Les habitants de la région de la centrale électrique de Saint-Louis, à Plaine-Lauzun, réunis au sein du Mouvement civique de Plaine-Lauzun (MCPL) et représentés par Farad Nunnoo, ont logé une demande d’injonction en Cour suprême réclamant l’arrêt des travaux pour une nouvelle centrale et l’installation de nouveaux moteurs. L’affaire sera entendue le 24 juin.
Farad Nunnoo affirme dans sa demande d’injonction que le Central Electricity Board (CEB) a « illégalement » commencé les travaux pour la construction d’une nouvelle centrale électrique à Plaine-Lauzun, sous le court d’un plan de rénovation, pour répondre aux besoins futurs en électricité sans un Building and Land Use Permit de la municipalité de Port-Louis. Le pétitionnaire rappelle que, quand la présente centrale de Saint-Louis a été mise en opération, Plaine-Lauzun était pratiquement une zone industrielle et que le CEB opérait, entre 1978 et 1981, 6 moteurs Pielstick d’une capacité de 5 MW chacun. Comme la population de l’endroit s’accroissait, poursuit-il, avec la construction d’écoles et de collèges, et par rapport aux effets néfastes de l’air toxique et de la pollution sonore, qui émanaient de la centrale, le CEB a rendu public en novembre 2003 son Integrated Electricity Plan 2003-2012. Ce document recommandait une étude de faisabilité afin de minimiser l’ensemble des impacts environnementaux de toute la centrale de Saint-Louis et de prendre les mesures relatives d’atténuation, remplaçant notamment les vieux moteurs par une technologie plus moderne et efficiente. Il ajoute que le plan 2003-2012 mentionnait explicitement les faiblesses de ces vieux moteurs que le CEB se proposait de remplacer un à un à partir de 2008.
Farad Nunnoo s’indigne que le CEB ait échoué dans son plan, car seulement deux de ces moteurs Pielstick (5 MW) ont été mis hors-service en 2013, contrairement à son engagement de « retirer progressivement les 6 moteurs à partir de 2008 », et ce sans pour autant faire attention aux effets de l’air toxique et de la pollution sonore sur la santé des habitants.
Le représentant des habitants affirme également que le CEB reconnaît lui-même « officiellement » que la centrale de Saint-Louis opère ses moteurs à l’huile lourde, en violation avec les normes environnementales. « Malgré nos plaintes et nos demandes ces 40 dernières années pour que le CEB change ces moteurs, la situation ne s’est pas améliorée et le CEB, avec le ministère de l’Environnement, ont dû de temps à autre rééchelonner les heures d’opération. Ils ont tous les deux sciemment et constamment exposé les habitants de Plaine-Lauzun et de Camp-Chapelon à la pollution de l’air toxique. Et cela continuera au-delà de 2017 », s’offusque-t-il.
Farad Nunnoo note qu’aujourd’hui Plaine-Lauzun est une « région hautement urbanisée », avec plus écoles et de lieux de culte, ainsi que quelque 5 000 habitants. Il ajoute que la centrale est supposée se trouver dans la « zone industrielle » de Plaine-Lauzun, qui a été détournée de sa planification initiale, avec des projets résidentiels approuvés dans la partie sud-ouest de l’endroit, séparée seulement par une petite rue.
Le pétitionnaire déplore d’autre part que, suivant une “notice” servie au CEB le 23 juin 2015 et leur réponse en date du 7 août 2015, il y a eu, vers février ou mars, une « accélération » dans les démarches du CEB pour l’installation de 4 nouveaux moteurs roulant à l’huile lourde d’ici 2017, et ce sans avoir obtenu un Building and Land User Permit de la municipalité de Port-Louis, « surtout à un moment où les énergies renouvelables sont une réalité à Maurice ». Le représentant du MCPL fait également état des protestations des habitants auprès de la Banque africaine de développement, de leur rencontre avec son représentant, Lonsway Kurt, ainsi qu’une étude qu’il a entreprise sur les menaces sur la santé publique émanant de la centrale.
Pour toutes ces raisons, Farad Nunnoo réclame l’arrêt des travaux d’excavation et de démolition pour la construction d’une nouvelle centrale, sans l’obtention d’un BLUP de la MPL, d’autant que celle-ci, dans un avis de presse en date du 17 mai dernier, a invité tous ceux qui y objectent à se faire connaître et que l’EIA Licence du CEB, émise en août 2013, devient caduque le 30 août prochain. Il demande également à la Cour suprême d’intimer l’ordre à la MPL d’émettre un “Stop Ordre” contre le CEB. Cette affaire sera entendue le 24 juin.