Les dirigeants de la société Musjid Allah Madad (MAM) ont donné samedi soir le coup d’envoi des activités marquant le centenaire de la mosquée Bagh-e-Iram, construite en 1914, en dévoilant une plaque commémorative à Mosque Road, Plaine-des-Papayes. Diverses autres activités sont prévues pendant tout le mois de mars qui culmineront en un grand rassemblement le dimanche 30 mars auquel a été invité le Premier ministre, Navin Ramgoolam. « Nous avons débuté cette célébration comme nous le souhaitions, dans l’unité et la fraternité. C’est un très bon signe pour l’avenir », déclare le vice-président de la société, Nissar Oozeer.
Cette mosquée a été construite à l’initiative des musulmans de l’époque, dont le travailleur social Noormamode Jaunoo, qui a aussi à son actif les démarches auprès de l’établissement sucrier de Belle Vue Harel pour l’obtention d’un terrain en vue d’aménager un cimetière dans la localité. Un espace dont la moitié de la superficie obtenue est réservée à la communauté hindoue. Au début, la mosquée était en pierre, bois, chaume et tôle. Par la suite, le chaume est parti avec le développement immobilier qui suivit dans la localité. Un terrain annexe a été acquis et un autre obtenu en don, ce qui a permis à la société d’agrandir la mosquée mais aussi d’aménager une école coranique (madrassa) pour l’enseignement islamique aux jeunes musulmans de la localité. Pendant de nombreuses années, cet enseignement était dispensé à l’étage de l’ancienne mosquée. Des cours en anglais, français et mathématiques étaient également dispensés, de même que des activités littéraires organisées dans les années 70, en cet endroit, par les membres de la Young Men’s Association (YMA). Ce bâtiment a été démoli à la fin des années 80 pour faire place à l’actuel, en béton, muni de tout le confort matériel rendant agréable le passage de ceux qui s’y rendent pour les cinq prières quotidiennes.
Tout développement porte des noms et des visages. On ne peut, à l’occasion de ce centenaire, ne pas se rappeler de ces personnes qui ont travaillé sans cesse pour que la société et sa mosquée poursuivent sa route vers l’avenir. Parmi ceux-là, il y a des membres de la famille Nauthooa dont le patriarche Issac Khan Nauthooa, ou encore Azunkhan Nauthooa, qui a été président pendant de nombreuses années jusque dans les années 2000, et son frère Dool Nauthooa. Il y a la famille Bussuruddy, dont le patriarche Ackbar, Mamode Aniff et Ibrahim, ce dernier étant le père du maulana Bashir Bussurrudy. Il y a le muezzin Mehboob Khodabaccus, qui a pendant de très longues années appelé sans cesse les musulmans à la mosquée pour les prières quotidiennes. Son frère, Mahmood, a géré les comptes de la société pendant des années en tant que secrétaire et trésorier. Tous ces gens ne sont plus de ce monde mais leur souvenir résonne encore dans les murs de la mosquée Bagh-e-Iram. Mais, il y a eu aussi des hauts et des bas. La mosquée Bagh-e-Iram aussi a connu les siens dans le sens que certains membres se sont éloignés de la société à cause d’une divergence de vues et d’autres ont créé une autre mosquée, Ackbari Masjid, une centaine de mètres plus loin dans la même rue.
L’histoire de Bagh-e-Iram des derniers 50 ans est tributaire de l’imam Sahid Hossenkhan qui a dirigé la congrégation pendant presqu’un demi-siècle. Habitant de la localité, il a été toujours très actif dans cette mosquée, non seulement en dirigeant les prières quotidiennes mais aussi en dispensant les cours islamiques au madrassa et animant les différents rites religieux chez les musulmans lors des différentes fêtes religieuses. Il a aussi formé un grand nombre de jeunes filles et de garçons pendant toutes ces années. Sahid Hossenkan a été et reste le pilier qui a soutenu la mosquée pendant de nombreuses années. Il continue à le faire, même s’il est à la retraite, par ses conseils, ses observations et remarques pour la bonne marche de la mosquée.
Actuellement, ce sont des jeunes qui dirigent la société et la mosquée. Son vice-président, Nisssar Oozeer, dont le père Alibye a été président à l’époque, fait les éloges de tous ces aînés qui ont contribué à l’avancement des musulmans de Plaine-des-Papayes. Il fait remarquer que de tout temps les musulmans de la localité ont contribué financièrement pour la bonne marche de la société. « Nous avons tout obtenu de notre village. Nous n’avons jamais demandé de l’aide des autres villages », souligne-t-il. M. Oozeer estime que la société fait de son mieux pour l’épanouissement religieux et social des musulmans mais, avoue-t-il, il reste encore beaucoup à faire, surtout en matière de lutte contre les fléaux qui rongent la société mauricienne entière. « C’est un travail très difficile car beaucoup de jeunes d’aujourd’hui sont indifférents et indisciplinés », déclare le vice-président. Quand même, ajoute-t-il, « nous faisons de notre mieux pour les amener sur le droit chemin à travers des causeries et d’autres activités. » Mais, Nissar Oozeer estime que c’est beaucoup plus la tâche des parents de veiller à ce que leurs enfants obtiennent une bonne éducation académique, mais aussi religieuse et morale, pour qu’ils ne tombent pas dans les fléaux sociaux.