Le pianiste hongrois Adam Gyorgy ne se lasse pas de Maurice et de son public. Il revient en effet donner deux récitals mercredi 23 et vendredi 25 juillet sur une invitation de la Société musicale de l’île Maurice. Le premier sera donné dans la salle de l’Audi Zentrum à Réduit, tandis que le second illuminera l’église de Cassis, dont les qualités acoustiques sont bien connues. Des morceaux de Mozart, Chopin et Liszt sont annoncés au programme mais il faut compter aussi avec l’inspiration du moment qui pourrait réserver quelques surprises et improvisations.
Le public mauricien a pu découvrir Adam Gyorgy en live pour la première fois en 2009 à la salle du conservatoire de musique de Quatre-Bornes. Bach, Chopin et Liszt étaient certes au programme mais il est apparu très vite que ce musicien né au pays de Liszt a intégré à ce point les oeuvres qu’il joue qu’il peut se permettre un certain nombre de fantaisies dans l’interprétation. Il compose lui-même et n’hésite pas par ailleurs à proposer des variations inspirées de certaines oeuvres qui leur donnent une tonalité qui risque d’étonner un auditeur habitué aux enregistrements.
Prodige de l’académie hongroise Bela Bartok, membre de la très sélective communauté Steinway, animateur d’une académie estivale à son nom en son propre pays, ce soliste de renommée internationale peut se targuer d’une véritable popularité, qui l’a fait par exemple jouer lors de la cérémonie d’ouverture de la coupe d’Europe des nations en 2012 en Pologne. Et s’il n’a que 32 ans, c’est qu’il a commencé le piano à quatre, puis été repéré par le conservatoire national Bela Bartok à douze ans, avant d’intégrer plus tard la prestigieuse académie Franz Liszt de Budapest… Adam Gyorgy a déjà créé une fondation à son nom qui développe la pratique musicale dans différentes parties du monde, en Europe ou encore en Indonésie, à Bali, où il a implanté son Adam Gyorgy Island Academy en 2009.
Le premier récital prend place mercredi 23 juillet, à 19 h 30 au Audi Zentrum, avec pour bien commencer un morceau de sa propre composition, A day in New York, une sorte de signature sur laquelle il peut improviser et le rappel aussi qu’il vit dans cette capitale culturelle où il a subjugué le public de Carnegie Hall en 2008. Il passera ensuite à la sympathique Sonate en do majeur de Mozart (KV 330) avant de nous faire décoller dans l’univers romantique de Chopin avec une succession de trois études pour piano. Pour le final, il jouera la fameuse Valse de Méphisto de son pianiste fétiche, celui dont on estime qu’il est un des meilleurs interprètes actuels, Franz Liszt.
De la Campanella à Méphisto
Le concert qu’il donnera vendredi 25 juillet, à 19 heures, à l’église de Cassis devrait commencer et se terminer de la même manière avec entre-temps un menu plus touffu, avec une valse, une ballade puis les trois études de Chopin, avant d’en venir à la présentation de différentes facettes de l’oeuvre de Franz Liszt. La Ronde des gnomes (Gnomenreigen) a été composée à l’origine comme le pendant d’un premier morceau consacré aux bruits de la forêt. Ici nous devrions pouvoir imaginer toutes les fantaisies musicales et sonores que les gnomes s’amusent à produire. Ce morceau est réputé pour les grandes difficultés techniques qu’il représente et la forme physique qu’il exige de son interprète, qui ne peut ici se contenter de jouer du bout des doigts.
La Campanella qui devrait suivre cette ronde fantastico-naturaliste est un des morceaux fétiches du pianiste, un des plus célèbres de Liszt, de ceux sur lesquels les musiciens amateurs ou même professionnels travaillent parfois toute une vie sans jamais parvenir à l’interpréter comme ils le souhaiteraient. Campanella signifie clochettes en italien… son que l’on retrouve dans la permanence d’une mélodie aiguë qui perle littéralement tout le morceau. Cette pièce inspirée par un mouvement d’une des six grandes études du violoniste Paganini, permet de toucher du doigt la complexité spirituelle et émotionnelle de son compositeur. Semblant parfois imiter le chant du violon, elle associe des trémolos presque précieux aux grands élans romantiques.
Franz Liszt qui a connu dans sa vie de grandes passions et aussi de grands chagrins, ce maître de musique qui à la fin s’est fait prêtre et jouait bénévolement, a consacré une symphonie tout entière à Faust, nourri qu’il était des écrits de Goethe. La Valse de Méphisto qu’Adam Gyorgy jouera en conclusion de ses deux concerts est inspirée du Faust d’un poète autrichien, Nikolaus Lenau, et a été composée à Rome. Ce morceau fait référence à un passage où le désespérément humain Faust et le diabolique Méphistophélès arrivent dans une taverne, séduisent, dansent et s’enfuient dans les bois… Que les âmes sensibles n’aient crainte d’entendre ce morceau joué dans une église : dans cette histoire, le diable et le mal ne triomphent pas !