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Pour une ambiance festive assurée, rien de tel que le crépitement des pétards et l’explosion des feux d’artifice. Un rituel bien ancré à Maurice pour les fêtes de fin d’année et une aubaine pour les commerçants, quitte à chercher des explosifs de plus en plus puissants. Se fondant sur un grand nombre de témoignages et, selon nos propres observations effectuées sur le terrain entre les mois de décembre 2018 et janvier 2019, l’on note un accroissement insupportable des détonations de pétards pouvant être confondues avec celles des bombes artisanales ! Ces nuisances sonores qui ont provoqué des ondes de choc dans certains quartiers de la capitale et des villes-sœurs seront-elles à nouveau exposées à la vente en prélude des fêtes ? Au sein des instances régulatrices que sont le Mauritius Standard Bureau (MSB) et la Consumer Affairs Unit (CAU), l’on affirme n’avoir jamais pu dénicher ces produits prohibés.

Aux quatre coins de l’île, les pétards et les feux d’artifice fleurissent déjà sur les étals des différents types de commerces. À savoir que chaque compagnie importatrice de ces engins doit obtenir au préalable un permis de la Division Trade du ministère du Commerce et doit prévoir un entrepôt sûr et validé par la police et les sapeurs-pompiers. Une fois les pétards et feux d’artifice arrivés au port, ils sont gardés sous scellés à la douane jusqu’à ce que des officiers de la CAU viennent prélever des échantillons de chaque variété de pétards importés et rédiger un rapport.

Ces échantillons sont collectés par des techniciens du MSB et des éléments de la SMF pour des tests, sous la supervision de la CAU, au Midlands Gallery Range, le lieu où la force policière procède à des exercices de tir. « Les mèches doivent être suffisamment longues, et la détonation est contrôlée. Les pétards non conformes sont détruits dans le plus bref délai », nous confie un technicien du MSB, qui ne pas manque de rappeler le phénomène, dans les années 1990, des fameux « pétards d’Inde » très prisés par le public. Ces pétards atteignaient des niveaux d’intensité sonore de plus de 140 dB, soit 20 dB au-dessus du seuil de tolérance pour l’oreille humaine et avaient été interdits d’importation au début de ce siècle. Ils avaient provoqué un nombre incalculable de blessés, dont certains en gardent toujours les séquelles. « Nos tentatives de contrôler ces produits ont été couronnées de succès », se félicite notre source du MSB.

Et les détonations hors normes de pétards entendues l’année dernière ? Inconscients du danger qu’ils faisaient courir aux piétons et aux automobilistes, certains amateurs de sensations fortes pour qui la rue constituait le terrain de prédilection, s’amusaient du matin au soir à faire exploser des pétards qui ressemblaient plus à de la vraie dynamite, si l’on en juge par leur explosion. Bien souvent, réveillés en sursaut par ces puissantes déflagrations (le mot n’est pas exagéré), les habitants de ces quartiers gardent un très mauvais souvenir de cette période de l’année et souhaitent qu’une telle absurdité ne se répète pas.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, des techniciens et officiers du MSB et de la CAU disent ne pas être au courant de ce phénomène. « Nous prélevons des échantillons sur tous les pétards et assistons aux tests qu’effectuent le MSB et la SMF, mais jamais nous n’avons vu ou observé ce genre de pétards », souligne Amita Gunesh, Senior Officer à la CAU. Des techniciens du MSB abondent dans le même sens : « Si réellement ce genre de pétard a des niveaux d’intensité sonore supérieure aux pétards d’Inde, nous serons intransigeants. »

« Une mafia commerciale opère à Maurice »

Or, comment se fait-il que des pétards ne correspondant pas aux normes entrent au pays ? Certains importateurs braveraient-ils l’interdiction en introduisant en douce à Maurice ces produits prohibés avec la complicité des autorités ? Le président du Front commun des commerçants de Maurice, Raj Appadu, qui s’était exprimé l’année dernière dans l’édition du 30 décembre 2018 de Week-End, n’avait pas mâché ses mots en affirmant qu’ « une mafia commerciale opère à Maurice », tout en pointant du doigt le « laxisme des instances régulatrices dans la vérification des produits entassés les uns sur les autres dans des conteneurs ». Si cela s’avère, quelques commerçants doivent se frotter les mains, comme nous l’avions fait ressortir dans ce même article de 2018.

À moins que les autorités ne prennent le taureau par les cornes et mènent une lutte concrète contre la commercialisation de ces produits illicites. Le MSB et la CAU lancent un appel au public pour dénoncer les commerces qui vendent ce genre de pétard.