« Jusqu’ici, les Anglais et les Américains se sont renvoyé la balle quant à leur responsabilité dans l’exil des Chagossiens. On espère que ce sera différent avec l’administration de Barack Obama » a déclaré ce matin Robin Mardemootoo, avoué de l’ONG Speak, soutenant la cause des Chagossiens depuis une quinzaine d’années. C’était lors d’une conférence de presse, au Centre du Groupe Réfugiés Chagos, ce matin, à Pointe-aux-Sables. Olivier Bancoult, responsable de ce centre, a affirmé quant à lui que « les États Unis ne peuvent nier leur responsabilité dans l’exil des Chagossiens ».
« Jusqu’ici, c’est davantage le gouvernement britannique qui s’est prononcé. Le gouvernement américain a pour sa part déclaré que l’archipel des Chagos n’est pas son territoire et de consulter plutôt les Anglais. Les Anglais nous ont à leur tour renvoyés aux Américains. On espère que ce sera différent avec l’administration d’Obama », déclare Robin Mardemootoo, avoué de l’ONG Speak soutenant la cause des Chagossiens. Et d’ajouter que le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) ne se fera pas d’illusions non plus au vu des nombreux « coups bas que nous avons reçus des autorités britanniques et américaines. Notre lutte continuera ».
C’est ainsi qu’en attendant la réponse de la Maison Blanche concernant la pétition sur son site en vue de l’obtention de leur droit de retour dans leur archipel, le GRC déposera bientôt un dossier devant l’International Criminal Court pour dénoncer « les fonctionnaires de l’administration britannique qui perpétuent la souffrance des Chagossiens ».
Pour Olivier Bancoult, leader du GRC, « les Américains ne peuvent dire qu’ils n’ont pas de responsabilité envers les Chagossiens. S’il n’y avait pas la base militaire de Diego, qui n’occupe qu’un tiers de l’île, il n’y aurait pas eu tout cela. En dépit de tout, les 64 îlots autour ont été abandonnés et on a empêché les natifs d’y retourner ».
Selon Robin Mardemootoo, « les Américains ont fait la demande aux Anglais pour avoir une île. Les Anglais leur ont proposé de choisir parmi plusieurs îles dans l’archipel. La démarche vient des Américains. Nous n’avons pas suffisamment exigé d’eux qu’ils règlent le problème ».
S’agissant du soutien reçu des Mauriciens à travers la signature de la pétition – 28 452 signatures, soit supérieur au 25 000 signatures requises pour que la démarche puisse être admissible à la Maison Blanche –, Olivier Bancoult s’est dit très reconnaissant de l’élan de la population. « Un grand bravo aux Mauriciens, un grand bravo à la communauté chagossienne. Cela nous fait un grand plaisir. La majorité des Chagossiens ont eu Maurice comme terre d’accueil alors que certains autres sont aux Seychelles. Cette pétition nous a donné l’occasion de montrer l’injustice causée par l’Angleterre et les États-Unis. »
Cette pétition est une initiative de la Maison Blanche qui a invité les organisations s’estimant lésées dans leur droit à cause du gouvernement américain de venir de l’avant pour exprimer leurs doléances. Dans la pétition, le GRC a ainsi demandé au gouvernement américain « de rectifier l’injustice vis-à-vis de la communauté chagossienne. Nous avons demandé des compensations adéquates, de nous permettre de retourner dans nos îles et de pourvoir de l’emploi aux Chagossiens ».
Selon Olivier Bancoult, cette pétition aurait pu recueillir bien plus de signatures si les inconvénients de l’internet et du « système qui requérait un code » avaient pu être contournés. Selon le leader du GRC, « certaines personnes ont pris deux heures avant de pouvoir apposer leur signature. Si c’était manuscrit, il y aurait eu bien plus de signataires ». L’important toutefois selon lui, c’est « qu’on a pu montrer au gouvernement américain que nous avons tout un élan de solidarité derrière nous ». Il a remercié toutes les personnes les ayant soutenus dans cette démarche, dont des chefs religieux à l’instar de Mgr Piat, Mgr Ernest, de certains pandits et maulanas.
Le GRC connaît déjà une retombée positive de cette pétition, selon Olivier Bancoult, le parlement panafricain venant de l’inviter à une réunion sur la diaspora africaine en Afrique du Sud. « Le parlement panafricain veut savoir davantage sur la communauté des Chagossiens. C’est encourageant et je suis sûr qu’il y aura d’autres retombées positives. Il n’y a pas que la dimension légale. Il y a aussi la dimension politique à laquelle nous essaierons d’avoir recours. »
Le GRC se dit prêt à retourner dans son archipel si la Maison Blanche répond favorablement à sa requête. « Nous avons déjà un plan de resettlement. 89 % des Chagossiens sont d’accord pour y retourner. Mais nous y retournerons dans un état vivable. Le gouvernement américain devra réinstaller les infrastructures nécessaires. »