La semaine dernière, un étudiant en Lower VI a été attrapé en possession d’un flacon de sirop pour la toux par les responsables de l’institution secondaire qu’il fréquente. Durant le premier trimestre, une dizaine d’élèves d’un collège des hautes Plaines-Wilhems ont été trouvées en état d’ébriété avancée lors de la journée sportive de leur établissement. Et durant la semaine écoulée, un groupe d’élèves d’un collège très réputé a manifesté, réclamant le transfert d’un membre du personnel qui avait découvert « leur cache de sirops et de gandia. » La situation dans les collèges « est vivement inquiétante », souligne le travailleur social Imran Dhannoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG), qui a démarré une série d’interventions dans divers établissements.
« Une semaine ne s’est pas écoulée que ce jeune élève en Lower VI a été pris en flagrant délit avec un flacon de sirop, se désespère une enseignante comptant plus de 20 ans de carrière. Il se trouvait derrière un des labos du collège. D’autres étudiants étaient en sa compagnie. Mais quand les responsables du collège sont arrivés, les autres ont vite déguerpi et l’étudiant qui a été attrapé a accepté d’endosser la responsabilité de l’acte seul. » Cela fait « plusieurs années, disons depuis 2009, que j’ai constaté ces problèmes, signale encore notre interlocutrice. J’en ai fait part à la direction du collège mais on me répond toujours : “On va s’en occuper”. Rien n’a été fait. »
L’enseignante raconte que lorsqu’elle arrive en classe, le matin, « à l’heure du roll call pour le registre quotidien, tous les élèves, indistinctement, sont frais et en forme. Mais quelques heures plus tard, vers la quatrième ou cinquième période, certains des garçons ont les yeux vitreux et la démarche hésitante. Zot lizie rouz, zot get ou fran, zot reponn brit… Ou trouve zot pa dan zot leta normal ».
Notre interlocutrice relate qu’elle a pris conscience de ce comportement lors des sorties scolaires. « Certains des garçons me disaient “kuma pu fer enn sorti si pa mett enn ti nisa ?”, comprenant par là qu’ils devaient consommer des produits avant. Ces jeunes m’ont carrément dit : “Sans un petit quelque chose, on ne peut s’amuser.” » Si notre interlocutrice explique que cette situation dure depuis trois ans, soit depuis qu’elle a noté les premiers signes, « entretemps, à mon grand regret, plusieurs de ces jeunes ont quitté le collège sans qu’on ait fait quelque chose pour eux. Ils n’ont reçu aucun conseil, aucun encadrement… L’on ne sait ce qu’ils sont devenus. Sont-ils des toxicomanes ? Ont-ils décroché ? »
Sollicités, d’autres membres de divers établissements expliquent avoir remarqué le même type de comportement chez des collégiens, filles et garçons. « Au début du premier trimestre, explique ce membre du personnel administratif, lors de la journée sportive du collège, nous avons eu à nous occuper d’une dizaine de filles, élèves en Form VI, toutes ivres. Elles avaient des bouteilles et des cannettes d’alcool en leur possession… » Notre interlocuteur ajoute : « On n’aurait jamais pensé que ces filles en seraient arrivées-là ! Ce sont toutes des filles de bonne famille, elles sont intelligentes et on n’aurait pas pensé d’elles qu’elles seraient irresponsables au point de consommer de l’alcool durant les heures d’école et sur les lieux ! »
Flacons et gandia dans les toilettes
Il n’y a pas même une semaine, rappelle cet autre enseignant, « un groupe d’élèves a manifesté, réclamant la tête d’un membre du personnel administratif. Cette personne avait découvert l’endroit où plusieurs jeunes, dont des élèves en Form II, cachaient leurs flacons de sirops et leur gandia. » Les élèves n’étaient pas contents que « cette personne soit allée porter plainte au ministère de l’Éducation. » Le plus navrant, souligne-t-il, « c’est qu’ils sont parvenus à leurs fins… La personne a été mutée… Quel signal pour nous ? »
Nos interlocuteurs font aussi état de cas recensés dans un établissement scolaire mixte : « On y aurait attrapé des collégiens et collégiennes en pleins ébats… »
Notre première interlocutrice poursuit : « Tout comme nous, les enseignants et les membres du personnel administratif, les Caretakers récupèrent des bouteilles, des flacons de sirop pour la toux et des cannettes de boissons alcoolisées dans les toilettes. Ils nous les montrent ou les montrent directement aux responsables des établissements. » Cependant, déplorent nos interlocuteurs, « au niveau de la direction, on nous répond à chaque fois “on va s’en occuper”. Pourtant, aucune suite n’est donnée à ces cas… La direction banalise les choses et n’en informe pas le ministère de l’Éducation. Combien de temps va-t-on jouer avec l’avenir de nos enfants ? »
Une enseignante relève aussi : « Qu’ils soient sous l’influence des sirops pour la toux ou du gandia, ces élèves font preuve d’agressivité. On ne peut leur faire confiance… À tout moment, ils peuvent se montrer violents. D’ailleurs, ils le sont souvent verbalement. » Elle affirme craindre pour sa sécurité, « car, à n’importe quel moment, ces élèves peuvent sortir une arme tranchante ou vous gifler. Ils savent que la loi est de leur côté, ils se permettent donc ce type de comportement… »
Nos interlocuteurs souhaitent vivement que « la direction des établissements concernés et les autorités comme le ministère de l’Éducation prennent des mesures. On ne demande pas une politique de répression. Ces jeunes sont “malades”. Ils ont besoin d’encadrement, d’écoute, de conseil et d’orientation afin qu’ils ne brûlent pas leur jeunesse. »