Le vice-Premier ministre Showkutally Soodhun a été interrogé pendant presque trois heures dans les locaux du Central Criminal Investigation Department (CCID) hier soir, suite aux plaintes logées contre lui par le leader de l’opposition Xavier-Luc Duval. À l’issue de son interrogatoire, le ministre du Logement et des Terres a échappé à une arrestation, du moins à ce stade de l’enquête.
À son arrivée à Maurice hier après sa visite médicale en Inde, Showkutally Soodhun s’est dirigé directement aux Casernes centrales pour son interrogatoire, accompagné de son avocat, Me Raouf Gulbul. C’est dans sa voiture officielle, précédée par deux motards de la police, que le numéro 4 du gouvernement a fait son entrée au CCID aux alentours de 18 h 50. Suivant la procédure, il a décliné son identité au policier présent au comptoir avant de grimper les marches jusqu’à l’Interrogation room du CCID où l’attendait l’équipe du surintendant Seeparsad Manaram, qui devait conduire cet exercice. Entre-temps, les Headquarters avaient donné des directives pour placer deux éléments de la Special Supporting Unit (SSU) devant l’entrée du CCID pour les besoins de sécurité. Les représentants des médias présents dans la cour, eux, ont été refoulés à l’extérieur des Casernes centrales, contrastant avec la politique adoptée pour l’arrestation de l’ex-Premier ministre Navin Ramgoolam, quand les journalistes avaient pu rester dans l’enceinte des Casernes centrales jusqu’aux petites heures du matin. Finalement, la police est revenue à des meilleurs sentiments et les journalistes ont pu attendre la fin de l’interrogatoire de Showkutally Soodhun devant les locaux du CCID.
Le vice-Premier ministre a été confronté à une trentaine de questions, portant surtout sur les propos qu’il a tenus à un Eid Gathering à Flacq le 19 juillet dernier. Les hommes de l’assistant commissaire de police (ACP) Devanand Reekoye lui ont fait comprendre qu’ils sont en possession d’un clip où il a lancé « si kouma dir mo bodyguard ti donn mwa revolver mo touy Xavier Duval dan Parlman… Mo touy li dan Parlman… Apre sa mem ki apel djihad ».
D’emblée, le ministre du Logement et des Terres a soutenu que le plaignant a « exagéré » et qu’il n’a aucune intention d’éliminer physiquement le leader de l’opposition, ni lui faire du mal. Showkutally Soodhun avance qu’il s’est laissé emporter par la situation, et que ses propos ont été placés hors contexte. C’est justement sur ce point que la police s’est basée pour ne pas arrêter le VPM car elle n’est en présence d’aucune information ou donnée pouvant attester que « l’intention de tuer » était bien réelle. À la fin de l’interrogatoire, le numéro 4 du gouvernement a été autorisé à rentrer chez lui sans qu’aucune charge provisoire ne soit retenue contre lui. Cependant, les enquêteurs comptent recueillir d’autres informations supplémentaires avant de laisser le soin au bureau du Directeur des Poursuites publiques (DPP) de décider de la marche à suivre.
Dans une déclaration à la presse après son interrogatoire, Showkutally Soodhun a déclaré qu’il s’est rendu directement aux Casernes centrales dès son arrivé dans l’île après une visite médicale en Inde. « Seki inportan, mo finn donn mo version a la polis. Mo pou less la polis travay an tout indepandans », dit-il. Profitant de l’occasion, il a lancé une pique au leader de l’opposition en affirmant « que Xavier Duval prenne l’entière responsabilité de ses accusations contre moi ». Le VPM n’a pas souhaité répondre à ses détracteurs qui réclament sa démission. Pour sa part, Me Raouf Gulbul a indiqué que son client se tient prêt si jamais la police le convoque à nouveau.