Le trio des professeurs de philosophie des lycées français de Maurice revient ce 7 juin, à 18 heures, proposer une conférence sur une oeuvre majeure, dans le cadre des Mardi philo qui se tiennent régulièrement à la médiathèque de l’Institut français de Maurice puis deux ans. Cette fois-ci, Geneviève Ginvert, Emmanuelle Soubou et Joseph Cardella présenteront et commenteront « La violence et le sacré » de René Girard. Disparu en novembre dernier, ce philosophe français vivait à Stanford et y a enseigné la littérature comparée de 1980 jusqu’à sa retraite en 1995. En 2005, il est élu à l’Académie française, où il est notamment reçu par son ami et collaborateur Michel Serres, qui le qualifie de « nouveau Darwin des Sciences humaines »…
Jusqu’à son dernier souffle à 91 ans, René Girard a continué de s’interroger sur les ressorts de la violence dans les pratiques religieuses. En 1961, dans Mensonge romantique et vérité romanesque, il expose pour la première fois le cadre de sa théorie du mimétisme du désir. Dans cette description anthropologique des rapports humains, qui lui est inspirées par l’analyse de plusieurs grandes oeuvres romantiques (Stendhal, Flaubert ou Proust), il faut considérer le désir comme une pathologie, où l’on convoite toujours ce qu’un autre désire… Du conflit qui résulte de cette concurrence, naît un cycle de violence qui ne pourra être résolu que par la désignation et le sacrifice d’un bouc émissaire.
Il oppose aussi dans ces phénomènes anthropologiques, les religions archaïques qui s’en tiennent au sacrifice du bouc émissaire, qui réconcilie et galvanise la population, et la religion chrétienne, où l’innocence de la victime (Jésus) est reconnue et revendiquée, et où sa résurrection vient briser la logique infernale de la violence mimétique. S’il se décrivait comme anthropologue des religions, René Girard a tout au long de son oeuvre conjugué réflexion savante et prédication chrétienne, ce qui lui a d’ailleurs souvent été reproché dans le monde universitaire.
La violence et le sacré est publié en 1972. Constatant que le désir mimétique conduit inévitablement à des rivalités, il estime que l’ordre social et sa stabilité s’appuient sur des actes répétés de violence collective envers une victime ou un groupe de victimes. Par ce mécanisme de la victime sacrificielle, la religion devient un moyen de régulation de la violence sociale. Ainsi, l’oeuvre de ce philosophe permet-elle de comprendre pourquoi les textes fondateurs des grandes religions sont jalonnés de luttes à mort de frères devenus ennemis, de jumeaux sacrifiés, ou encore d’innocents condamnés et assassinés qui en étant considérés comme sacrés, deviennent la clé de voûte de l’édifice social.
Après la question du mécanisme victimaire dont La violence et le sacré est l’objet, René Girard récapitulera les acquis de sa recherche et dévoilera son intérêt particulier pour les textes bibliques. Beaucoup plus récemment, en 2007, dans Achever Clausewitz, il montre que la théorie mimétique permet d’interpréter les phénomènes de violence contemporaine…