Des images en couleur au contraste appuyé qui révèlent des regards subjectifs, le climat particulier d’une ville (lieu de vie organisée), des cadrages et des compositions singulières, une vision distanciée, emphatique : tout concourt à faire de
« Fragments 4 » un regroupement de photographies et de textes poétiques forts en émotion. Au terme d’une résidence de dix jours à Rose-Hill, quatre photographes, Magali Paulin, Stephan Grippon, Karl Ahnee, Flavio Tarquinio et un auteur Gillian Genevieve, nous livrent une exposition (photos et textes). De beaux détours, des impressions livrées à l’Institut français de Maurice (galerie) jusqu’au 30 novembre 2017.
Romain Philippon, photographe résidant à la Réunion depuis dix ans, nous accueille avant le vernissage de l’exposition pour parler du projet « Fragments » né en 2015. Le premier réflexe consiste à expliquer qu`il s`agit d`une expérience sur dix jours réunissant une équipe de quatre photographes et un auteur de la région océan Indien dans un lieu (ville, village, quartier). Le coordonnateur en est au quatrième volet de ce projet dont le but final est de créer une collection imprimée. La photographie comme collecte de documents sur la transformation urbaine et la mémoire. Mais auparavant une exposition (regroupant des images en couleur et des poèmes) est montrée au grand public à l’IFM. Sans dresser d’inventaire ou de « faire un atlas de Rose-Hill » comme le dit Romain Philippon, « Fragments » livre une vision très subjective de la chose vue ou habitée. C’est un projet à but non lucratif au terme d’un appel à candidatures et d’une sélection par un comité. « On cherchait un lieu chargé d’histoire… vu la pente descendante de la ville… on sent la fin d`une époque… » nous dit Philippon. Le projet « Fragments navigue dans l`océan Indien pour produire une matière photo et donner de la visibilité à la photographie d`auteur… » Devant le spectacle de l’urbanisation, il existe un sentiment de confusion d’où l’impression que certains auteurs ont habité des lieux et construit de la vie là où les choses semblent être en attente. « Il y a une proximité humaine… vous êtes adopté… » déclare Flavio Tarquinio, un des photographes du groupe dont la sensibilité est orientée vers les habitants de Camp-Levieux. Un lieu populaire ou la grande humanité des gens qu’il a rencontrés offre un contraste avec un lieu un peu déshumanisé, en attente de rénovation ou d’entretien. Son engagement personnel consiste à aller
« dans un territoire et vers des gens qui ont une certaine humanité… » pour photographier des situations, faire des portraits d’intérieurs, témoigner de l’architecture d’une cité, là où une vie s’est organisée.