Critiqué ouvertement pour avoir failli à sa tâche quant à la manière dont toute l’affaire d’attouchement sexuel présumé a été traitée, le président du Comité olympique mauricien s’est défendu. Dans l’entretien qui suit, Philippe Hao Thyn Voon affirme sereinement que le COM a tout le droit moral de demeurer en place et donne sa version des faits sur certains points.

Philippe Hao Thyn Voon, y a-t-il eu tentative de cover-up dans cette affaire ?

Pas du tout ! La chronologie des événements, comme je l’ai effectuée, le démontre bien depuis mon arrivée le 31 mars à Gold Coast, puis la convocation de Jessika Rosun le 1er avril pour nous aider à connaître la vérité. C’est là qu’elle a dit qu’elle n’irait pas de l’avant avec cette affaire. Le 2 avril, c’était le jour du lever du drapeau au village des Jeux, suivi de la rencontre avec le ministre Toussaint le 3 avril. Après le départ de celui-ci, j’ai dit à Kaysee Teeroovengadum de step down. Le 4 avril, je lui ai dit de ne pas participer au défilé de la délégation mauricienne, car il avait toujours sa carte d’accréditation. Le 5 avril, il a quitté le village pour s’installer à l’hôtel. Donc, tous les jours, on a pris des actions concrètes contre lui.

Qu’avez-vous à dire sur l’épisode des œufs de Pâques ?

C’était un petit cadeau que le COM avait déjà prévu de donner, avant même le départ pour Gold Coast, aux sportifs et à tous les membres de la délégation mauricienne. C’était un Easter token, non un per diem. Je crois que ce geste a été mal interprété.

Mais peut-on savoir pourquoi ce soutien sans faille à Kaysee Teeroovengadum ?

Ce n’est pas vrai de dire que tel est le cas. On oublie que c’est moi qui lui ai dit d’aller faire une precautionnary declaration à la police quand il est venu me voir pour me demander ce qu’il devait faire.

Vous avez déclaré formellement que Kaysee Teeroovengadum n’était qu’une « victime » dans cette affaire. Est-ce une erreur de votre part ?

C’est lui qui m’a dit qu’il était une victime. Je l’ai pris au mot et n’ai fait que répéter ce qu’il m’a dit.

Mais avez-vous tout fait pour qu’il rentre à Maurice et évite ainsi sa comparution devant la cour australienne ? Si son état de santé s’était dégradé à vue d’œil, comme vous l’aviez déclaré, ne valait-il pas mieux au contraire qu’il se fasse soigner en Australie au lieu de faire ce long voyage via Dubaï ?

C’est son avocat qui a dit qu’il était très vulnérable et que sa santé était affectée. Il lui a conseillé de rentrer, car pour la justice australienne, même un contact visuel avec la présumée victime peut provoquer son arrestation si celle-ci porte plainte. Donc, il devait à tout prix rester loin de Jessika Rosun. Mais le jour de son procès, sa présence sera nécessaire. Le COM ne lui offrira pas de billet d’avion pour faire le déplacement en Australie ni ne finance ses frais d’avocat qui s’élèvent à $ 25 000 australiens.

Sera-il présent le 8 mai à sa deuxième comparution ?

Aucune idée. On connaît seulement la date fixée, mais on est en pourparlers avec son avocat. En tout cas, c’est ce qu’on sait à ce stade.

Mais dites-nous pourquoi n’avez-vous pas évincé Kaysee Teeroovengadum du village dès le premier jour ?

J’essayais toujours de comprendre ce qui s’était passé et il y a eu des discussions avec les deux parties, et le 3 avril j’ai rencontré le ministre Toussaint. Même l’athlète en question avait dit qu’elle n’irait pas de l’avant avec le cas et que l’affaire était pour ainsi dire close. Mais finalement, elle y a donné suite et, immédiatement, j’ai dit à Kaysee Teeroovengadum de step down et de quitter le village. C’est une responsabilité que j’ai assumée pleinement, même s’il était mon secrétaire général et qu’on a travaillé ensemble durant quelques années au COM.

Avez-vous accordé tout le soutien psychologique voulu, surtout à Jessika Rosun, au plus fort de cet incident ?

Certainement, elle a rencontré le psychologue qui était disponible au village des Jeux ainsi qu’un médecin. On n’a pas négligé son état de santé moral.

Et dans toute cette affaire, le COM a-t-il failli à sa tâche ?

Pas du tout, car on a pris le taureau par les cornes et avons tout fait depuis mon arrivée à Gold Coast.

Croyez-vous que le comité actuel du COM a le droit moral de demeurer en place ?

On y a pleinement le droit à 100 %. On ne va pas jeter tous les œufs qui sont dans un panier, sous prétexte qu’il y en a un seul qui est gâté. Si un ministre a commis une faute, ce n’est pas pour autant que c’est tout le gouvernement qui doit démissionner à ce que je sache.

Vous trouvez normal qu’il y ait 59 dirigeants pour 53 sportifs dans la délégation mauricienne ?

C’est dans les règles. 53 sportifs ont été accrédités et le reste concerne les membres du COM et ses invités, les membres du MJS, les membres du consulat, entre autres. Ma belle-fille et mon petit-fils n’ont pas logé au village, mais dans une maison qu’ils ont louée. Ils ont payé leur billet comme tous les autres.

Pour finir comment expliquez-vous la présence d’un journaliste au sein de la délégation mauricienne ainsi que la présence de la secrétaire du COM en tenue officielle au sein du défilé d’ouverture ?

Les membres de notre comité ont choisi le journaliste Patrick Jean-Louis pour être officiellement l’attaché de presse du COM. Il était dûment accrédité par la Commonwealth Games Federation. Pour le cas de la secrétaire, elle avait parfaitement le droit de défiler.

Propos recueillis par

Sonny Onno


Note de la direction

La direction du Mauricien confirme avoir délégué Patrick Jean-Louis pour la couverture des Jeux en tant que journaliste du groupe uniquement. Le Mauricien a pris note des informations de M. Philippe Hao Thyn Voon et a initié une enquête interne à ce sujet.