Dans le sillage de la deuxième conférence du Collectif Urgence Toxida (CUT), tenue cette semaine, un atelier de travail se tient aujourd’hui, destiné aux acteurs engagés dans la lutte contre la toxicomanie. La thématique sera axée sur les problèmes de drogue liés aux jeunes, surtout. L’Ong étrangère Youth Rise mettra à profit son savoir sur la question. Une problématique qui gagne de l’ampleur dans le contexte mauricien.
Guffran Rostom, membre de PILS à l’origine de cet atelier de travail, explique que, « nombre de jeunes Mauriciens admettent que “fumer” des produits illicites passe par des périodes très transitoires, car aussi et surtout, à cause du coût onéreux. Ce qui amène nombre de jeunes de moins de 17 ans à s’injecter des produits… » Danny Philippe, coordinateur de l’Ong LEAD, rappelle que « cela fait quatre ou cinq ans que nous avons attiré l’attention de l’opinion publique au sujet de ce problème. À l’époque, je m’occupais de l’unité de prévention du CDS auprès des jeunes, NouBaz, située à Curepipe. Et nous avions identifié des jeunes âgés entre 15 et 17 ans, habitant les Hautes Plaines-Wilhems, qui avaient expliqué qu’ils s’injectent des drogues. Sur Port-Louis, également, nous savons qu’il y a des jeunes qui se droguent ». Le travailleur social avait d’ailleurs fait état de ses inquiétudes dans ces mêmes colonnes, rappelant qu’il faut « une structure adéquate, et surtout une formation nouvelle pour ces nouveaux patients. Car ils n’ont pas le même profil que les toxicomanes adultes auxquels les centres existants ont affaire. De plus, leur rapport avec les produits ne sont pas les mêmes. Et on ne peut les soumettre aux mêmes programmes de désintoxication et de réhabilitation que ces adultes. Il s’agit-là d’états d’esprit différents et il faut faire attention. »
Parallèlement à un travail de terrain déjà engagé autant par LEAD que PILS, Guffran Rostom remarque que « “fumer” les produits, pour les Mauriciens, jeunes et moins jeunes, relève d’un certain luxe. Car fumer procure moins de plaisir et s’injecter est moins onéreux. » Dans le cadre de ses activités, le jeune homme relève que « des jeunes rencontrés admettent avoir commencé à s’injecter avant même d’avoir 17 ans. C’est très, très inquiétant ! »
Ismahan Ferhat, directrice de l’Ong SAFIRE, qui s’occupe des enfants des rues, abonde dans le même sens : « Le nombre de jeunes, surtout ceux qui sont à la rue, et qui s’adonnent aux drogues est conséquent. » La jeune femme et D. Philippe s’accordent sur le fait que « l’on ne peut avancer de chiffres sur l’étendue du problème, valeur du jour, car aucune étude scientifique et aucune évaluation n’ont été réalisées à ce jour sur cette problématique. » Une chose, cependant, est sûre, poursuit I. Ferhat, « la réalité dépasse de très loin nos projections ! »
Pour étayer ses propos, Ismahan Ferhat fait remarquer que « durant nos activités sur le terrain, nous avons constaté que la colle, qui était la drogue préférée des enfants des rues, avait totalement disparue ! Ce sont les produits comme le Brown sugar et le Subutex, qui ont la côte désormais ! » De plus, notent nos interlocuteurs, « les jeunes s’adonnent aux drogues soit pour répéter un schéma déjà vécu avec leurs proches, soit pour céder aux pressions des pairs. Se droguer est considéré comme “tendance”, “in”, à la mode, quoi ! »
Ce qui amène D. Philippe à renchérir : « Une étude scientifique est impérative ! Nous rencontrons ces jeunes qui ont moins de 18 ans et veulent s’en sortir. Mais parce qu’ils sont mineurs, ils ne peuvent aller vers les centres référents. » Pire, soulève I. Ferhat, « beaucoup sont fatigués, à leur jeune âge, d’être esclaves des drogues. Ils s’empêtrent dans un cercle vicieux et répètent les schémas dans lesquels ils vivent. » Pour la jeune femme, « nous sommes dans un état d’urgence ! Si on ne réagit pas maintenant, d’ici une dizaine d’années, Maurice aura une communauté de très jeunes toxicomanes. Et c’est très dangereux sur tous les points. »
D. Philippe et I. Ferhat sont du même avis, estimant que « la décriminalisation aidera beaucoup à assainir le problème. » En contrepartie, relèvent-ils, « il faut venir avec des structures adéquates et une approche ciblée pour ces jeunes de moins de 18 ans. »
L’atelier d’aujourd’hui avec l’Ong Youth Rise voit la participation d’une trentaine de travailleurs sociaux d’Ongs connues, comme le centre Idrice Goomany, Lakaz A, le centre SSS, Safire, MPRB, Anfen et le CUT.
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