Le Chef juge, Bernard Sik Yuen, a annoncé hier, à l’issue de l’ouverture d’un atelier de travail à l’hôtel Tamassa à l’intention des Judicial Officers de la région de l’Afrique de l’est, qu’un procès avec comme accusés des pirates somaliens sera entendu à Maurice en septembre prochain. Il sera présidé par le juge Prithiviraj Fekna, qui préside actuellement la cour d’assises.
L’atelier de travail est le deuxième qui est organisé. Il a pour thème Counter-terrorism, Transnational Crimes and International Criminal Justice. D’emblée, le Chef juge a déclaré que plusieurs régions d’Afrique se retrouvent confrontées à de nouveaux maux, qui font obstacle au potentiel de développement du continent et qui l’empêchent à atteindre le progrès socio-économique. Bernard Sik Yuen identifie ces maux comme ayant pour noms le terrorisme, le trafic d’humains, celui de la drogue, la piraterie, la fraude et autres délits à col blanc, ainsi que la prolifération d’armes. « The efforts made by Africa to fight the scourge of transnational crimes and terrorism shall be glossed upon and the need to promote cooperation to eradicate poverty which is the root cause of extremism will be advocated », souligne-t-il.
Bernard Sik Yuen évoque la Convention des Nations unies contre le Transnational Crime organisé, qui est daté de 2003 pour dire qu’elle est l’instrument international par excellence pour combattre ces fléaux sociaux. Cette convention définit le délit comme suit : 1) il est commis à l’encontre de plus d’un État, 2) il est commis dans un État mais les préparatifs pour la mise à exécution se déroule dans un autre ou 3) il est commis dans un État mais ses effets ont des répercussions sur un ou d’autres États.
Identifiant les régions de l’Afrique où des pays doivent faire face à l’insécurité, Bernard Sik Yuen parle d’abord du nord de l’Afrique, où sévit, plus précisément dans les pays du Maghreb, une antenne d’Al-Qaïda, connue comme Al Quaeda in the Islamic Maghreb Group. Ce groupe a étendu son influence dans des pays tels le Maroc, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, le Sénégal et le Nigeria. Les actes terroristes prennent la forme du kidnapping des touristes et travailleurs occidentaux ou des attaques qui sont perpétrées contre des ambassades.
Abordant la piraterie, le Chef juge mauricien rappelle qu’entre 2000 et 2007, une moyenne de 26 actes a été rapportée chaque année. Ce chiffre a cependant atteint 111 cas en 2008 et a quadruplé les années suivantes pour s’élever jusqu’à 400 cas l’an. Il fait remarquer que les pirates évoluent dans une région de plus en plus étendue comprenant le Golfe d’Aden, la Mer Rouge et la partie plus au sud de l’océan Indien. Pour la seule année 2010, presque 800 marins ont été capturés par des pirates, ce qui illustre « the seriousness of the situation and the need for concerted international efforts to put an end to that scourge », insiste-t-il.
Bernard Sik Yuen déplore que dans certains États, comme la Somalie, il y a un manque de juridiction criminelle, ce qui font d’eux des complices des criminels contre lesquels ils refusent d’appliquer des sanctions. « There is a real need for political commitment by governments to take the bull by the horn and to genuinely strive to correct the dangerous path which some of our African brothers and sisters have been following recently », conclut-il.