C’est un fait : depuis quelques années, la plage de Mon-Choisy est sujette à de sévères problèmes d’érosion. Mais les intempéries de ces derniers jours, accentué en cela par le passage du cyclone Bejisa en début d’année, ont contribué à accentuer le problème, en attestent les dunes de sable, qui continuent de céder à vue d’oeil. Le constat, après l’épisode Bejisa, est affligeant. La Beach Authority consent que des travaux de réhabiliation doivent être entrepris pour freiner l’érosion, et ce de concert avec le ministère de l’Environnement.
Les conséquences de l’érosion, une situation aggravée depuis le cyclone en début d’année, sont visibles : le sable se détache tous les jours des dunes. D’un côté de la plage, les racines de filaos sont à nu, signe apparent de l’érosion qui a débuté depuis quelques années déjà et, de l’autre côté de la plage, soit sur une distance de presque 500 mètres, un bout de plage est carrément « éliminé ». Les grosses vagues, résultant du cyclone Bejisa en début d’année, ont déferlé sur les côtes et aggravé le phénomène de l’érosion déjà conséquent à Mon-Choisy.
Goorbine, un vendeur qui arpente cette plage depuis 25 ans, témoigne de l’ampleur du phénomène. « Avan la plaz ti korek. Mais aster la, kan la pli tombe, disab vine mou apres li graine. Cyclone, la pli, la mer move… di sab la graine », dit-il. Un opérateur ironise de son côté : « Prosin cyclone, ou pou trouve la plaz ine arrive la bas » (Ndlr : il désigne plusieurs dizaines de mètres de la côte). Il raconte également comment un filao a fini récemment par céder, ses racines s’étant retrouvées complètement à nu.
Les habitants et les forces vives réclament des mesures immédiates pour réhabiliter la plage. Ils suggèrent l’installation de boulders et de filets geo-textiles pour contenir le problème de l’érosion. Mais de l’avis du scientifique Dass Bissessur, Associate Reseach Scientist à la Mauritius Oceanographic Institute (MOI), cette mesure n’est pas la solution la plus appropriée. « Il faut une solution qui soit plus en harmonie avec la nature et l’environnement », explique notre interlocuteur. Selon le scientifique, la solution serait d’instaurer une végétation et de veiller que des véhicules n’empiètent pas dessus, ce qui à coup sûr empêcherait les plantes de pousser correctement.
Panneaux de restrictions installés bientôt
Les autorités, par mesure de précaution, ont décidé l’année dernière de bloquer l’accès à la plage aux véhicules, y compris aux vendeurs à bord de leurs camions, en raison de l’ampleur du phénomène, et ce afin de pas affaiblir davantage les dunes de sable. Mais force est de constater que les grosses pierres placées au fond de la plaine de football de Mon-Choisy, soit à l’entrée de la plage, ont été déplacées pour permettre aux véhicules de passer. Nous constatons que des véhicules arrivent malgré tout à se frayer un passage.
Sollicité, Subash Seerutun, directeur de la Beach Authority, explique que les Beach Protection Works sont encourus par l’Environnement et concède que des travaux de réhabilitation devront être entrepris dans les plus brefs délais à Mon-Choisy. « Cela va prendre du temps. Il faudra nommer un consultant et trouver les fonds. La Beach Auhtority ne dispose pas des fonds adéquats pour de tels travaux d’envergure », explique Subash Seerutun. Concernant la présence des véhicules sur la plage, la Beach Authority, indique notre interlocuteur, fera bientôt installer des panneaux de restriction. « La Police sévira contre les contrevenants », affirme Subash Seerutun.
Si l’érosion est un phénomène naturel, avec le mouvement des vagues et des courants – qui entraînent une bonne quantité de sable hors de nos lagons –, ainsi que le résultat de conditions climatiques à l’instar des cyclones, explique Dass Bissessur, les activités aquatiques – comme la pêche à la senne – ont certainement contribué à accélérer le processus négatif du phénomène. Il y a aussi la circulation des véhicules. « Pendant des années, on a laissé les véhicules rouler sur les filaos et les mangliers. Cela crée une pression qui affaisse le niveau du sable et, sur le long terme, on peut apercevoir la différence et les conséquences », explique le Associate Reseach Scientist à la MOI. Pour réduire le problème de l’érosion, il ne suffit pas d’appliquer des mesures de réhabilitation sur les plages, mais aussi dans le lagon. « C’est tout un écosystème. Il faut trouver l’équilibre afin de maintenir l’interaction et le dynamisme plage–lagon », souligne Dass Bissessur.
Soulignons qu’une étude en cours de la MOI est effectuée sur plusieurs sites autour de Maurice sujets à des problèmes d’érosion, et ce dans le but de localiser les dépôts de sable et déterminer le volume de sable qui gît entre 10 à 15 mètres de profondeur hors des lagons dans plusieurs zones côtières. Plusieurs régions sont concernées par cette étude, dont la plage de Mon-Choisy. Une étude préliminaire a déjà été effectuée à Flic-en-Flac et les résultats ont démontré qu’une quantité considérable de sable est accumulée hors des récifs vers le sud de Flic-en-Flac. Les dépôts de sable hors des récifs sont identifiés et leur position localisée par le Système de positionnement global.
La MOI se rendra bientôt sur la plage de Mon-Choisy pour un constat des lieux dans le cadre d’observations et de son étude scientifique sur l’ampleur de l’érosion. L’équipe de scientifiques prendra en considération l’évolution de la topographie et d’autres éléments, à l’instar de la diminution de la plage et  l’état de la pente, entre autres.