Le démantèlement de l’Anti Piracy Unit (APU) annonce le bal des pirates. Avec la sortie en masse d’albums locaux, les artistes craignent une forte recrudescence du piratage. Un scénario qui inquiète les producteurs, éditeurs et artistes locaux, qui redoutent le pire. Face à cette situation, les artistes menacent d’agir de “manière féroce”.
Scope est allé, de manière anonyme, acheter un disque piraté à Port-Louis. Histoire de comprendre le mode de fonctionnement des “pirates”. Ces derniers ne sont pas difficiles à trouver. En fin d’après-midi, près de la gare Victoria, un “pirate”, lunettes de soleil et allure décontractée, fait les cent pas à côté de la MCB, et lance à voix basse : “CD lokal, film laviann.” Comme nous manifestons notre intérêt, il nous invite à venir à côté du bâtiment de LIC. “Ki CD to pe rode ? Mo ena osi film laviann si to bizin.” On lui demande une compilation de nouvelles chansons locales. “Mo ena enn konpilasion disk de lane ek ena tou seki bon ladan. Fer gagn Rs 50 mem, korek sa.” Il nous fait patienter, le temps d’aller récupérer le disque, “dan loto”, précise-t-il.
“Dan tanto pli korek”
Moins de cinq minutes plus tard, il revient avec un CD emballé dans un sachet en plastique. “Si bizin ankor, vinn tchek mwa, mo lor baz a partir 4-er.” Pourquoi à cette heure-là ? demandons-nous. “Parski ena enn ta lapolis gramatin akoz marsan anbilan. Pa tro kapav travay; dan tanto pli korek.”
Le “pirate” s’éloigne ensuite, à la recherche d’autres clients. Nous le saurons à l’écoute : le disque qu’il nous a fourgué pour Rs 50 est un disque vierge…
Le marché du piratage est vaste. Il y a des gros bonnets qui possèdent plusieurs points de vente à Port-Louis et à Rose-Hill. Il y en a d’autres qui opèrent de manière plutôt solitaire. “Dans les magasins, beaucoup vendent des CD internationaux, mais on les soupçonne aussi de faire du piratage d’oeuvres locales. Nous faisons un recensement pour connaître tous les points de vente avant de mener une attaque. Nous avons des doutes sur certains, mais pas de preuves. Mais nous enquêtons sur le terrain”, affirme Arno Calou, membre du board de la MASA.
Aste bon marse
À Rose-Belle et à Mahébourg, les pirates opèrent différemment. Ils font du porte à porte, des copies sous le bras. “Ils vont jusqu’à installer les chansons sur votre ordinateur si vous ne voulez pas de CD”, raconte Siva de Dodo Music. Tous les moyens sont bons pour écouler leurs produits.
“Les consommateurs ont une grosse part de responsabilité”, note Paul Raya. Une sensibilisation contre les produits piratés est envisagée par les membres du board de la MASA pour essayer de changer la mentalité aste bon marse.
Dans la mesure où ni la MASA ni le ministère des Arts et de la Culture ne peuvent intervenir, les artistes ont décidé de prendre en main le problème et de se mettre à la recherche des pirates. “Nous ne pouvons pas les laisser nous voler. Si les autorités ne veulent rien faire, nous allons trouver les pirates et les remettre à la police. Il faut que cela cesse”, dit Siva.
“Trop c’est trop”, a lancé Arno Calou, lors d’une rencontre avec la presse, la semaine dernière. La répression annoncée par la police concernant la vente de DVD piratés a été un échec. Rien n’a changé. “Il n’y a pas de lois pour les pirates d’ici. Ils font ce qu’ils veulent. Si rien ne change, les artistes vont descendre dans la rue de manière féroce”, affirme Arno Calou (Ton Rolo).
Protection
D’aucuns prétendent qu’il y aurait des connexions entre les pirates et des personnes haut placées. Car certains pirates sont tout simplement “intouchables”. Trouvés coupables de piratage, ils n’écopent que d’une petite amende. Même s’ils récidivent, ils ne sont nullement inquiétés. “Quand on observe la situation, on est découragé. Car il n’y a pas de volonté politique pour stopper le piratage”, disent les artistes.
Mario Armel fait un appel pour un durcissement de la loi. “Il faut que les pirates soient durement condamnés pour les délits qu’ils commettent. C’est du vol.” Paul Raya s’interroge : “Combien de temps allons-nous continuer ainsi ? Le pirate s’en sort avec une amende insignifiante. Les artistes sont toujours les plus gros perdants. Nous demandons au Premier ministre de nous donner des solutions pour pouvoir combattre le piratage.”