions qui ont donné l’impression que Maurice se retrouvait au centre d’une bataille armée utilisant l’artillerie lourde. Ceux qui ont assisté au spectacle sont unanimes pour affirmer que le plus impressionnant n’était pas les pétarades et les feux d’artifice des hôtels, mais ceux des Mauriciens aux quatre coins du pays. Eu égard au prix de vente des «filoirs» de pétards canons et autres paquets de feux d’artifice, ce sont des millions de roupies que les Mauriciens ont fait brûler pour saluer l’arrivée de la nouvelle année. Ils reprenaient ainsi une vieille tradition chinoise selon laquelle le bruit de l’explosion des pétards chasse les mauvais esprits. Avec lae nombre de pétards tirés à la fin de l’année dernière et au début de la nouvelle année, Maurice devrait avoir, théoriquement, chassé les mauvais esprits pour un bon bout de temps…
Dans le vacarme de cette fin d’année, amplifié par le fait que la forte tempête aura valu aux Mauriciens des congés mauvais temps qui, cumulés avec ceux du Nouvel An et le pont qui a suivi, une longue semaine de congé, un fait inquiétant est passé inaperçu. Notre confère l’express a publié un article selon lequel « les éléments de la National Security Service (NSS) auraient reçu des directives pour tenter de déterminer qui sont ceux qui ont voté pour ou contre le parti au pouvoir (avec ses alliés) aux dernières élections ». Des formulaires auraient été distribués aux membres du NSS afin de lister les « pro-GM » et les « anti-GM » de chaque circonscription du pays. Si aucun porte-parole du PMO n’a souhaité répondre aux questions de notre confrère sur cette curieuse directive émanant de leur bureau, d’autres informations ont filtré sur le sujet. « Dans les milieux de la police et de la Government House, l’on fait, néanmoins, ressortir que l’objectif de ce recensement politique postélectoral est de s’assurer que ceux qui seront recrutés prochainement dans divers départements ou ministères de la Fonction publique, comme au sein de la police, du Mauritius Fire and Rescue Service ou du Mauritius Prison Service, entre autres, ont bel et bien voté pour l’alliance présentement au pouvoir. » Autrement dit, les postes de la fonction publique seraient désormais réservés aux 37 % de l’électorat qui ont voté pour l’alliance au pouvoir au détriment des 63 % qui ont démocratiquement choisi de soutenir les partis de l’opposition.
Si cette inquiétante information était confirmée, cela voudrait dire que les inquiétudes de Cassam Uteem sont fondées. En effet, dans l’interview qu’il a accordée à Week-End quelques jours après les dernières élections, l’ancien président de la République a déclaré ce qui suit : « Permettez-moi de souligner un autre travers de notre système électoral : celui qui veut que ‘the winner takes all’. C’est-à-dire que le gouvernement qui a remporté les élections prenne le contrôle de toutes les institutions qui existent, nomme ses gens à leur tête, qu’ils soient compétents ou non, qu’ils soient méritants ou pas, qu’ils soient ou non qualifiés. Si tous les postes qui existent sont donnés aux proches du gouvernement et à leurs copains et copines, Pravind Jugnauth va exclure du pays plus de la moitié de l’électorat qui n’a pas voté pour lui. S’il agit comme le PM de tous les Mauriciens et donne la chance à tous sur leurs mérites, quelle que soit leur appartenance communale, religieuse ou politique, en utilisant leurs compétences, Maurice pourra enfin décoller et devenir un grand pays. C’est ce que je souhaite en tout cas. »
Si la directive en question a été donnée, cela signifierait que l’histoire de notre pays sera marquée, au cours des prochaines années par le noubannisme utilisé comme système de recrutement dans la fonction publique.
De quoi se demander si l’explosion des pétards a vraiment chassé tous les mauvais esprits…

Jean-Claude Antoine