On borrowed time, ou Le temps suspendu dans sa version française, livre une clé du travail photographique de Jano Couacaud qui par ses images suspend — certes virtuellement — le cours des choses… Si ses photographies prolongent l’existence de ces choses fragiles qui disparaissent, elles révèlent surtout tout un monde de simples et dignes activités et présences humaines. Les photographies présentées jusqu’au 27 novembre à L’Atelier littéraire à Port-Louis ainsi que le livre dont elles sont extraites laissent espérer que ce témoignage visuel atténue la tragédie en nous questionnant sur notre époque.
Le photographe Jano Couacaud, l’auteur de Borlamer, cet émouvant travail documentaire sur les anciens dockers du port, propose cette fois une nouvelle variation sur ces habitats qui s’effacent peu à peu, inexorablement et souvent très brutalement, de notre environnement. Temps suspendu, On borrowed time en version anglaise est le titre d’un ouvrage de presque 200 pages à couverture rigide nourri d’au moins autant de photographies pour la plupart réalisées ces deux dernières années. En feuilletant ce livre avare de mots mais généreux en images, on mesure l’ampleur des activités humaines, des métiers que nécessitent ces maisons (menuisiers, charpentiers, tailleurs de pierre, couvreur de bardeaux ou de tôle, soudeur, etc.) ainsi que des activités et habitudes de vie qu’elles abritent.
L’auteur a donné la primauté à l’image, mais une discussion avec lui laisse penser que ces images ont représenté une expérience particulièrement riche en anecdotes significatives de l’évolution de notre société. Aussi pouvons-nous peut-être regretter qu’il se soit abstenu de commenter par écrit ces images même brièvement. Ainsi serions-nous interloqués d’apprendre que la charmante maison encadrée de végétaux luxuriants parue en couverture n’est plus qu’un trou noir, depuis que son unique habitante a tiré sa révérence.