Support d’expression pour les personnes avec autisme (enfants, adolescents, adultes), la recherche de Simon Daval, photographe-journaliste indépendant de 26 ans, passe du noir et blanc à la couleur mais reste toujours libre, frontale, entre reportage et création. Simon a magnifié une idée de départ à Hérimoncourt dans le Doubs (France) où il existe deux établissements de l’association Sésame Autismes et là où il a grandi, entendu parler de l’autisme et a voulu avoir sa propre vision, une meilleure connaissance du sujet grâce à une immersion dans le temps. Son reportage sur ces troubles envahissants du développement a été vu à travers une exposition, une année après sa création. Il a également été nominé à la Bourse Talents Reportages 2013. Et quelle approche plus délicate, plus extrême que celle de ce jeune photographe pour mieux illustrer la diversité de l’autisme ! Témoin et coexpérimentateur, il amène le spectateur à s’interroger sur le sujet (l’autisme concerne 200 naissances sur 20 000 à Maurice, selon les chiffres diffusés lors d’un colloque organisé dans l’île l’année dernière). Ses images sous forme d’information visuelle fait référence à ce que représente l’acte photographique pour lui : «Photographier est bien plus qu’un acte, c’est à la fois rencontrer, écouter, regarder, s’aventurer, découvrir, ressentir, voyager… Photographier, c’est capter des instants de vie et ils sont tellement nombreux que nous ne manquerons jamais d’inspirations… ».Week-End Sunlights vous propose ici l’essentiel du reportage de Simon Daval : une reconstruction permanente de situations de vie expérimentées et une évocation à la fois gaie, sombre, violent, poétique.
Dans cette galerie de photos choisies par Simon Daval, on a tenté de privilégier une approche particulière afin que les photographies existent pour elle-mêmes, qu’elles deviennent discursives. Mais le travail de Simon, très personnel dans sa facture, a nécessité un dialogue (hors-champ) pour retracer les scènes successives d’un travail visuel authentique. Le photographe-journaliste se livre, évoque avec sincérité, la genèse de son travail, ses choix parfois difficiles. Simon Daval a d’abord présenté son projet photographique et ses envies à l’association Sésame Autismes. Il a fallu la convaincre pour intervenir dans ses différents établissements. Ensuite, il a procédé au rassemblement des différentes autorisations des droits à l’image signées par les parents, les tuteurs et les juges sous tutelles. « Dès le début, je me suis donc attaché à mettre en ligne régulièrement des photographies du reportage sur mon site internet pour que toutes les personnes impliquées (mais également les autres) puissent prendre connaissance de mon travail, de sa nature et de ma vision. Le fait que l’association Sésame Autismes, son personnel, les personnes autistes et les familles m’ont fait confiance et ouvert leurs portes a été bien sûr primordial… » En tant que journaliste-photographe, ce que Simon Daval peut dire sur l’autisme, c’est ce qui découle de sa curiosité et de sa recherche : Il y a, dit-il, quelques clichés sur le sujet, quand on parle d’autisme, on se représente souvent les surdoués et les jeunes enfants. « J’ai cru comprendre que même s’il y avait des troubles communs, il n’y avait pas une définition claire et précise de l’autisme, entre les personnes qui parlent, celles qui ne parlent pas, celles qui crient, celles qui se déplacent, celles qui sont en fauteuil roulant, celles avec qui vous pouvez discuter « normalement » … ». Il a donc traité le sujet pour en donner une vision juste, sans être réducteur dans sa manière de l’aborder. Le phtographe ne nie pas que le sujet reste tabou et et qu’un point de vue exprimé peut déranger le conformisme de notre époque. Le photographe, dit-il, comme les autres artistes, sont là pour bousculer les choses, pour déranger, et mettre un coup de surligneur sur ce qui peut être méconnu, oublié, délaissé, mal interprété… « C’est ce que j’ai tenté de faire avec ce sujet. La vision des gens sur le handicap a évolué ces derniers temps, mais j’ai l’impression qu’il reste encore beaucoup de tabous. Oui, l’autisme fait encore peur à certaines personnes…», ajoute-t-il. Si la démarche de Simon Daval consiste à travailler sur le long terme, prendre du recul tout en étant proche de son sujet, il n’en reste pas moins les questions de subjectivité – être extérieur tout en étant à l’intérieur. La notion de récit, dit-il, est importante lorsque l’on parle d’humains, des histoires qui se créent au fil des jours. « C’est pour cela que j’espère pouvoir revenir et suivre régulièrement ces personnes, pour ne jamais perdre le fil, le contact et surtout pour que, dans le temps, certaines évolutions et histoires apportent également du poids et de la véracité au propos… » L’on aura compris l’importance du réel, le mélange d’information et de travail personnel aussi : « J’essaie de défendre et d’affirmer dans mon travail, l’alliance entre l’information, le reportage pur, et l’esthétique de l’image. Apporter son regard, sa « patte » tout en prenant en compte le cadrage, la technique, la lumière… Essayer de capter le petit détail qui fera l’originalité », dira-t-il. Si chacun recherche l’équilibre idéal dans son travail personnel et que les images de Simon ne souffrent pas d’un déficit de visibilité, nous avons voulu donner du poids à la parole d’un jeune photographe à la frontière du reportage et de la création. Même si pour Simon l’image a parfois plus de force que les mots.