Le président du Comité Olympique Mauricien n’en démord pas. Dans un entretien à bâtons rompus qu’il a accordé hier matin — avant la réunion MJS- fédérations — Philippe Hao Thyn Voon estime que le New Sports Bill est «à la fois dangereux et contraire à l’esprit olympique.» Comme à chaque fois il s’en remet au CIO pour trouver une solution.
— Philippe Hao Thyn Voon, le Comité Olympique Mauricien (COM) a rencontré une quinzaine de fédérations vendredi pour discuter du new Sports Bill qui a été présenté mardi dernier à l’Assemblée Nationale. Peut-on savoir le sentiment général autour de cette nouvelle loi?
— Je dois d’abord préciser que toutes les fédérations étaient invitées à cette rencontre et sans doute en raison des conditions climatiques, certains n’ont pu faire le déplacement. Cependant quatorze fédérations olympiques et deux non olympiques étaient présentes. Nous avons pris presque trois heures pour passer en revue les 54 pages et la cinquantaine de sections du New Sports Bill. Nous avons donné la parole à tous ceux présents et le constat est très criant. Le mouvement sportif mauricien a eu droit à une nouvelle loi qui est à la fois dangereuse et contraire à l’esprit de la charte olympique.
— Vous n’allez pas un peu fort, M. Le président du COM, quand on sait que beaucoup de points de l’ancienne loi ont été simplement remis au goût du jour?
— Pas du tout. Les dirigeants des fédérations sont avant tout des bénévoles qui se mettent au service d’un sport. Comment est-ce possible qu’une loi vienne mettre une Epée de Damoclès sur leur tête à travers une nouvelle clause qui sanctionne, voire emprisonne toute personne — y compris vous journaliste — qui fait des choses contraires à la loi? C’est inadmissible et contraire à l’esprit olympique qui prône la tolérance et la participation de tous dans la vie sportive d’un pays. Le ministre et encore moins le ministère ne peut pas jouer le rôle de celui qui «enrolled» , police et juge à la fois.
— Si c’est cela votre seul point de griefs, il n’est pas insurmontable, n’est-ce pas?
— Ce n’est pas mon point de griefs, mais bien celui des fédérations. Et ce n’est pas le seul puisque les fédérations se sont prononcées contre le fait que le New Sports Bill fasse provisions que désormais les nouveaux clubs et les anciens clubs doivent chercher la reconnaissance du ministère avant de pouvoir chercher leur enregistrement avec le Registrar of Association, pour se faire ensuite affilier avec une fédération. C’est inadmissible, comme il est aussi inadmissible que cette règle s’applique aussi pour les nouvelles fédérations. Les fédérations ont rejeté de façon ferme cette partie de la loi, comme elles l’avaient fait lorsque le ministre était venu avec sa liste des propositions en juillet dernier.
Je dirais, sur ce point, que le ministre n’a  respecté ni la feuille de route ni les recommandations du CIO sur le Sports Act. Car sur le point de l’introduction d’un Ombudsperson for Sports, là encore le ministre n’a pas écouté le CIO et les fédérations. Si les fédérations ont salué la démarche de la loi pour inclure une instance de règlements des litiges au sein des fédérations, nous ne voyons pas pourquoi entre les fédérations et le Tribunal des Sports, il doit y avoir un Ombudsperson For Sports, qui de surcroît est nommé par le ministre. En d’autres mots ,c’est la proposition «Appeal to the Minister», que tout le monde ne voulait pas au départ.
Puisque nous sommes sur la question des règlements de litiges, il faut savoir que dans les pays où il existe un tribunal pour le sport, il est régi par le comité olympique de concert avec le gouvernement. Or dans le cas de Maurice c’est le MJS qui contrôle tout. Une fois de plus le ministre a ignoré la feuille de route du CIO et bafoué l’autonomie des fédérations. Même sur la question du contrôle anti-dopage la nouvelle loi fait fausse route et le COM a été complètement ignoré.
— Visiblement, vous n’êtes pas d’accord avec le New Sports Bill ?
— Je ne suis pas contre tout ce qu’il y a dans la nouvelle loi, il y a des choses qui sont positives. Cependant ce que je déplore c’est que certains aspects fondamentaux par rapport au respect de l’autonomie et de l’indépendance des fédérations n’ont pas été respectés. Mais je vous avoue que je suis un homme déçu. Principalement en raison du temps que chacun a passé depuis juillet sur les propositions du MJS. Aujourd’hui au lieu d’avoir une loi pour accompagner le sport mauricien dans la bonne direction. Nous avons, au contraire, droit à une loi que je qualifierais de répressive pour ne pas dire dictatoriale.
Vendredi, j’ai vu des dirigeants de fédérations inquiets, car ils avaient tous pensé qu’une fois la loi mis en circulation, ils auraient eu le temps de discuter et de faire des contres-propositions…
— … savez-vous que la loi sera votée ce mardi à l’Assemblée Nationale?
— Non je l’apprends. Voyez-vous cette loi est loin des attentes des fédérations. Je crois qu’il serait plus juste que le ministre s’accorde un temps de discussions avec le mouvement sportif pour avoir la loi que nous voulons tous. Cette question peut être réglée en deux ou trois réunions de travail avec l’esprit d’écoute.
— Cependant Philippe Hao Thyn Voon, vous venez (hier matin) de participer à une réunion avec le MJS sur ce dossier. Mais très peu de fédérations, sinon aucune n’a démontré une opinion contraire…
— D’abord, je dois dire que s’il y a eu cette réunion c’est à la demande du CIO et je suis content que le ministre l’a précisé au départ. Vous étiez présent à cette réunion et comme vous l’avez constaté le secrétaire permanent a constamment coupé la parole aux dirigeants des fédérations. Du reste, le secrétaire général du COM en a fait les frais et a demandé au PS de respecter son temps de parole.
Le PS a coupé court à toutes les interrogations et les inquiétudes des fédérations en disant que ce sera dans les règlements. Mais où sont les règlements? Ce fut plus une réunion cosmétique et rien d’autres. Car les dirigeants sont partis les mains vides, comme à chaque fois.
— Philippe Hao Thyn Voon ne pensez-vous pas que tout ce débat autour du Sports Bill est inutile puisque le ministre — qui a été soutenu par son PS — affirme que le CIO a déjà donné son aval au New Sports Bill?
— Faute d’une confirmation officielle de la part du CIO et aussi en raison du refus du ministre et son PS de donner une indication claire et nette aux fédérations présentes à la réunion de ce matin (ndlr: hier matin) j’ai des doutes.
— Pourquoi?
— Je pense que cela aurait été la moindre des choses que le CIO informe le COM de sa position.
— La loi sera présentée pour un vote ce mardi, est-ce à dire que le COM a baissé les bras…
— Pas du tout. Nous sommes en contact avec le CIO et nous avons envoyé une copie de la loi à Jérôme Poivey. D’ici lundi, nous ferons aussi une synthèse de la réunion de vendredi que nous enverrons au ministre et au CIO. Un document qui comprendra aussi nos contre-propositions. Nous espérons que notre voix sera entendue.