Le photographe Tristan Chaillet a renoué avec l’école de photographie qui l’a formé il y a une douzaine d’années à Cape Town. De fil en aiguille, cette démarche l’a amené à proposer un travail sur les métiers anciens à Maurice, qui a fait mouche puisqu’il va être exposé à la Young Blood Gallery, dans le cadre du sixième mois de la Photographie, du 1er au 31 octobre. A step into the past est le titre qui qualifie cette série de dix portraits en situation, d’une touchante expressivité.
Au fil des ans, le mois de la Photographie, du film et des nouveaux médias est devenu un rendez-vous prisé au Cap, qui prend cette année un relief particulier avec la célébration des 20 ans de démocratie sud-africaine. Tristan Chaillet y portera les couleurs de Maurice parmi 40 autres visiteurs extérieurs qui se mêlent aux 130 artistes exposants.
Les premiers rendez-vous ont été donnés au public à partir du 15 septembre, et comme le comité d’organisation a ajouté une plate-forme « vidéo d’art » à ses activités, il peut se targuer d’accueillir des célébrités de la création sud-africaine, telles William Kentridge, Penny Siops et Robin Rhode. Six autres têtes de file de la création sud-africaine y marquent leur présence par un travail interdisciplinaire dans le domaine des arts visuels. Cette exposition de créations vidéo s’intitule It began with a walk, en référence au livre autobiographique de Madiba.
Dans le domaine de l’image fixe, les noms à retenir pour cette biennale 2014 sont, par exemple, Santu Mofokeng, Moshekwa Langa, Tom Ang et les prix Pulitzer David Turnley et Greg Marinowich (coauteurs de The Bang Bang club), ou encore Leonard Pongo, Kemang Wa Lehulere, Joana Choumali (Côte d’Ivoire), et l’extraordinaire Zanele Muholi. Les images que Tristan Chaillet présente se consacrent aux anciens métiers, existant encore mais tellement rare que notre photo-reporter a dû multiplier les investigations pour rencontrer ces vaillants représentants d’une île Maurice que la frénésie moderniste tend à négliger, quand elle ne les ignore carrément pas. En regardant ces images en noir et blanc (qui ont cependant été prises en couleur), on comprend que ces vaillants travailleurs, qui continuent chaque matin de préparer leurs outils et chaque soir de les ranger comme de précieuses reliques, représentent des piliers dans la vie sociale du pays.
C’est un cordonnier de Rose-Hill, un charbonnier de Case-Noyale, un coupeur de canne qui sait que les machines le remplaceront inévitablement très bientôt, un sculpteur de roche à curry comme il n’en existe plus, un typographe, un réparateur de machine à coudre Singer, un ferblantier ou un coiffeur-barbier qui a su garder la main sûre après 70 ans d’exercice… Ils sourient et savent rester naturels dans leur environnement de travail. L’auteur a su montrer diverses émotions qui peuvent traverser cette démarche de se voir regarder, un mélange de reconnaissance, de confiance dans l’amour du travail bien fait, de la nostalgie, inévitablement, et une fierté qui n’a rien de tapageuse.