Mardi Philo revient le 11 avril, toujours à 18 heures à la médiathèque de l’Institut français de Maurice, pour se pencher cette fois-ci sur une oeuvre majeure de Raymond Aron : Démocratie et totalitarisme. Les professeurs de philosophie des lycée français Geneviève Ginvert et Joseph Cardella seront cette fois-ci rejoint par une professeure d’histoire, Tanya Subbamah, qui a notamment étudié les sciences politiques.
Né à Paris en 1905, Raymond Aron a été et demeure pour beaucoup un des grands penseurs politiques du XXe siècle. Agrégé de philosophie, docteur ès lettres sur la philosophie de l’histoire, il fut professeur à l’Institut des Sciences politiques et à l’École nationale d’administration (1945), professeur de sociologie à la Sorbonne (1955), directeur d’études à l’École pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales (1960) et professeur au Collège de France (1970).
Sa carrière journalistique débuta en 1940, lorsqu’il assure la rédaction en chef de La France Libre à Londres, sous le pseudonyme de René Avord. Il fut ensuite éditorialiste à Combat (1946), la revue d’Albert Camus, puis entra l’année suivante dans un quotidien aux positions politiques très différentes, au Figaro où il oeuvrera pendant trente ans. Il en devint directeur politique en 1976 avant de le quitter l’année suivante pour entrer à L’Express, dont il devint administrateur en 1979. Il a également été directeur de la revue Commentaire (1978).
De son premier ouvrage, paru en 1935, à ses Mémoires (1983), son oeuvre immense (35 livres et de très nombreux articles) a marqué toute une époque. Pérenne, elle resurgit aujourd’hui, éclairant notre actualité de sa justesse.
Voici comment il présente lui-même Démocratie et totalitarisme : « Ce livre fait suite aux Dix-huit leçons sur la société industrielle et à La lutte de classes. Il traite de deux régimes typiques de la civilisation moderne, l’un que j’appelle constitutionnel-pluraliste et l’autre que je caractérise par la prétention d’un parti au monopole de l’activité politique.
La comparaison entre les régimes politiques, à la différence des comparaisons entre les économies, met surtout en lumière des différences. Les régimes apparaissent comme des solutions opposées à des problèmes semblables.
L’année 1957-1958, celle durant laquelle le cours fut professé, fut celle de la fin de la IVe République et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Une préface écrite en 1965, équilibre le chapitre consacré à la République morte par une analyse critique de la République gaulliste. »
Démocratie et Totalitarisme se compose de trois parties, dont la première analyse les sens de la notion de politique, la deuxième les régimes constitutionnels pluralistes, et la troisième les régimes monopolistiques et totalitaires, en particulier le régime soviétique.
Après son agrégation en philosophie, il connaît une crise, estimant n’avoir rien appris et part en Allemagne où il vivra en 1930 à 1933. Cette expérience l’aidera certainement à être l’un des premiers intellectuels à pressentir le danger du nazisme, à un moment où ses homologues tels que Sartre par exemple y étaient encore relativement indifférents. Il en avait vécu les dangers. Il dénoncera avec la même énergie les régimes communistes.
Marquée par la clarté de ses propos, Geneviève Ginvert nous parle de ce livre en ces termes : « Il s’attache à illustrer par une connaissance historique fouillée une typologie du pouvoir au XXe siècle. Il est philosophe et historien, mais il fait aussi oeuvre de sociologie. S’il dénonce les régimes totalitaires, il fait également un examen de la difficulté à présider avec un système multipartiste. Il montre aussi par exemple comment la corruption est inhérente aux démocraties, comment elles se corrompent de l’intérieur. Aussi propose-t-il une façon positive de penser les oppositions, ou encore l’idée qu’il faut accepter les compromis et que la démocratie induit un contrat tacite de travailler ensemble. »