Les cimaises de L’Atelier accueillent, jusqu’au 4 novembre, 19 photographies en couleur de François Wiehé, un regard d’auteur sur les lignes infinies des îles vierges, images réunies sous le titre Naufrage. Ce jeune réalisateur, qui a fait de la photographie son mode de vie, témoigne à travers cette première série de l’expérience – quasi initiatique – qu’a représentée pour lui la fréquentation répétée des innombrables îles de Saint-Brandon.
Après un voyage en bateau souvent agité par les vents, l’arrivée sur ces terres minimalistes relève de l’expérience initiatique. Ces instants d’immobilité et de calme retrouvé ont suscité chez le photographe la nécessité de laisser entrevoir des « fragments d’une civilisation, tombés sur terre par hasard… Quelques objets épars en guise d’autoportraits figés dans le temps nous renvoient à nous-mêmes ».
Le naufrage n’a rien à voir ici avec les tragédies sensationnalistes, mais avec une quête d’essentiel, une réflexion sur la vie à la fois juste et mesurée où l’homme retrouve la dimension qu’il n’aurait jamais dû quitter d’être fragile et éphémère, petite part de l’immensité. Du mot naufrage, le photographe dit par exemple : « Ce mot indique une course effrénée qui s’arrête subitement pour atteindre une immobilité définitive. Un rythme qui ralentit, se pose et prend sa place dans la démesure originelle. Comme des astéroïdes venus d’ailleurs, naufragés de l’espace, abandonnés, ils lâchent prise et entrent en scène. Ont-ils vraiment trouvé leur place ? Sommes-nous responsables de cet abandon, de ce désoeuvrement et au final de cette destinée en solitaire ? Pour réaliser ces images, j’ai fait du sable mon complice, du vent mon guide, et de l’océan mon grand maître. Ce sont eux avant tout, les auteurs de cet univers de douceur auxquels je rends hommage. Ils me procurent un calme intérieur, des silences. C’est dans l’immobilité d’une attention contemplative, fruit d’un hasard que l’on porte un regard sur l’instant présent, là où l’essentiel nous apprivoise. »
François Wiehé avait exposé au Mois de la Photo, proposé en août par la galerie Hélène de Senneville, des portraits en noir et blanc pris dans la rue à Maurice, souvent auprès des Mauriciens les plus démunis. Le réalisme social et la douceur qui se dégagent de ces regards montraient un volet très différent de la présente exposition, où il est ici davantage question de scénographie, d’une réflexion sur la planète, la matière et les éléments, et sur la place de l’être humain dans ces espaces. Le photographe partage aussi les pensées que ces îles lui ont inspirées à travers les mots dans un texte qui livre quelques clés de lecture de ses images. Et de citer un autre chantre de la beauté des terres indianocéannes… « Chaque île comme des planètes aux connexions lointaines en orbite dans un ailleurs de houles, de sel, et de reflets vibrants où tous les bleus ardents ont la gorge serrée d’amour. » Malcolm de Chazal.