Diplal  MAROAM

Dans un rapport officiel publié l’an dernier, le Fonds monétaire international (FMI) évalue à 2% la part de la richesse mondiale engloutie chaque année par le fléau de la corruption et estime entre 1500 et 2000 milliards de dollars, soit presque le PIB de la France, les pots-de-vin versés annuellement sur le plan global. Or, ces chiffres et estimations, reflètent-ils vraiment la réalité sur le terrain ? En effet, réalisant la nature et la gravité de la situation, la directrice de l’institution de Bretton Woods, Christine Lagarde, a décidé, lors d’une conférence fin avril dernier, de durcir le ton en adoptant un nouveau cadre réglementaire afin de permettre à ses équipes, à travers leurs missions annuelles dans chaque pays, de faire des constats pratiques approfondis, ce dès le 1er juillet prochain.

La corruption, phénomène qui tire constamment vers le bas la qualité de vie de la grande majorité d’une population et sape la confiance dans les institutions, sévit à tous les échelons de la hiérarchie sociale et influence même les plus grands défenseurs des opprimés, démunis et défavorisés, comme le démontre la condamnation récente de l’ancien président brésilien du Parti des Travailleurs, Lula Da Silva, lui-même issu d’une famille de paysans pauvres, à 12 ans de prison pour corruption passive et blanchiment de fonds. Comme quoi, devant le pouvoir de l’argent, perçu d’ailleurs comme la racine de tous les maux, le sens de l’éthique et de la morale ne fait que déposer les armes. Mais la question fondamentale que l’on se pose : peut-on réellement venir à bout d’un fléau qui constitue une caractéristique intrinsèque voire même une partie intégrante du système politique et économique actuel, le capitalisme ? Ainsi, force est de constater que la politique de l’autruche et le refus de reconnaître la source réelle de la corruption ne nous mèneront nulle part. Idem, à propos, pour d’autres fléaux sociaux tels les licenciements, la précarité, le chômage, la politique de bas salaires mais aussi celle de la privatisation dont il a été beaucoup question lors de la fête du Travail et qui représentent les moyens par excellence d’engranger et de maximiser les profits, l’essence même du système du capital. Selon toute certitude, les représentants de la classe des travailleurs savent pertinemment là où le bât blesse mais ne peuvent ou ne veulent agir en conséquence au risque de sombrer dans le désœuvrement au cas où le système politique et économique actuel est renversé.

D’autre part, alors que ce système prévoit même la dissimulation des fonds obscurs siphonnés des comptes publics, l’on ose interroger l’existence et l’épanouissement des paradis fiscaux, ce bien au-delà de la volonté exprimée depuis des décennies par de nombreux États, et non des moindres, de les démanteler une fois pour toutes. Même la perception de Maurice comme étant un paradis fiscal demeure tenace dans certains milieux, ce bien que nous disposons de tout un arsenal légal et institutionnel pour lutter contre les crimes financiers et les manœuvres sordides des malfaiteurs de la finance mondiale. Les affaires d’Alvaro Sobrinho, qui a pourtant été défendu bec et ongles par nul autre que le PM au parlement le 27 mars dernier lors de la PNQ, celles de J.C. Bastos de Morais de même que les abominables pratiques de “round tripping” qui avaient provoqué la renégociation du traité de non double imposition avec l’Inde démontrent la volatilité de notre système des services financiers où le transfert d’argent peut se faire en un clin d’œil.

Finalement, c’est le système politique et économique toujours qui favorise le blanchiment d’argent provenant du trafic de la drogue. Il ne faut pas se leurrer. La profonde récession dans laquelle se sont enfoncés de nombreux pays soumis à l’intolérable charge du service de leurs dettes et l’ouverture de leurs frontières à la concurrence internationale à laquelle ils n’étaient pas du tout prêts, a ruiné des pans entiers de leurs économies et les a rendus peu regardants sur l’origine des fonds venant remplir leurs caisses. Ainsi, face à l’ampleur du phénomène et la complexité de ses causes, les projets de développement alternatifs financés par les organisations internationales pour tenter d’éliminer les cultures illicites apparaissent dérisoires et aboutissent souvent à des résultats opposés au but officiellement recherché. C’est en réalité à une mise à plat du système politique et économique mondial marqué par de profondes inégalités qu’il conviendrait de se livrer pour tenter de lutter contre la corruption, un fléau aux ramifications planétaires.