Dans une pétition au Premier ministre Navin Ramgoolam, le Centre for Alternative Research and Studies, en collaboration avec le Syndicat des pêcheurs, la Professional Seafarers Union, Rezistans ek Alternativ et la General Workers Federation, réclame le gel immédiat de l’Accord de partenariat de pêche entre Maurice et l’Union européenne. Dénonçant le fait que les Européens vont acheter notre thon à seulement Rs 2.28 le demi-kilo, tous affirment que cet accord n’est pas dans l’intérêt du pays et réclament l’institution d’une National Maritime Audit Commission.
« Quel Mauricien peut accepter que le gouvernement mauricien signe un Accord de partenariat de pêche avec l’UE selon lequel les Européens vont acheter notre thon à Rs 2.28 le demi-kilo et ce alors que notre production nationale, entre 2002 et 2010, a baissé de 7 000 à 2 882 tonnes, que le consommateur mauricien ne trouve pas de thon à moins de Rs 100 le demi-kilo sur le marché local, que les conserveries offrent un salaire de misère de Rs 4 500 à Rs 5 000 à leurs ouvriers, et que les pêcheurs et marins professionnels éprouvent de plus en plus des difficultés à trouver du travail ? ». C’est ce qu’a déclaré hier Ashok Subron, de Rezistans ek Alternativ, à l’ouverture d’un séminaire à la Mauritius Maritime Training Academy, Pointe-aux-Sables, sur le thème « Towards a Sustainable Maritime Policy ».
Ce séminaire était organisé par le Centre for Alternative Research and Studies (CARES), en collaboration avec le Syndicat des pêcheurs, la Professional Seafarers Union, Rezistans ek Alternativ et la General Workers Federation (GWF), dans le cadre d’un nouvel Accord de partenariat de pêche (FPA) avec l’Union européenne et d’un nouveau protocole initié avec l’UE le 23 février dernier.
Selon l’intervenant, ce FPA, couvrant une nouvelle période de trois ans, permet à 86 thoniers de l’UE (41 senneurs et 45 palangriers) de pêcher jusqu’à 5 500 tonnes de produits de mer dans notre zone économique exclusive (ZEE), en contrepartie d’une contribution financière totale de 1 980 000 euros pour la période en question.
« Ces 1 980 000 euros correspondent à 357 500 euros par an pour la prise annuelle de 5 500 tonnes, et 302 500 par an pour une enveloppe d’aide additionnelle payée par l’UE pour soutenir la pêche mauricienne et notre politique maritime. Mais un simple calcul nous permet de constater que les Européens vont en fait payer notre thon à seulement Rs 2.28 le demi-kilo », s’insurge Ashok Subron. « Le comble, c’est que le gouvernement mauricien a initié la signature de cet accord dans le dos des Mauriciens les plus concernés, c’est-à-dire les gens de la mer et les consommateurs, car il n’a jamais voulu nous en donner une copie. C’est l’EU qui nous en a donné récemment une copie, d’où notre pétition (voir encadré) maintenant pour demander au Premier ministre de geler un tel accord qui manifestement n’est pas dans l’intérêt de Maurice », a-t-il ajouté. « Comment des Mauriciens peuvent-ils faire passer les intérêts égoïstes des Européens et d’un petit groupe d’antipatriotes avant l’intérêt général de toute une population ? Si ce n’est pas de la haute trahison, cela y ressemble ! Est-ce le genre de modèle économique et de politique nationale maritime que nous voulons pour notre pays ? »
Pour sa part, le président du Syndicat des pêcheurs, Judex Rampaul, a fait remarquer que les pêcheurs locaux sont tenus de respecter une saison pour pêcher, alors que les Européens pourront le faire sans interruption aucune. « Poisson pa pou gagne letan pepler dan la mer », soutient-il. « Pa zis Europeens ki lapes dan nou dilo, ena aussi Sinwa, Zapone, etc. ».
Le président de la Professional Seafarers Union, Cader Battun, a lui dénoncé le chômage des marins pêcheurs alors que des étrangers exploitent « abusivement » les ressources marines mauriciennes. « Bann peser, sa mem bann pli gran defavorise dan pei », a-t-il déploré. Eric Mangar, du Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire, a de son côté plaidé pour une pêche durable.