Umar Timol

Peut-être qu’il faut puiser dans les vestiges d’un autre corps ou aller là-bas au lieu de la communion mystique, le long de cette rivière enneigée, peut-être qu’il faut renouer avec les abrutissements de la parole ensorcelée ou se libérer de tous les chantages de la peur ou peut-être qu’il faut abandonner cette quête des mots, se taire, ne plus rien dire, ne plus tendre son sang vers les mots, peut-être qu’il faut cesser d’espérer, que vous pourrez vous emparer de la magnificence des mots, les soumettre aux aléas de votre imaginaire, des mots simples, des mots lisses et vertigineux, peut-être qu’il faut aussi cesser d’écrire, cesser la nostalgie de la perfection, cesser le devenir de la poésie, personne ne vous en voudra, peut-être que tout a été dit, que vous avez tout dit, que vous ne parvenez désormais plus qu’à fabriquer l’imaginaire de votre propre absence, peut-être qu’il s’agit d’assister aux convulsions des mots, dans les pages de vieux livres, il faut lire et non écrire, peut-être qu’on ne peut transgresser la beauté de l’œuvre de l’autre, peut-être que vous avez tant désiré les mots de l’autre que les mots désormais sont de la demeure de l’exil, peut-être qu’il s’agit d’endeuiller les mots à force de silence et faire le deuil de son être à force de mots, peut-être.